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À pied, un coussin derrière l’horloge 03

Un texte de Wikipen.

Le raisin du Mellefort est toujours le mielleux

Une porte qui passait par là me rentre dedans, je la pousse et tombe en avant sur une caisse de vin. Je m’assoiffe à une table en larmes de crocodile perpendiculaire à la couleur du raisin. À l’aube de mes yeux, j’aperçois une serveuse qui sèvre un bec verseur. Elle dépense ses sourires sans tenir compte de ses dents. Elle chantonne et ronronne. Elle brille du bout des lèvres. Elle joue de son corps un air en traînant des regards convergents. Puis, d’un coup, elle cesse tout mouvement. Un conteur d’EDF attire les oreilles à l’aide de péripéties expérimentées sur d’innombrables cobayes littéraires. Alors que les vers se vident d’eux-mêmes, la serveuse lui prend la parole et la coupe en forme de tigre blanc. Paradoxalement, dès qu’elle repasse à mes côtés, elle me froisse d’un revers maladroit. Plié en deux, je tombe sous le charme du vin qui gonfle mes pensées et je jette mon dévolu sur le menu fretin, amarre des ventres creux et des esprits vides. Mais déjà le patron a repéré que j’ai le ventre plus gros que mon bas de laine. Il me faut prendre la porte, qui n’en demandait pas tant, et fuir.

Être utile comme un sein d’homme

Les boulevards assoiffés sont taris de leur fièvre, ils se déroulent en silence. Et dans les ruelles, mon pas éperdu résonne en claquements... Je suis seul. Je marche. En tête à tête avec mon ombre. Parfois une lumière me dérobe... puis je me retrouve, ombre marchée.
A l'entrée du jardin, soudain mon ombre court. Elle s'évanouie sur le chemin, là sous les arbres, devant moi. Impossible de la laisser filer. Entre mes doigts. Pas comme cela. Je me mets à courir, le cœur battant, la retrouver. M'enfonce dans les ténèbres, entre les chênes et les rosiers. Derrière chaque mousse, sous chaque caillou, je cherche l'empreinte de mon ombre envolée. Puis, coeur las, je m'endors.
Au matin, je me réveille contre le sein d'une femme au corps de pierre. Mon ombre dort encore, assoupie à mes pieds...
Innombrables rues... Les boulevards assoiffés défilent enfiévrés et dans les ruelles, nos pas résolus piétinent le silence.

Perdons la boussole avant qu'elle ne nous perde



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