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Bouche des goûts

Un texte de Wikipen.

Il y avait la vie d’avant. D’avant on ne sait trop quoi mais le passé nous attirait. Le fait de s’étonner, de se dire : « Tu ne m’as pas oubliée ? »

Nous étions là réunis par la même histoire pourtant si différente. Entre ceux qui n’ont pas bougé, ceux qui sont mariés ou encore parents…

Et j’avais l’impression de me retrouver en dehors de ce que j’étais. C’est-à-dire le passé. C’est comme un condensé, c’est fort d’un coup avant de laisser la place à la déception. On repense à plein de trucs géniaux, à tous les coups de chances et les malheurs aussi. Un peu d’alcool et c’est re-parti. On ne sait plus où donner de la tête, telle une hydre on se multiplie pour omniscier.

Et puis il y a cette amie, l’étrangère en fuite. Un air de blues à Memphis, un démon hors du ton. Prêt pour aller danser ou mourir en paix. Après faut s’en aller ; pas pour tous c’est la vie, c’est injuste. Et de l’autre côté du miroir je n’avais pas envie de te voir. Ce soir je suis prête pour profiter. Tu disparais.

J’aimerais être étrangère, parler anglais et avoir un accent à couper au couteau pour avoir une excuse. Je n’aurais pas à me faire pardonner de ne pas comprendre. Ou de trop comprendre. C’est une question de point de vue. Tout dépend de ce qu’on recherche. On ne trouve que ça. Au moins en ne cherchant rien on trouve plein de trucs. En regardant rien on voit tout etc. Mais pas comme les autres. Ce qui ne nous arrange guère lorsque nous communiquons. Il est facile de se projeter sur autrui. Il est plus ardu de le comprendre.

Ça balance dans le péremptoire. Au moins on aura essayé. La rhétorique c’est d’abord l’émotion au-delà des mots. La folie des grandeurs est un oxymoron. On sent que ça respire, que c’est vivant.

Et maintenant faut aller dehors pour fumer. Ce n’est pas une corvée ne nous méprenons pas. C’est juste le bon vieux temps qui disparaît. Ce qui nous convient est souvent évanescent. Appelons ça la nature humaine pour l’instant. Il y a une petite boîte de conserve remplie de mégots. Certainement un cendrier très décent.

Que fais-tu là ?

Je me drogue à l’ancienneté et aux arriérés. Sans trop oser aller vers les autres, les inconnus qui partagent vices et solitude. Heureusement que tu es venue ! Juste à temps, j’allais rentrer précipitamment. Salut et à bientôt. On sait très bien que nous ne nous re-verrons jamais. Quoiqu’au hasard on ne sait pas. Ma tête tourne. C’est sans doute dû à l’alcool. Vous avez vu les phrases qu’on peut faire pour relativiser. Je suis ronde comme une queue de pelle et j’en douterais…

Allez va pour un petit punch, sans fruits il y aura plus d’espace pour le rhum.

Mais où sont-ils passés ? Dehors pour respirer…

Cela fait quatre heures que je ne me suis pas assise. J’ai mal au dos. Faudrait peut-être penser à servir le gâteau. Sortez les cadeaux et les lots de merci. Vous irez revendre tout ça sur E-Bay après. C’est parfois l’arroseur arrosé, on rachète ce que l’on a payé. Méfiez-vous d’Internet et des marabouts. Personnellement j’ai offert de l’argent. Ça ne mange pas de pain et on en fait ce qu’on en veut… C’est peut-être mal perçu par beaucoup de gens ; ce n’est pas de ma faute. Si ce concept était resté fidèle à lui-même ce ne serait qu’un outil d’échange. Et qu’est-ce qu’un cadeau si ce n’est un échange sans contre-partie ? L’échange d’un bien contre rien. Certes sans argent on a rien. On a pas besoin de manger on a besoin d’argent pour manger etc. Je lutte comme je peux contre cette dérive et donner de l’argent en cadeau ne me gêne pas le moins du monde. D’ailleurs ça dérange de moins en moins de monde. Avant on faisait un cadeau et ce qui comptait c’était soi-disant le geste…

Maintenant on reçoit un cadeau et ce qui compte c’est le plaisir de pouvoir en profiter. Si c’est pour se fâcher je ne vois pas l’intérêt d’une offrande. Autant ne rien donner.

Le geste à bon dos. Vois cette chemise que tu ne mettras jamais. Et ce livre que tu vas recycler pour le chauffage. Franchement je suis certaine que ces deux billets ne subiront pas le même sort. Ca te servira à te détruire la santé voire à découcher. C’est ta vie, tu fais ce qu’il te plaît. Je n’ai pas à juger de l’utilité de mon présent. Il est forcément utile pour toi. Peut-être que tu embaucheras un tueur à gages pour me dessouder. Et alors ? C’est sans doute que je l’aurai bien cherché !

Avant l’argent était sacré. On pliait bien ses billets et on en prenait soin. Devant le banquier les petites liasses bien ordonnées. Aujourd’hui l’argent est une marchandise. On l’importe et l’exporte via les systèmes financiers dématérialisés. Achats de dollars et de prises de risques sur les indices boursiers. Autant dire du vent.

Toute cette pyramide n’est qu’une chimère, libre à ceux qui veulent y croire… Qu’ils se disent bien être les responsables du désastre actuel ! Les USA sont en faillite, ils vivent au-dessus de leurs moyens. Tant que ça dure tant mieux pour eux. Moi avec dix euro de découvert mon banquier appelle les huissiers !

Finalement l’herbe arrive de partout… À chacun de se délivrer. Il n’existe pas de meilleurs moyens, il suffit de tous les tolérer.