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Être à bonne école

Un texte de Wikipen.

Je n'oublierai jamais ce professeur de dessin penché sur ma feuille, il allait de table en table pour jauger ses nouveaux apprentis. Nous devions traduire par des lignes un mouvement sous l'impact de l'air. Cela ne s'invente pas. Observant mon choix dans ses moindres traits, puis me toisant, il m'a demandé si j'avais déjà vu un bateau. Qu'attendre d'un homme n'ayant d'autres desseins que l'affront ? Quelques âmes épargnées, artistes à sa convenance, développèrent un complexe, c'est tout dire. Avec ses piques, soi-disant stimulus, mais je crois plutôt que la bigarrure du groupe l'irritait, il avait le don de nous monter les uns contre les autres. Son enseignement spartiate ajoutait au supplice.


L'année suivante, nous héritions d'un nouveau professeur dont nous tâtâmes le pouls, échaudés, manœuvre superflue, au reste, tant sa didactique transpirait. Je dois dire qu'on nous avait confiés à un pédagogue hors pair, qui, en outre, n'étalait pas sa grâce. Les réfractaires se sont mués en accros et les talents n'ont eu de cesse de repousser leurs limites. Dans le bagage de ce brave homme, j'aimais surtout sa mansuétude à l'égard des plus faibles, et sa constance, remarquable, pour convaincre la fine fleur d'adopter la vertu susdite. Si dès la rue les clans ressuscitaient (coteries ou ghettos, c'est selon) au moins avait-il le mérite, le temps du cours, de nourrir un brassage.


J'avoue reconnaître un tort à l'oiseau rare, lorsque, appréciant mon travail : dégradés, motifs, cubisme, perspectives, bref, une approche très industrielle du dessin, il avait fini par me porter au pinacle devant mes camarades de classe ; il s'était rendu coupable d'une amabilité consternante.