Dans cet hémisphère chatoyant

Un texte de Wikipen.

Double ajouré d'une Lisbonne endormie, les vagues viennent à peine t'effleurer le bout des orteils. Est-ce vraiment l'Atlantique ou un autre océan interplanétaire, qui pourrait le dire ? Et que savent de notre âme - ou de ce qui en tient lieu - les chiens errants qui di-vaguent entre le crépuscule et la nuit mort-dorée ? Nous n'avons pas toujours les dictionnaires voulus et nos ascenseurs sont paresseux. Nous préférons descendre le fleuve sur une barque sans rameurs et sans rumeurs, mais pourvue d'antennes téléscopiques et de silhouettes intangibles. A la proue se tient un grand gaillard (d'avant) qui scrute le rivage à la recherche des signes visibles de notre éternité. Adieu châteaux, râteaux, gâteaux, la traversée des apparences requiert toute notre attention. Mais c'est la seule qu'il soit possible de faire dans cet hémisphère chatoyant.

Les melons en fleur mimant les gens du peuple font parfois des choix menaçants. Ils te déifient le temps d’une oscillation, puis te réifient. Un requin de solidarité impressionne plus qu’un musculeux gringalet. Tu te méfies de ton moi, alors tu t’inocules un verjus. Tes pensées tuméfiées se réorganisent à la place de ce panier de poussières. Tes paroles approuvent les clameurs de la vie et les merles moqueurs. Et même si tu ne veux pas faire de mal à une bouchée à la reine, tu cribles d’infamies les artifices ventripotents. Tu débats sans délai numérique avec les moments irrésolus. Tes satellites, tes esclaves, tes patacaisses dépourvus de sens inaugurent des fermetures de portes automatiques. Pas la peine de klaxonner, tes chants s’embellissent déjà et s’adaptent aux oreilles réfractaires à tout objet fractal. Les couleurs jaillissent du fonds des dossiers informatisés et ravissent tes porteurs d’éléphants télescopiques. Pas besoin de sentence ! Tes subtilités rendent heureux ! Qu’oserait demander de plus le peuple ? Un canope félin ? Un glacier à sentences ? Une étagère à fleurs ? Un garage à chansons ? Un canapé à ritournelles ? Une âme neuve ?

Une âme neuve ferait bien mon affaire mais on ne change pas une équipe qui gagne... On serait pertinent à moins. On dirait qu'on est des marchands de tapis à Boukhara et on nous croirait. On se délecte du conditionnel employé sans conditions et enroulé autour de la gorge pour vous protéger des torti et des colis. J'ai convoqué un orchestre subliminal pour ne pas déranger le détartrage matinal des esperluettes. Mais je pense toujours que mon chien a fait une fugue en ré mineur, il n'est pourtant pas amateur de fleurs de Bach. Maintenant en avant, il y a beaucoup à fer ! Rien que pour balayer tous les incunables que les oiseaux migrateurs ont laissé tomber au passage, il y a du boulot ! Un bouleau argenté, que viennent enlacer des demoiselles polonaises. Fragments fractals réfractés dans la trace indélébile de nos amours fugitives, tandis que le tracé de l'eau mélodique se perd dans le sable.

Qu’est-ce que cette caisse de douze tonnes, avec quatre pieds-ventouses, trois bras, deux yeux devant, et deux yeux derrière, qui rôde chez toi le pétard aux dents ? Persuadé qu’il s’agit d’un embrouillamini de littérature grise selon l’AFNOR, je m’agite les atomes les uns après les autres avec la ferme intention de prendre l’ascenseur jusqu’au dernier étage. Une fois en tout en haut, je monte sur la rambarde et je descends les tragédies en haillons. Impossible d’être dupe des finesses asymptotiques. La machine à subtilités hisse les demoiselles polonaises défragmentées hors de ton carnet à spirales, et recueille d’autres joies sur ton canapé à ritournelles riche en accessoires. Leur utilité me dépasse. Surtout ce panier de feuilles, et cet autre de pétales. Après quelques loopings, mon âme part en vrille. Sauras-tu la rendre digne de l’heure du thé ?




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