Comment Goupil apprit à ses dépens que Dame Hermeline était aussi chez elle au terrier
Un texte de Wikipen.
Le pauvre Goupil ! Il lui aurait fallu rester quatre jours entiers dans son terrier afin de se remettre de ses blessures au postérieur. Impossible ! Il fallait bien se nourrir, et un lapin pour quatre ne durait pas quatre jours. Comment Goupil aurait-il pu rester une journée de plus avec Roué et Mêlebrun, ses deux garnements ? Maintenant que ça allait un peu mieux, maintenant que ses fesses n'étaient plus dures, maintenant que son arrière-train était juste en compote, il pouvait se déplacer moins difficilement. Il quitta son terrier et laissa Dame Hermeline avec les deux renardeaux.
Oh, il s’éloigna peu. Après cinq bons mètres il voulut s’allonger dans un fourré, mais il entendait encore trop les cris de Roué et de Mêlebrun. Il avança alors d’une centaine de mètres en direction du soleil qui se levait. Le matin, il faisait meilleur par là. Ses muscles se réveillèrent. Il se permit d’aller jusqu’à la clairière ensoleillée. Il s’installa en boule à l’abri des regards. À travers les branches feuillues Goupil savourait les rayons de chaleur. Il but aussi la rosée des feuilles à sa portée. Il écoutait la mélodie des rouges-gorges et des mésanges. Aujourd’hui, pas question de leur courir après. Hier, il n'avait pas mangé : ses enfants avaient terminé le lapin de Dame Hermeline. Il ne restait même plus un os à ronger. Ils pouvaient tenir une journée sans manger. Quant à Goupil, il avait l’habitude d’avoir le ventre vide. Dans sa jeunesse, de nombreux jours furent maigres. Histoire de passer du bon temps, Goupil s’endormit en rêvant de ses plus belles proies.
À la nuit tombée, Goupil se réveilla. Quelle belle journée ! Il avait la chance de se souvenir de ses rêves qui se mélangaient à ses meilleurs souvenirs. Cela lui donna faim. Mais qu’était la faim pour un renard comme lui ? Sur le sentier du retour, Goupil eut l’occasion d’attraper une grive. Oh, une petite grive. Une toute petite grive ! Une grive vraiment miiiiiiinuuuuscuuuule ! De toutes façons il était trop tard pour réfléchir à un partage avec Dame Hermeline et les enfants. Trop tard aussi pour découper des portions équitables suivant les âges et les besoins de chacun. L’oiseau était avalé !
Trop tard aussi pour que Goupil se rende compte que deux plumes étaient restées sur sa barbiche. Dame Hermeline les vit et Goupil n’eut pas le temps de penser qu’il aurait pu faire croire qu’il rentrait les pattes vides. Il était trop tard ! Trop tard ! Dame Hermeline était en colère ! Furieuse, elle criait si fort que les deux renardeaux se cachèrent derrière leurs pattes. Goupil ravala ses excuses et préféra ressortir le temps que sa femme se calme. Le mieux était de passer une bonne nuit et, le lendemain, chasser un gibier de portion familiale.

