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Comme des cintres
Un texte de Wikipen.
- Je vais vous dire comment le milieu s’étourdit :
- Il recherche des lianes dégingandées plutôt mièvres, il les charcute pour qu’elles disparaissent sous l’étoffe.
- Ces filles au teint plombé, avec leurs gestes d’automate, profanent la beauté malgré elles.
- Voyez la cohorte d’histrions battre le pavé, enjôler son vis-à-vis et atteindre au sublime.
- — François, je vous écoute…
- — Elle a son nid où la pierre brille, dans un arrondissement de statues ; elle en voit sur les ponts, depuis sa terrasse, toutes végètent à mi-voix et bronzent avec doigté. Vaste chaumière d'une lauréate dans sa branche, encore que trop d'espace, c'est le vide. Sur les toits de Paris qu'elle domine en silence, l'océan chavire, les colombes ont l'air de coquillages nus, abandonnés. Pour asseoir son âme, Alice voudrait franchir son corps. Le mannequinat ouvre des portes, c’est indéniable, mais ces transits sous les rampes sont de piètres auxiliaires. Le répondeur d’Alice clignote, on veut encore un peu d'elle. L'agence Neutron la réclame : c'est pour un yaourt dont les ventes plongent, ses fesses iront bien. Jeanne fournira les cuisses, Yolande le ventre, Viviane la nuque, Louise le dos et Juliette la gorge. L'avenir d’Alice est derrière elle ; un avenir glauque.
- — Merci François, vous feriez un bon nègre. Surveillez votre messagerie. Marc, c’est à vous...
- — Au service de la mode en habits de lumière, il y a ces femmes que j'habille telles des poupées. Avec mon cœur sous cellophane et mes yeux perfusés, j'envoie mille âmes ad patres, je répands leur moëlle. Les flashs crépitent et les couvertures miroitent. J'ai le sort des molécules en vogue entre mes paumes carmin. Femmes que je déshabille à ma place, elles ne sont que des pions sur l’échiquier ; si leur talent éclate au grand jour, dans la chanson, le septième art ou toutes autres besognes incognito, il est probable que, d’une part, nous mettions leur plastique de côté, et que, d’autre part, la splendeur de chacune fasse fi du paraître. Et s’il traverse les âges, le paraître, que les uns y échappent alors que les autres en jouent. Nul ne savoure autant la présence des siens qu’à l’aune de son tact. Subsiste, nonobstant, et je l’estime croissante, cette émotion rudimentaire au règne de l’apparence. C’est la vie en façade, une part de rêve qui sert d’abri, un tapis rouge au panurgisme. "On nous culpabilise !" m’ecriai-je à tue-tête en cernant ma propre érosion.
- — Merci Marc, vous feriez un bon nègre. Surveillez votre messagerie. Paul, c’est à vous…
- — Peu importe l’enseigne où je me rends, je statue sur le complot que les huiles ourdissent. Couvrez-moi d’injections antirides, de sinapismes pour mincir et de gélules contre la mort, pour voir... "Espèces d’enflés ! vous nous prenez pour des buses, bille en tête, avec vos mixtures que nous vidons cul-sec !" hurlai-je à tous ces « druides » sournois. Et vous congénères aveuglés, oui vous, feints patients que l’on oppresse avec méthode, que l’on pourfend à long terme et dont on corrompt les cellules dans un large éventail, secouez vos puces !... électroniques. Et toutes les âmes piquées au vif de proférer en chœur : "Nous aussi, nous aussi, aspirons à soustraire nos destins du grand méchant leurre." Ô ADN inflexible, tu prônes l’équilibre, tu relègues les fards et tu t’ériges en pape. Pour le marché, aucune dynamique n’est plus rentable que le rejet de soi. Le faste, également, offre son lot de rentes, mais pas autant que l’amertume. On s’entoure de biens pour guérir, et voilà que frappe à notre porte la maladie du subterfuge.
- — Merci Paul, vous feriez un bon nègre. Surveillez votre messagerie.
- Je n’ai rappelé aucun de ces hommes, ils se voyaient déjà dans ma peau.

