Avant la fin du monde
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[modifier] Acte I
[modifier] Scène 1 : Atahualpa, Lokozt, Ylophane
- Lokozt est assis, distant d'Atahualpa et Ylophane.
- Atahualpa
- Mais qui sont-ils donc?
- Ylophane, dédaigneux
- Rien de plus qu'une bande de mécréants.
- Atahualpa
- Si seulement c'était vrai…
- Ylophane
- Puisque tu sembles ne point ignorer l'identité de ces traîtres, Atahualpa, dis-nous, parmi ces visages, lesquels portent des noms dont l'énonciation devant la Reine n'outragera ses oreilles ?
- Atahualpa
- Ce n'est pas le nom des démons, ni même leur vénération de ton dieu ou d'un autre dont il nous faut nous préoccuper, Ylophane, mais de leurs noirs désirs… Ils nous menacent peut-être davantage que nous ne voulons bien le croire !
- Ylophane
- Ceux-là ne risquent pas de nous nuire davantage. Mais si d'autres partagent leurs desseins funestes, alors leurs jours au cachot dureront plus que ceux de simples condamnés à mort. J'ai foi en nos bourreaux : ils parleront.
[modifier] Scène 2 : les mêmes, plus Aegeir
- Aegeir
- Que complotez-vous encore ? Quelles intrigues dissimulez-vous derrière ces chuchotements ? Ce n'est pas la première fois que je vous surprends ainsi.
- Ylophane, se tournant vers Aegeir
- Le bonjour à toi, Aegeir. Atahualpa et moi-même discutions de quelques détails de la prochaine cérémonie, rien de plus. Que nous vaut l'honneur de ta présence ?
- Lokozt, se levant d'un coup
- Qu'importe la présence d'Aegeir ! Nul ne peut, s'il est digne des honneurs et de la gloire qu'implique son rang, négliger la franchise qui régnait en ce lieu avant la mort de mon père ! Alors Ylophane, ne te mens pas à toi-même ! Épargne-nous tes atermoiements ! Quant à toi Atahualpa, relève ton âme, rassemble tes forces et accepte la peur, cette peur qui te ronge et qui ne t'écarte pas du danger ! Et ne me rappelez pas que mon père fut enterré ici, sous mes pieds, sans ma présence. Telle fut ma décision ! Aussi, parlez en toute franchise devant Aegeir, son esprit est trouble mais pas fourbe. Allez! Dites lui ! Ses amis obtiendront bientôt notre estime…
- Un temps. Ylophane s'esclaffe.
- Ylophane
- Je reconnais bien là la hardiesse de notre cher Pirinoë ! Aegeir, si aujourd'hui nous parlons à mots couverts, ce n'est pas par malice, mais par prudence. Pourquoi avons-nous arrêté ces hommes ce matin ? Parce qu'à cette heure, un limon nauséabond tente de recouvrir les dalles de notre hémicycle, depuis trop longtemps orphelin d'un chef. La Reine, si affaiblie qu'elle en est incapable d'assurer son rang, est la proie toute désignée des vautours qui hurlent à chaque assemblée. Nous devons descendre jusqu'à la racine du mal, et le moyen de le faire se trouve dans les geôles du palais. Nous ne pourrons extirper d'aveux à ces hommes que devant la menace d'un déshonneur plus grand que leur délation, à savoir la place publique, devant leurs proches, et sur le même autel que leurs familles, punies par leur faute. Un tel rituel se doit de donner à la Reine les aspects d'une cérémonie légitime.
- Lokozt, regagnant son siège
- Aegeir, prends sur toi et consacre ta lucidité à faire d'une pierre deux coups. Discernes-tu l'opportunité qui se présente à ton âme torturée ? Ce soir, tu sembles déjà avoir regagné les faveurs de dame lune.
- Ylophane
- Merci, fier Lokozt, pour ta prévenance. Aegeir, sache que nous louerons bientôt l'hermétisme de tes offices religieux. Nous sommes à moins de dix lunes de la quatre mille quatre cent quarante quatrième année de l'ère Ghéphyrique. La numérologie doit nous venir en aide pour développer une théorie apocalyptique, une fin du monde dont seuls d'incroyables sacrifices pourraient nous préserver !
- Lokozt, à lui-même en levant les yeux au ciel et en serrant le poing et les dents
- Braves gens ! Cachez-vous derrière votre numérologie… mais prenez un peu de ma volonté !
- Aegeir
- Ma présence ici n'a pas à être justifiée Ylophane ! Le jour se lève sur une nouvelle ère. Ne percevez-vous pas la beauté de cette aurore ? N'entendez-vous pas la délicate harmonie de la cloche de Minuit ? Nous - les créateurs - devons nous réunir de toute urgence afin de définitivement anéantir les animaux grégaires qui parasitent notre assemblée, quoiqu'en disent les mécréants opportunistes. Vous connaissez le sort que nous réservons à ceux qui parlent trop n'est-ce pas…
- Ylophane
- Merci Aegeir, nos vues sont plus proches que je ne le pensais. Ces maudits traîtres ne sont que les quelques soldats faits prisonniers d'une rébellion qui gronde, Atahualpa et moi en sommes convaincus. Il n'y a pas une heure à perdre pour démasquer la tête du complot.
- Aegeir, en chuchotant
- Je dois m'absenter, son éminence m'a envoyé une vision onirique et souhaite me faire partager une confidence… Retrouvons-nous dans le sous-sol du donjon d'ici une heure… Lokozt je compte sur toi pour réunir les différents représentants de l'ordre.
