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Atmosphère sans contrainte

Un texte de Wikipen.

"Aspirez, dernier effort, soufflez, bien...Relâchez tout." Les oreilles dans l'eau, je n'entends plus que le chuchotis qui tournoie dans ma tête. Je dérive, m'éloigne du bord carrelé blanc. Faire la planche, rien de plus éloigné d'une planche. C'est le relâchement qui permet d'être porté. Très différent de l'objet le plus raide qui soit.

Les muscles de mon dos et de mes jambes voguent, ni rêve ni fuite. La musique boum-boum qui martèle mes tympans depuis une heure laisse place à un glou-glou innocent. L'eau bleue chlorée me rappelle sa lointaine ancêtre, l'eau de la rivière. Elle murmure pour moi et je me fous complètement du reste. Je délie l'intérieur et déplie ma confiance dans le silence porteur. Un être humain s'organise autour des arêtes.
Ni bonheur ni joie mystique : la paix.
Ou peut-être le contraire.
Autiste. Fatiguée de tenir mon rôle depuis le matin. Je me coupe de tout ce qui m'emmerde. Je m'éloigne vers la rive, l'autre, la plus proche maintenant, l'innommable. Et j'aspire, sérénité, repos, rien, la paix. Expiration.
Envie de prolonger au-delà des limites ce petit instant de liberté. Dans l'eau je fais ma bulle, je poissonne à l'aise.
Mais il va falloir cesser ce jeu asocial, Madame !
J'ouvre les yeux, je tourne la tête pour dégager l'oreille gauche :
" Ohé ! On revient vers le bord et on part en bras de brasse, frite sous les pieds.
- Oh pardon !
- Mais ce n'est rien !"
Tout le monde rigole. C'est la deuxième fois ce soir que je pars à la dérive. Je reprends en soufflant dans l'eau. Contrainte sans atmosphère.