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Comment Goupil fut confondu avec un traître de chien et retrouva sa propre liberté

Un texte de Wikipen.


Goupil était-il comme moi, ou bien suis-je comme Goupil ? En tous cas, nous savons tous les deux que la chance est une denrée rare et qu’il faut savoir l'apprécier à sa juste valeur. Impossible d’en mettre de côté pour plus tard. Il faut la prendre telle qu’elle est, la saisir telle qu’elle se présente. Et ne pas trop compter sur elle. « Dans la vie, il ne faut compter que sur soi… et encore, pas toujours ! » avait appris Goupil à ses dépens depuis son enfance. Aussi, le lendemain de la journée mémorable où il avait ramené un canard rôti au terrier, il resta fidèle à sa nature. Méfiant et rusé ! Il sortit dès l’aube afin de trouver quelque chose à se mettre sous le croc… et sous ceux de Dame Hermeline et de ses enfants Roué et Mêlebrun.
Goupil avait raison. La chance ne suffisait pas à nourrir son renard chaque jour. Il rencontra bien Tiercelin le corbeau, perché sur une haute branche. Mais Goupil préféra chercher plus loin plutôt que d’écouter les moqueries de l'oiseau. Malgré cela, la chasse s’annonçait bien. Aussi belle que ce ciel avec peu de nuages. C’est ainsi que Goupil ressentait les choses pendant qu’il reniflait à droite et à gauche.
Son flair le mena jusqu’à la ferme isolée où son ami Wub le cochon attendait son sort comme un ancien philosophe. Après avoir échangé quelques mots avec lui, Goupil continua de flairer la piste odorante. Pas de chien de garde en vue ! Roonel devait être au côté de son maître. Profitant de son absence, Goupil traversa la cour avec rapidité et hésita avant d’entrer dans l’étable à l’odeur tentante. S’il avait mieux écouté Wub, il aurait su que le fermier venait de tuer un cochon. Un cousin de Wub.
Pas le temps de réfléchir ! Le fermier revenait vers l’étable en question. Traverser la cour à nouveau était trop risqué. Roonel, le chien de garde, partirait à ses trousses. Goupil, obligé, entra dans l’étable et découvrit le cochon suspendu au plafond. L’odeur enivrante du sang chaud lui tourna la tête. Il oublia le fermier. Goupil se jetait sur le cochon lorsque le fermier arriva. Lui non plus n’eut pas assez de temps pour réfléchir. Il ferma la porte pour coincer le renard. Du même coup Goupil mangea à volonté. Le fermier, en rage, comprit que son cochon mort ne serait pas sauvé. Goupil mangea, mangea, mangea…
Bien plus tard, Goupil voulut sortir. Il vit enfin la porte fermée. Il vit aussi le fermier qui entrouvrait une fenêtre pour y passer le bout de son fusil. Sa femme l’empêcha de tirer. Les plombs pouvaient rebondir et le tuer. Il referma la fenêtre et commença à parler avec sa femme.
Goupil était aux abois. Inutile de comprendre l’erreur qu’il a commise. D’abord, trouver une issue. Il glapit au secours très fort. Wub l’entendait bien mais… «  Comment l’aiderais-je ? Et pourquoi ? Est-ce moral d’aider Goupil qui vient de dévorer mon cousin, même si celui-ci était mort ? Est-ce si grave que Goupil soit tué à son tour ? » Toutes ces questions et bien d’autres s’agitaient dans le cerveau de Wub. Cela ne l’empêcha pas de s’endormir.
Goupil entendit la femme du fermier dire que la meilleure solution était de laisser ce renard mourir de soif. Le fermier eut du mal à accepter de laisser un cochon entier sous les crocs d’un renard. Et Goupil pensa : « Ainsi, ils veulent me laisser me dessécher ici. La situation est vraiment désespérée. »
Goupil devait sortir au plus vite. Dame Hersent ne lui pardonnera pas une seconde journée sans manger. Lorsqu’il entendit le car scolaire passer, il eut sa solution. Il lui faudrait jouer serré. Le principal était que les fermiers, mari et femme, restent chez leurs voisins pour parler de cet événement qu’est la présence de Goupil dans leur étable. Roonel était parti avec eux. Bavards comme ils étaient, Goupil ne craignait pas leur retour avant la tombée de la nuit. Il lui restait assez de temps pour se goinfrer avec plaisir. Ce cochon avait du goût !
Lorsqu’il entendit le car scolaire passer pour la seconde fois, Goupil fut aux aguets. Ses oreilles écoutaient le moindre bruit. Il s’en voulait un peu de jouer un tour à l’enfant des fermiers, d’autant plus qu’il était rouquin comme lui. Il aurait pu s’appeler poil de carotte. Mais le moment n’était pas celui de laisser parler ses sentiments. Il fallait vivre, et savoir ruser pour cela ! Dès que Goupil entendit l’enfant chanter en traversant la cour, il se mit à imiter cet idiot de Roonel. Goupil méprisait ce chien de garde, comme il méprisait tous les chiens domestiqués. Ils ont échangé leur liberté contre une gamelle pas toujours bien remplie. Il ne pouvait pas les comprendre, lui qui adorait courir dans la nature quand cela lui chante. Goupil parvint même à imiter les cris de Roonel lorsqu’il est triste et blessé. L’enfant courut vers l’étable et ouvrit la porte. Goupil partit en accélérant de son mieux. L’enfant eut peur et chercha son chien. Il ne vit qu’une étable ensanglantée. Il se mit à pleurer, croyant que le renard avait tué Roonel. Il faut que je vous précise que Goupil s’est enfui avec les restes du cochon.
Le soir, les fermiers ne purent gronder leur enfant qui ne cessa de pleurer que lorsqu’il qu’il vit Roonel vivant et en bonne santé. Pendant ce temps, un gueuleton de premier choix avait lieu dans le terrier de Goupil le renard.


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