- Aegeir se tourne et s'en va rapidement.
- Lokozt, levant les mains et soufflant
- Les réunir en un même lieu sera plus difficile que d'imaginer toutes les conséquences des derniers actes sordides de mon père. Et vous, ne me faites plus perdre mon temps ! Soyez dorénavant plus convaincants que vos actes ! J'y vais ! Seul ! Adieu !
- Lokozt quitte son siège et la salle d'un seul bond. El Aztaph entre doucement.
[modifier] Scène 3 : Ylophane, Atahualpa, El Aztaph
- El Aztaph, en levant les bras au ciel
- Vous préparez un sacrifice de grande envergure et je viens à l'instant d'être mis au courant ? Ah, ah, ah ! Il faudra me passer sur le corps si vous ne voulez pas que j'y participe ! Mes sources secrètes sont infaillibles. Vous comptez éliminer quelques animaux grégaires à l'âme infecte dont je fais partie... sauf que je sais choisir mon camp. Je suis votre homme ! Si vous avez encore des doutes, bientôt vous n’en aurez plus puisque j’ai commencé à transformer en actes vos pensées maléfiques. Et si je suis un traître, je le suis envers ceux de mon espèce. Et c’est pour cette seule raison que vous ne me craignez pas. Tuez-moi maintenant ou laissez-moi être votre bras vengeur…
- Lokozt revient en courant. Il tue El Aztaph en le regardant dans les yeux et lui chuchote à l’oreille.
- Lokozt
- Tu parles trop !
[modifier] Acte II
Dans le sous-sol du donjon.
[modifier] Scène 1 : La Reine Azraël, Ylophane, Aegeir, Lokozt, les représentants de l’ordre
- Azraël
- J’ai fait pendre le cadavre d’El Aztaph sur l’Agora, à la vue de tous, livré aux becs avides des corneilles. Lokozt l’a tué sous prétexte d’exécuter la loi tout en servant nos intérêts. Atahualpa n’y a vu que du feu. Du moins, je l’espère. Mais nous verrons ce détail tout à l’heure. Si je vous ai réunis, ô Représentants de l’ordre, c’est parce que j’ai consulté le Bibliothécaire d'Amoriphonisse. D’après les manuscrits, le royaume a vacillé en l’an 3333, à cause de la quatréité. La crainte de la prophétie a déclenché des émeutes et mon aïeul O-Cédar a dû dépoussiérer et faire intervenir l’armée. Le chiffre 4 répété 4 fois est encore pire et nous craignons une révolution dont nous percevons chaque jour davantage les signes avant-coureurs. Vous aviez raison. Mais, puisqu’il faut organiser une orgie publique pour la dernière Lune de l’an, que la cérémonie soit l’occasion de renforcer la position royale et se débarrasser des traîtres. Il faut faire que toute la cour soit présente. Comme prévu, les prisonniers seront emmenés devant l’Autel et Atahualpa parlera au peuple. Mais alors je prendrai la parole et l’armée jettera dans les piques le général et sa suite. D’après Aegeir, le corps de la victime d’honneur ne doit pas être jeté en pâture mais soigneusement découpé et offert aux dignitaires qui consommeront de la chair humaine. Ils donneront l’exemple et les autres victimes seront livrées à la population d'Amoriphonisse. De plus, le sacrifice de l'un des nôtres apaisera davantage les tensions qu’une simple cérémonie d’humiliation d’ennemis publics. D'une pierre deux coups. Ylophane, dis-nous où en sont nos affaires. As-tu réussi à détourner les soupçons d’Atahualpa ? T’a-t-il enfin accordé le commandement de son armée ?
- Ylophane
- Ô Ma Reine, tout se déroule à merveille. Pas un soupçon ne plane dans l'esprit d'Atahualpa, et je compte sur l'appui de ton cher fils pour qu'il me cède sa place de général.
- Aegeir
- Méfions nous d'Atahualpa, ses dons de voyances ne sont plus à démontrer. Il me semble bien calme et l'arbre de nos certitudes ne devrait pas nous cacher la forêt des possibles.
- Ylophane
- Tes dons surpassent les siens, Aegeir, nul n'en doute ici. Si l'autorité de Lokozt et ma force de persuasion ne suffisent pas à rendre docile les desseins d'Atahualpa, il est certain que ton aide nous sera précieuse. Beaucoup reste à accomplir d'ici à la dernière Lune de l'an, et tout ce qui pourra diligenter la réussite de la cérémonie est bienvenu.
- Azraël, soudain très agitée, en hurlant
- Par Loki, mon dieu, mais qu'est-ce que c'est ? (Tout le monde la regarde, sur le qui-vive. Angoisse générale. Confuse :) Oh, pardon ! J'avais une pince à linge dans les cheveux. Désolée. Il faut que je me fasse faire un shampooing cet après-midi d'ailleurs. Tu disais, Ylophane ?
- Ylophane, contrit
- Majesté, si vous me l'ordonnez, j'ajouterai sur le champ au service sacrificiel la coiffeuse inconsciente qui a placé dans votre royale chevelure un ustensile de blanchisserie en lieu et place d'une de vos broches de diamant.
- Azraël, abasourdie
- Sur quel champ ? Tu as changé les conventions rituelles sans me consulter ?
- Aegeir
- Mais qu'est-ce que… Couchez-vous !

