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Écrire

Un texte de Wikipen.

Sommaire

Écrire

C'est bien mon seul remède
Plutôt mon dernier remède
Je suis quelqu'un qui s'exprime.
Quelqu'un qui a parfois envie de crier ou hurler.
Je vibre,
à rien je ne suis insensible.
Ressortez de moi !
Tensions de l'extérieur.
Ressortez de moi !
Souvenirs traumatisants.
Je veux regarder le monde
avec l'innocence d'un enfant
Mais la clairvoyance d'un adulte.

Écrire,
c'est ma façon de me rappeler que j'existe.
Je suis quelqu'un qui pense tout le temps.
Je me pose des questions.
Écrire,
ce sera ma façon de résoudre
mes interrogations personnelles.

Écrire, c’est rendre perceptibles les pensées et les sensations de notre innocence perdue qui parfois sont des bonheurs incommensurables.
Et qu'est-ce qu'un livre d'auteur ?
C'est se délivrer de la hauteur !

Écrire c'est ce qui arrive avec des mots

Écrire - essayer de mettre en mots ce qui ne peut pas exister autrement.
Ce qui existe autrement et ne peut pas être dit.
Ce que les mots font exister, font advenir, font naître.


Écrire ?

Mon but n'est pas de faire dans le genre classique, mais d'apprendre un peu. J'ai un lourd handicap, je n'ai ni oreille musicale, ni formation classique. Pourtant l'écoute d'alexandrins a toujours attiré mon attention. La diction est artificielle et pourtant… quelle beauté ! Je sais qu'il y a d'autres façons d'être touché par la grâce poétique. Verlaine y accédait parfois en sortant son impair. Il faut au moins avoir l'oreille. Léo Ferré, entre autres, n'avait pas à compter, il savait ! Certains d’entre-vous font partie de ces chanceux-là. Pour moi, c'est tout un travail. Un dur labeur. Je n'ai pas cette aisance.
Mon écriture est bourrée… de fautes d’orthographe. Alors je remercie ceux qui les corrigent.
Et pour le reste... je crois que c'est perdu pour moi. Parce que j'ai beau lire, et relire, et re-relire tous les auteurs classiques, j'adore, ou j'apprécie ou je n'accroche pas, mais rien ne reste dans ma caboche. Je n'ai pas cette mémoire-là. Je suis plus cérébral que sensuel. Donc le sens l'emporte sur mes sens. Aussi, je me demande parfois quel est ce plaisir que je ressens lorsque j'écris des textes de fiction.
En l’occurrence, le souvenir inconscient, en littérature, ne fonctionne quasiment pas avec moi... Il en est de même avec les langues étrangères. Ma femme a ce don. Moi, je suis devenu lecteur littéraire en commençant par la science-fiction... à vingt ans. Après je suis parti dans plusieurs directions de lecture (romans, poésie, littérature étrangère traduite, théâtre, essai, philosophie, que sais-je encore ?) en même temps. Trop tard pour que cela fasse profondément partie de moi. Je suis un réfugié littéraire. C'est un pays de cocagne qui me rappelle chaque jour que ce monde n’est pas le mien. Par défaut et par nécessité, j’aurais bien voulu le conquérir. Mais il est plus puissant que moi. Il peut se passer de moi, alors que l’inverse n’est pas vrai.
Il est vrai que le plaisir textuel ne peut être à 0 % sensuel. Quel est mon pourcentage propre ? Heureusement que cela ne se choisit pas, car, me connaissant, j’aurais sûrement fait un mauvais choix. Je ne sais pas lequel d’ailleurs.
Je me sens artisan. Pas artiste. Parmi toutes les formes de labeurs, écrire est celui qui me procure le plus de plaisir.
Lire est plus plaisant et plus frustrant. Maintenant cela ne me demande plus d'effort. Pourtant, il a fallu que je prenne sur moi pour acquérir ce plaisir. Il m'était impossible de lire plus de trois lignes en restant concentré. Aujourd'hui, la lecture me repose, si l’on excepte quelques nuits blanches pendant lesquelles j’ai été incapable d’arrêter de lire.
Je ne sais pas pourquoi je raconte tout cela.
Il est sûr que je me sens encore extérieur à la littérature. Et je sais que je le resterai. C’est comme cela que je le ressens. Et personne ne pourra me convaincre du contraire. Toute argumentation est inutile !
Je me sens extérieur à la littérature. Je la sens en moi. Je ne suis pas en elle. Accès refusé ! Pas moyen de montrer patte blanche, de trouver une ouverture, une faille dans son système de défense. Je suis un corps étranger. A-t-elle peur que je la détruise de l’intérieur ? Que je l’assèche avec mon manque de sensualité ? Que je l’intellectualise ? Ou pire, que je la cérébralise ? Que je la cérébrotonique ?
Parce que mon insensibilité n’est que de façade. De mon côté, moi aussi je me protège. Je suis un hypersensible très inhibé. Cette carapace retient, entre autres, le flux et le reflux sensuels qui s’agitent en moi. Le rapport avec l’écriture ? Parfois j’arrive à ouvrir certaines écluses, légèrement… Il s’en échappe, oh… une demie goutte d’eau à la fois. Guère plus. Le cas échéant je ne contrôle plus rien et les mots s’alignent malgré moi. SI je n’ai pas de quoi écrire, je les retiens, je tente de les retenir. Ils sont déjà là et se poussent les uns les autres, ils s’agglutinent, se superposent, se déforment. J’en perds certains de vue, d’autres s’échappent pour toujours. Et lorsque je note enfin le nom de ceux qui restent, je sens une lourdeur. Ils sonnent moins bien. Tout est moins fluide. Ils ont perdu leur vitalité. Comme des mustangs, ils vibraient lorsqu’ils étaient encore en liberté. Couchés sur le papier, les pattes en l’air ou bien debout pour certains, ils ont perdu ce qui faisait leur particularité. En les fixant ils perdent toute force intrinsèque. Pendant que les écrivains tentent d’immortaliser leur langue vivante et, à petite dose, la tue, certaines personnes la revivifient. C’est pourquoi j’admire les slameurs, ces slalomeurs des mots qui empruntent des pistes noires, puis s’offrent du hors-piste et se mettent en danger. Je parle des vrais, de ceux qui improvisent à chaque fois. Je pense à ces slameurs qui écrivent avec leurs tripes, à ceux qui soufflent avec délicatesse sur les mots qui tombent dans le creux de leur main, à ceux qui ont les pieds sur terre, la tête dans les étoiles, et la langue extatique. Ils ont des pouvoirs chamaniques. Eux seuls écrivent intégralement ! Ils n’ont pas d’autre intermédiaire que l’air ! Leur âme est en live ! Ils vivent les mots !

