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Aphorismes mémoriels

Un texte de Wikipen.

J’ai tant à dire et si peu de mémoire. Ce quasi-paradoxe nourrit mes insomnies et ma peur du jour qui arrive. Ne me souvenant pas d’hier, comment imaginer des lendemains sereins. L’oubli de la veille serait un moindre mal s’il ne creusait un gouffre vertigineux, avide d’engloutir l’avenir dans le passé.

L’oubli, c’est le souvenir sans les mots.

Je voudrais recomposer le journal de tous mes jours sales. Ils souilleraient violement la page vierge et défloreraient l’hymen qui étouffe l’homme à naître et le retient captif d’une matrice rugueuse et jalouse. Elle dévore ce qu’elle crée avec appétit et sans fin. Une fois, elle a recraché un morceau. Ça aurait pu être moi…

Je n’arrive pas à me souvenir. Je fais de la mastication cérébrale. Ma mémoire est un chewing-gum devenu sans goût mais qui reste coller entre les mots.

Si j’écris, c’est pour occuper l’espace dans l’œil du cyclone et avancer dans la tempête. Un pas trop à droite ou trop à gauche et je serai happer par le tourbillon pour ne plus jamais toucher terre et m’élever funestement vers l’oubli.