Des non-êtres affublés de pétales et de dalmatiques
Un texte de Wikipen.
Je quitte malgré moi ce plateau complexe et injuste. Ah, la justice ! Son art… en sort grandi ? Non, mais qu’importe. L’ogresse l’agresse et je suis quitte ou double. Il n’empêche que je me suis permis de tutoyer ma chamane et qu’il ne s’est rien passé. Avec une perception exacerbée comme la sienne, je devine qu’elle n’est pas choquée, alors à partir de dorénavant je vais continuer à tutoyer ma danseuse penseuse lanceuse de sortilèges. Dont acte ! Précieuse féticheuse, tu tournes autour de moi de plus en moins vite, tu fais des sauts si sombres, tu chantes d’incompréhensibles sonorités, tes joues jouent. Extra ! Et moi dans tout ça ? Je n’ai pas de témoin sincère pour espérer un jour comprendre ma réaction alchimique. De plus mes proches sont vides. Aucune payse ! Personne ne peut m’aider. Ceux qui traînent par ici ne me connaissent pas. Les australopithèques, et Brad Pitt, et Kant, trop heureux, se rient de moi. Sans dessous dessus, j’affronte d'affreux oppressants. Et pendant ce temps tu te bats, la chamane, contre des non-êtres affublés de pétales et de dalmatiques. Je cligne les paupières et c’est alors que je t’aperçois libérée de nos mauvais rêves.
- Depuis le chargement des germinations, on tournait autour de cette armoire. Une armoire qui rit de nos atermoiements, dans la morsure des êtres singuliers qui la peuplent ! Justement, il n'y a plus ici que des harpistes disciples de Marx et des psychiâtres lacaniens qui affûtent leurs jeux de maux sur l'affût d'un canon de rouge. Mais en tant que chat-mane de bonne volonté, je ne vais pas prétendre qu'ils n'ont rien à nous dire. J'ai encore beaucoup de travail devant moi pour tricoter tout cela dans une perspective spatio-temporelle qui ne soit ni misérabiliste, ni exacernée. (Cet adjectif est venu d'une faute de frappe, je vais néanmoins le conserver tel quel). Nietzsche avait promis de nous aider, mais comme c'était dans un autre épisode, il faudra sans doute faire valider à nouveau sa carte de participation. Voyons, tâchons de concevoir un semblant d'organisation, les mammifères devant, les ombellifères derrière et pas un cheveu qui dépasse de la casse-quête.
Personne n’a de supérieur spirituel, pas même mon chien de fusil d’épaulé-jetée comme une simple période fleur bleue, papillon rose. Et puis, est-ce utile de croiser l’âme de Jeremy Bentham dans l’une des grottes des Météores ? Tu es partie derrière ce champ de lin à la recherche d’une orge brassicole alvéolée de briques. Tu inspectes le moindre coin d’ombellule près de la rivière afin de découvrir l’intine insaisissable. Et moi ? Que vais-je faire ? Aller m’ensabler comme un vulgaire crabe soufflant dans un buccin ? Je me vois plutôt déambulant sous un cortège d’antistrophes dérouillées à l’aide d’un décapant efficace et revivifiant. Je pars à Bôle en passant par le Tombet. Une transigeance ? Non, un choix délibéré ! Peut-être y rencontrerai-je, au milieu des allées d’azalées, des âmes amies azurées assez assainies pour me pardonner de voguer au-delà des doutes et de les amener vers l’amer de l’intranquillité.
- Double ajouré d'une Lisbonne endormie, les vagues viennent à peine t'effleurer le bout des orteils. Est-ce vraiment l'Atlantique ou un autre océan interplanétaire, qui pourrait le dire ? Et que savent de notre âme - ou de ce qui en tient lieu - les chiens errants qui di-vaguent entre le crépuscule et la nuit mort-dorée ? Nous n'avons pas toujours les dictionnaires voulus et nos ascenseurs sont paresseux. Nous préférons descendre le fleuve sur une barque sans rameurs et sans rumeurs, mais pourvue d'antennes téléscopiques et de silhouettes intangibles. A la proue se tient un grand gaillard (d'avant) qui scrute le rivage à la recherche des signes visibles de notre éternité. Adieu châteaux, râteaux, gâteaux, la traversée des apparences requiert toute notre attention. Mais c'est la seule qu'il soit possible de faire dans cet hémisphère chatoyant.

