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Crânes ricanants

Un texte de Wikipen.

Dans un lagon, j'étais sur la plage, à marée basse avant le lever du soleil. L'ambiance est bleutée, la mer est calme comme l'eau d'un lac, des coquillages hélicoïdaux éparpillés jonchent le sable bleu-gris. Allongé au bord de l'eau, je contemple les vaguelettes. Un fille très belle s'allonge tout à côté de moi, et nos regards s'échangent. Elle prend un coquillage dans sa main et me demande par geste : « Tu aimes les fruits de mer ? » Je lui répond que oui, et je lis alors dans ses beaux yeux verts qu'elle veut me revoir le soir même. Puis elle s'en va.
Au coucher du soleil, je reviens sur la plage. La mer est haute et calme, elle va bientôt redescendre. Au loin, de gros nuages gris assombrissent le jour tombant. Mon rendez-vous n'est pas là, je suis triste. Je rencontre deux amis près des herbes. Ils sont tous les deux avec leurs petites amies, autour d'une plaquette de beurre. Je leur dis : « De ce temps là, l'eau doit être bonne. On pourrait aller se baigner ». Mais Arnaud me répond qu'il faut faire attention aux requins, il faut à peine se mouiller les pieds, car c'est dangereux. Pour me montrer, Étienne va dans l'eau et se mouille jusqu'aux genoux et tourne autour d'un requin. Les requins de ce lagon ressemblent à une mutation entre un requin et un dauphin, dont le crâne a une forme humaine, les yeux rentrés dans leurs orbites. Ce requin semble amorphe, il a à peine la force de mordiller la cheville d'Étienne. En revenant vers nous, trois cobras. Etienne se rassoit, je fais de même. Arnaud coupe une lamelle de beurre et la mange. Etienne prend un crayon et un papier et écrit en bout de ligne « fl », il n'a plus de place pour écrire la suite. Il me montre le papier et me dit : « C'est formidable, depuis hier que nous sommes là, je n'arrête pas de penser à l'alcool ». Puis il prend lui aussi un morceau de beurre pour le manger. Les deux couples s'embrassent, et c'est alors que je m'aperçois que mes amis ne sont pas constitués de chair, mais de terre argileuse, brune et grise, sur laquelle pousse de l'herbe et des mousses à la place des cheveux. Ils mangent encore du beurre. À cet instant, une télévision qui était à côté s'allume, et diffuse une émission de cirque sous-marin. Le dompteur met sa tête dans la gueule d'un hippopotame. Son sourire se transforme alors en horreur lorsque l'hippopotame ferme sa bouche. Ses dents anormalement longues transpercent le crâne et l'oreille du dompteur dont le cri de douleur reste inaudible. Très lentement, les mâchoires se resserrent. Bientôt le crâne explose. Tous les os sont broyés, les dents, les mâchoires, la cervelle et les yeux sortent de sa tête. Étienne se lève et s'en va. La télévision continue de diffuser cette scène en boucle. Étienne revient, s'assied à côté de moi et dans sa main un morceau de crâne humain avec des bouts de cerveaux. Il en mange, puis me propose : « Tu en veux un peu ? »