Dans quelles conditions écrire ?

Depuis quelques jours, j'essaie d'écrire de mon taff. C'est dur parce que des gens viennent assez fréquemment me demander des choses. Là par exemple...

Du coup, je me dis que je ne peux pas me mettre à écrire des trucs qui demandent un développement important, parce que je suis tout le temps sur le qui-vive. En même temps, je sais que j'ai presque autant de mal à écrire quand je suis vraiment seul que quand il y a trop de gens autour de moi. Pour moi, l'idéal est d'être dans un endroit où d'autres personnes ont une activité et où je sais qu'elles ne viendront pas me déranger parce que je suis en train d'écrire (et non pas malgré le fait que j'écrive, ce qui est différent). En somme, c'est un peu l'ambiance de la rédaction du petit quotidien qui existait lorsque j'étais au lycée. J'ai l'impression d'être prisonnier de cette habitude de production écrite, ça m'angoisse !

Ne serait-ce pas un problème de procrastination[1] ? Des fois on tient tellement à que ce que l'on fait, en l'occurence l'action d'écrire, soit parfait, que pour finir on trouve toute les excuses pour ne pas le faire.


Écrire, c'est

Écrire c'est jeter des morceaux d'âme à des lecteurs qui ont faim d'eux-mêmes et qui possèdent le désir d'être apprivoisés.