Dans une boîte
Un texte de Wikipen.
Voila maintenant une semaine et toujours pas de réponse.
Nous savons tous les deux ce que ça signifie.
D’abord que tu ne répondras pas et qu’il ne me sert à rien de t’attendre.
Ensuite, que je ne te reverrais pas de sitôt, si tant est que je te revois un jour.
Si ce jour arrive, je sais déjà ce qui s’y produira.
Un sourire gêné, l’alliance à mon doigt comme un obstacle à toute discussion.
Un effort pour faire comme si de rien n’était, les formalités d’usage et de politesse,
un regard volé au loin comme une femme qui collent ses yeux une dernière fois sur celui qui aurait pu être l’homme de sa vie.
Je ne sais pas quoi faire de ma valise de souvenirs.
Je suis comme coincée sur le pas de la porte sans savoir si je suis enfermée dehors ou dedans.
C’est probablement ça la légende du premier amour.
Impossible d’oublier ce moment, une fraction de seconde, une classe de mômes de 10 ans,
des disciplinés, des perturbateurs, des réservés et moi au milieu de ce champs de bataille,
le jour de la rentrée.
La séance d’observation commence et puis, un silence que je suis la seule à entendre,
une certitude que j’aurais bien avant toi et mon cerveau, incapable de réfléchir davantage,
parlant tout bas comme un moine plein de sagesse « ça y est, je t’ai trouvé ».
Des années durant, entre obsession et mentor, tu as été ma force,
ma source, mon ami et mon amour imaginaire aussi, présent dans chacun de mes rêves.
Lorsque tu es devenu réel tu as été ma famille, mes racines, mon intelligence, ma curiosité, mon désir.
Tu as tout dévoré jusqu’à devenir moi-même.
Tu m’as appris jusqu’à ma propre liberté de réfléchir, de ressentir et d’être ce que j’étais vraiment,
y compris si cela signifiait te quitter pour pouvoir, enfin, exister à travers moi plutôt qu’à travers toi.
Mais cette liberté ne change rien à mon amour, à ma tendresse, ma sérénité, mon soulagement ou ma fierté.
La fierté de t’avoir touché, d’avoir en moi des morceaux de toi à jamais.
Bien des années se sont écoulées et la vie a continué.
Même s’il nous arrive de déjeuner ensemble parfois,
rien n’est plus clair que cette absence de sentiments entre nos deux chaises.
Je suis bien trop concentrée à essayer de bien me tenir et toi bien trop occupé à brouiller les pistes,
pour que nous puissions devenir amis.
Nous nous connaissons par cœur et nous ne savons presque rien de ce que peut être le quotidien de l’autre.
Tu continues de lire en moi comme dans un livre ouvert et je suis toujours aussi intimidée face à tes yeux.
Je ne peux pas m’empêcher de me rappeler combien j’aimais les regarder.
Je donnerais cher pour pouvoir te toucher encore, te frôler seulement, avoir juste un contact si petit soit-il.
Et déjà j’ai quitté le fil de la conversation et je suis incapable de dire quelque chose de sensé.
Seules restent les banalités.
« Que reste-t-il de nos amours » ?
Quelques lignes noircies dans un cahier, une dizaine de lettres, une bague et deux photos dans une boîte.
Dix ans de ma vie écrasés dans 20 cm cube d’espace.
Mes mains se posent sur le couvercle, et je vois mon alliance, celle qu’un autre homme que toi m’a passé au doigt.
Je ne sais toujours pas où ranger ma boîte.
Probablement à la cave, c’est ce que tout le monde fait non ?
Une tranche de vie rangée entre un vélo et un reste de peinture dans un pot qu’on n’ouvrira jamais plus.

