Comment Goupil manqua de vigilance alors qu'il gardait ses enfants
Un texte de Wikipen.
Pendant que Dame Hermeline courait après une poule ou un modeste mulot, Goupil attendait que ses deux fils, Roué et Mêlebrun, fussent enfin calmés.
Alors, ils avancèrent d’un pas rapide sur le sentier qui menait à la vallée. Pas besoin de chercher de l’eau, là-bas, il y en avait toujours. Parfois, Goupil se retrouvait museau à bec avec un oiseau. Ce jour-là ce fut un corbeau. Ce n’était pas la peine d’en faire un fromage, les renardeaux firent du bruit avant que Goupil n’attrape son plat du jour. Une plume fut le vestige de cette proie envolée. Les deux garnements, ayant déjà oublié cet oiseau de malheur, se battaient pour garder la plume en trophée. Goupil, vexé, l’attrapa, et l’avala d’un coup. Il ignorait qu’elle n’avait pas encore joué son dernier tour.
Après avoir bu, les renards commencèrent à avoir faim. Goupil leur rit au museau et s’élanca à travers les arbustes. Ses fils se regardèrent sans savoir comment réagir. Il n’en fallut pas plus à Goupil pour serrer entre ses crocs une patte de marcassin. Sa mère ne devait pas être loin. Il fallait faire vite. Les deux gêneurs arrivèrent auprès de leur père. Ils étaient apeurés par cet animal qui ne cessait de geindre. Mais ils avaient déjà vu faire Goupil. Alors, pour l’aider, ils guettèrent la venue de la mère du marcassin. Et puis surtout, ils avaient faim. Le pauvre Goupil ! La maudite plume, mal avalée, lui chatouilla la gorge. Il ne tint plus et cracha. Le marcassin se sauva à toutes jambes. Pas de jambon pour ce matin ! Roué et Mêlebrun s’aplatirent et cachèrent leurs yeux sous leurs pattes. Donc personne ne vit arriver par derrière la mère du marcassin. Elle cogna Goupil, qui fit un bon en l’air et se retrouva coincé dans un noisetier. Il avait si mal qu’il ne put pas bouger. Les deux renardeaux voulurent l’aider. Il refusa. Il resta toute la journée ainsi.
Ce ne fut qu’à la tombée de la nuit qu’il se décida à affronter la douleur. Il parvint à se balancer et à retomber sur… les fesses. De rage, il voulut donner un coup de patte à ses fils. Les deux reculèrent et Goupil tomba à nouveau. Les yeux en larmes, il réussit à avancer jusqu’à son terrier.
Comble de malheur, Dame Hermeline était rentrée de bonne heure ce matin-là. Un beau lapin mort les attendait. Épuisé, Goupil s’endormit le ventre vide et les fesses dures.

