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À pas de loup

Un texte de Wikipen.



Je m’enfonce nonchalamment dans le dédale obscur de l’hypogée.
La fin y règne en maître, elle est ici arrivée à son apogée.
J’avance à pas de loup dans la grotte silencieuse sans lassitudes.
Les bruits de ma vie viennent troubler des millénaires de quiétude.
Les témoignages antiques d’aventures romantiques, les mythiques sculptures aux plastiques érodées et les sépultures issues des cultures maléfiques diffusent en ce lieu des volutes d’âmes nostalgiques.
Autrefois lieu de culte à la gloire du renouveau, début ou fin, reflet ou miroir, qu’importe le mot.
Aujourd’hui, espoir nouveau, est-on mieux inculte ?
C’est notre grande foire, notre grand cirque.
Le réveil sonne le glas des valeureux chevaliers.
L’heure est aux clowns et à leurs gags cavaliers.
Cinq minutes pour le dompteur entre deux curées.
Un entracte avant l’envoi en l’air imminent des trapèzes volants.
Rideau et on démonte le chapiteau…
Je gravis l’escalier menant à la citadelle.
Ancienne enceinte qui accouchait chaque matin des petits absorbés la veille.
Jadis verrou protecteur d’une société contrainte en retour à la promiscuité.
Les remparts de Globigérine se parent aujourd’hui d’habits crépusculaires.
C’est comme la course du soleil, comme la course du temps et des ères.
La nuit approche donc ici, j’en sens la fraîcheur et la vacuité.
J’ai envie de rester, de contempler le paysage et d’attendre l’orage.
De laisser le vent fouetter mon visage et la mer battre mon rivage.
J’ai ici cette impression,cette sensation d’être au premier jour, d’être à la frange du commencement.
Et voici la venue d’un créateur démuni.
Comme possession juste ses outils.
J’ai pitié pour lui, il n’a pas bonne mine.
Exclus, contemporain, d’autant plus à mesure que s’affine le tracé de la voie destinée à être foulée par l’humanité.
Je l’invite donc, comme les autres, aussi dans cet abri où les membres de la diaspora spirituelle se réfugient.
Et voici la venue d’une créature exécrée.
Pour elle pas de pitié ni même de compassion.
Pas d’amour pour qui va contre l’ascension.
Les animaux grégaires semblent fomenter une révolution.
Je vais demander au berger s'il n'a pas perdu sa vocation.
Je saisis un candélabre et fais demi-tour sans palabres.
Tout autour se délabre et s’effrite tel l'ordre en Calabre.
Il est temps de quitter les catacombes.
De remonter à la surface.
Il est l’heure de larguer les bombes.
Contre les menaces.
C’est-à-dire les mots contre les maux.
Les créateurs contre les créatures.
Rétablir l’ordre des choses ; ou bien est-ce plutôt les choses de l’ordre ?
Me voilà feu-follet chatoyant.
Certes limité dans mes déplacements rasants mais immatériel donc libéré de toutes contingences.
Immunisé contre toutes tentatives d’ingérence.
Je vibre avec le vent.
Je disparais avec la pluie.
Je renais avec la mort d’autrui.
Ma flamme vacille, se tord et se vrille.
Mon âme tranche à coups de faucille.
Je vais voir la faucheuse.
Elle est rouge et non pas noire comme on le pense.
Je lui demande si ce n’est pas désolant d’arriver toujours trop tard ?
Elle me répond que non car c’est son éternel et unique devoir.
Je la laisse à sa tâche ; ils sont tant à l’attendre sans le savoir.
Je finis avec elle dans un souffle ; un baiser tendre ; un échange éthéré ; expression singulière d'un charme funeste et alors chutent des anges dorées. Une pluie de Cupidon, de Gabriel et autres apprentis des divinités.
Des plumes volent partout, le noir devient blanc, le rêche devient duveteux, le dur devient molletonné, le lourd se fait léger et je me fais envelopper.