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Charogne délicieuse

Un texte de Wikipen.

À 4h du matin le soleil pointait déjà son nez, décidement le temps était de plus en plus détraqué, bientôt il ferait nuit à la place du jour et vice versa.

Mais tout ça Jean Bon s'en foutait, il était le héros d'une nouvelle aventure et il était en train d'enfiler sa chaussette gauche lorsque celle-ci craqua dans sa main.

Et merde — dit-il — Je sens que ça va être une journée pourrie…

Pleine de pommes de terre et de phacochères équipés de sulfateurs nucléaires.

Quand le ciel pixellisait autant le matin, c'était signe de délestage dans l'approvisonnement énergétique. A tous les coups ça n'allait pas valoir le coup d'attendre le tramway, dont la propulsion sous-alimentée refuserait de vaincre les pentes séparant la ville basse du plateau.

Le tramway dansait sur la piste goudronnée en slalomant entre les réverbères fluorescents, où d'indignes représentants de commerce paissaient l'âme inerte.

Jean Bon le regarda tristement, décidement ça lui faisait le même effet à chaque fois, peut-être les gaz lacrymogènes utilisés par les contrôleurs tout de rose vétus qui en avaient marre de se faire casser la margoulette. Il posa un pied sur la chaussée, brrrr, qu'elle était froide ! Encore une journée comme ça et c'est décidé, il partait en Afrique subsaharienne histoire de dégotter un ou deux pingouins des sables.

En attendant le patron l'attendait, il l'imaginait déjà se débattant dans sa camisole en hurlant de rage parce qu'il avait tenté toute la journée de poser de la faïence sur la table de sa salle à manger sans succès. Alors pas question de lui offrir des pantoufles aujourd'hui. Une bonne bouteille d'eau gazeuse devrait suffire.

Jean s'installa à son poste de travail: Putain! Toute la journée mettre deux rondelles psychédéliques sur trois tubes de nanoprocesseur, sous le regard bovin du cybermaton de mes deux, y a d' quoi devenir schtarblock...! J'implose ...Faut que j'trouve une échappée et merde à Schopenhauer...

Discrètement il se laissa couler sous l'établi métallique, rampa vers l'ouverture qu'il avait méthodiquement pratiqué dans la cloison depuis.. des mois, des jours, il ne se souvenait même plus...

Pousser la tôle tremblante, son obsession permanente... çà y est, il y était, maintenant...le contact métallique le fit frissonner... L'ombre menaçante du vide lui sauta au visage...il bondit en arrière terrifié... Mais quelle issue de toutes façons ? Une vie de tartes aux pommes et de phacochères, de nanotubes et de chaussettes sales... ? A quoi bon ...néant pour néant...il frémit encore, eut un haut le coeur, se jetta dans la fosse béante en hurlant...

La douceur duveteuse du noir l'enveloppa traitreusement le forçant à projetter la tête en arrière pour respirer. Rire, rire à se péter la sous-ventrière, vite, pour rompre cet étau...Merde, quoi penser pour rire...vite ...une hache au chevet d'un bourreau? Un saint s'envoyant en l'air ?...non arrgh...oh my God, Sarkhosy et son Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale...ha,ha,ha...haaaaaaaa! de l'air Le temps se suspendit. Sa chute s'amenuisa jusqu'à n'être plus qu'un flottement infime. Son coeur hoquetant céda à la douceur ambiante et glissa juqu'à se blottir dans un rythme mathématique ralenti et rassurant... Ses neurones refirent enfin surface. Au milieu des arcs électriques défilant dans ses yeux, il entrevit avec soulagement une nouvelle voie, celle qu'il avait frôlé dans ses rêves d'automate.