Au sommet même de l'Atlantique
Un texte de Wikipen.
Longtemps, j’ai souhaité rencontrer un Glayou ; ceux qui en avaient vu en disaient monts et merveilles ; mais la chair est faible, certes, et j’ai lu tous les livres, ou presque. De sorte que cela ne s’est jamais fait. C’est une raison supplémentaire pour vouloir retrouver le Sage Savetier, ce visiteur de mes songes étrusques. Par je ne sais quelle communication virtuelle autant que mésopotamienne, il m’a fait comprendre qu’il avait, lui, eu affaire à un spécimen de Glayou, sous la forme d’un loir, semble–t–il : logique, si l’on songe que le sommeil est la voie royale, voire impériale, qui conduit à l’avènement hautement célébré des parousies hétérogènes. Loir à Dieu ! Loir immortel de nos aïeux ! Amour, loir et (chat) botté ! Au sommet même de l’Atlantique, au–delà de la mer salée, nous allons découvrir un décor décadent de décalcomanies. Images dont l’ambiguïté fatidique ne peut que nous encourager à persister dans cette tâche indélébile. Hélas, un expert comptable me fait passer un article de la NRF, selon lequel – ô chagrins infinis ! – les Glayous se livreraient dernièrement à des pratiques de suicide collectif analogues à celles des lemmings. Au point que l’espèce soit menacée de disparition…
- Ma clé enfermée dans sa serrure, je divague sur l’océan et sombre dans un état critique positif. Le capitaine m’engueule sur le passavant. Ni une ni deux. Je dribble et m’approche de mon but. Ils sont dix en défense ! Ils en profitent pour me vendre des bakchichs et des serpents à sornettes. Ils vendent aussi une jambe de Chinois au kilo, deux mains de Picte au gramme, et un hier au glyphe. Je zagzigue et ne sais plus quoi faire. Poséidon me prend sous son trident et j’ai bien peur qu’il me confonde avec Tête d’Or de Claudel. Pas chauvin pour deux souches, il n’avait pas un chou-marin sur lui. Et comme son trident devait aller se refaire les dents chez le dentiste en compagnie de la pince à cheveux d’une chamane baba-dame… d’une chamane baba-dame… Tout recommence, la vie repart… Je vois une âme en rêve… Elle cherche des rimes… J’entends le dernier Glayou qui lui dit : « Si je vis tu perds ces vers et je suicide mon espèce, sonnant l’alarme et trébuchant, je… » Plus rien ! Pendant ce temps, Poséidon me fait découvrir son royaume à bord de son char tiré par des hippo-camping-cars transversaux.
Ouf ! je crois qu'on revient de loin ! Nous avons échappé à un danger particulièrement coalescent : les légions d'honneur de Claudel, menées par leur chef à la crinière blonde d'eau occis gênée, menaçaient de marcher sur nous, voulant nous occire, ou pis encore nous enrôler. J'en tremble encore, tandis que la rumeur de l'orage s'éloigne dans des limbes liquides lointaines. Mais si Poséidon est de notre côté, rien à craindre. Le dieu au trident est puissant et généreux avec ceux qu'il protège. Mes cahiers recouverts de gluons phosphorescents en attestent. C'est par la voie des mers que nous irons rejoindre l'espace-temps dans lequel les coquilles et les hautbois se conjuguent au plus-que-futur. Par contre, quelle que soit ma nostalgie anticipée, il vaut mieux oublier les Glayous. Dans un entracte proprement apocalyptique, j'ai vu des saturnes et des plutons de dernière catégorie les dévorer jusqu'au dernier. Est-ce ainsi que les eaux me vivent ?
- Les nuages ont avalé la terre. Il y a dans le cosmos quelque chose comme une expiration atténuée de glycines. Des marécages qui passent en ondulant des hanches. Sommes–nous bien loin de Montmartre ? Une cinglante apostrophe s’ensuit. Quand les chèvres et les prélats auront fini de dévorer les isthmes, nous pourrons dévider la litanie ensommeillée des échansons. Flûtes traversières restées en travers des gorges du Verdon. Déploiement de patrimoines palpitants dans les granges au plus haut des cieux. Dans la moiteur des valises, je cherche sans acrostiche le vernis bleuté des amandiers. Mais ce qui n’est plus de saison peut toujours se retrouver dans la blibliothèque d’Alexandrie.

