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Congrégations emphatiques

Un texte de Wikipen.

Ah, Socrate, je m'en souviens, de ce type-là, je l'avais rencontré dans un autre voyage... mais il s'est suicidé depuis, il paraît... dommage. Brillant, vraiment. Mais je ne m'en souciais guère alors, je ne pensais qu'à la douceur de la mer et à la dureté du rocher, au moment fatal où midi nous assène ses congrégations emphatiques. Pour l'instant cependant, j'ai d'autres préoccupations, car les marchands de fourrures italiennes ne sont toujours pas venus, et j'ai reçu par contre un colis égaré qui contenait les minutes du procès de Jeanne d'Arc, traduites en mandarin par un poisson babélien particulièrement borné. Et ils veulent que je relise ça pour lundi ? non mais, je rêve ! Que l'on m'appelle sur-le-champ une estafette, je vais le leur renvoyer, moi, leur chapiteau corinthien, ça ne va pas traîner ! J'ai mieux à faire... J'ai envie d'aller faire un tour dans mon rêve de l'autre jour et y retrouver cet homme étrange dont l'image me poursuit depuis...

Je m’éveille. Pendant un instant je crois que le monde extérieur a disparu : aucun bruit d’aucune sorte. Puis je vois les raies de lumière sur le sol en peau de caribou diaprée, des raies bien nettes, de vraies grenouilles : c’est que le soleil est déjà haut. Zen it ! Gloire à Râ et à Osiris ! Je sors pieds nus sur la terrasse, les dalles sont déjà tièdes. Au loin la mère de toutes les mers s’étend, remplissant le champ visuel jusqu’à l’horizon, où l’on distingue vaguement le profil bossu de quelques îles désertes où j’enverrais bien en résidence surveillée certains dignitaires mandchous. Et le soleil verse à pleins seaux un fluide brûlant qui s’insinue jusque dans les moindres détails. Il n’y a pas ici la moindre anastomose, pas le plus petit éreintement, juste quelques scarabées velus de loin et qui nous regardent de haut. D’un pichet disposé fort à propos sur une petite table, je bois le jus glacé d’agrumes qui ne sont pas californiens.

Trop, c’est trop ! Je n’en peux plus d’ingurgiter ces pastèques par tonnes. Même pour une âme en dalle comme la mienne. Et puis maintenant un passage est ouvert. Au prix de quelques roulades en arrière, comme seul sait en faire Sisyphe, je parviens au sommet de la montagne. Derrière moi la vue est magnifique. Tant mieux pour elle ! Et devant moi… ah, devant moi ! Une autre vallée asymptotique m’impose une descente poussiéreuse en accélération constante. Bang ! Arrêt brutal sans signal d’alarme ! Je suis au pied d’un temple de l’Amour, filiforme, protégé par d’immenses cyprès verbalisant toute infraction aux préliminaires du protocole. Avant de pouvoir y pénétrer, je suis arrêté par d’hirsutes triangles oranges. Ils me jettent dehors et c’est alors que j’aperçois à nouveau cette âme rêveuse, errante comme la mienne. Je sais, je devine, je ressens que sa présence est voulue et désirée. Par quel prodige cette colombe humaine, d’où dégoulinent de splendides gouttelettes fruitées, se joue-t-elle de moi à tire-larigot ? Pourquoi, assise en tailleur, frotte-t-elle sa jambe nue contre l'unique sofa de la peausserie en exposition sur le Champ d'Arès ?

Arrivant comme Mars en Carême, je jette avec superbe mon bouquet de pétoncles rayés sur la console. Une gerbe d'étincelles en jaillit et les yeux des opérateurs virent au rose fluo. Ils n'avaient pas eté prévenus, les pauvres ! Et maintenant, on court le risque que les infâmes triangles oranges, paslmodiant des chants égrégoriens, envahissent tout le territoire spatio-temporel ! Effroyable perspective. Cherchant à tout prix à la contrer, je lance dans le continuum végétatif les plus efficaces de mes antennes télépathiques. Car cet homme-là, celui qui se promène sans but affiché, vêtu de philosophie péripatéticienne et de coton égyptien, je suis sûre qu'il va pouvoir m'aider. Pour m'assurer de son concours, j'envoie aussi en mission des elfes pseudo-anamorphiques, saturés de briefings électrisants. Ils partent comme des flèches en zonzonnant des trajectoires. Je m'accroche aux lianes : pourvu que ça fonctionne ! Et quand connaîtrai-je le résultat de mes efforts ?



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