Dialectique de la liberté

Un texte de Wikipen.

— Ô maître, puis-je vous poser une question ?
— Bien sûr jeune disciple, je suis ici pour toi !
— Qu’est-ce que les gens appelent « liberté » ?
— C’est très complexe. Assieds-toi, je vais t’expliquer.

L’élève s’assoit en tailleur sur un rocher et le maître lui dit :

— La liberté est l’expression de notre humilité, elle est également la pierre angulaire qui maintient notre idiosyncrasie et aussi le secret le mieux gardé de l'humanité, l’expression de nos désirs et de notre volonté. La liberté est le but que tu dois atteindre
— Je ne suis pas libre alors ?
— La réponse est dans ton esprit et ton cœur !
— Je pense que je ne suis pas libre et que je n’ai jamais goûté à la liberté.
Pourquoi penses-tu cela ?
Premièrement vous êtes mon maître.
— Quel est le rapport ?
— Quand on est sous les ordres d’un maître on n'est pas libre, par définition.
— Ôte-moi un doute. Qui est venu me trouver ? Qui est venu me demander de bien vouloir lui enseigner la sagesse ?
— C’est moi maître.

L’élève se renfrogne légèrement dépité.

Pourquoi es-tu venu ? Je me souviens, tu avais beaucoup insisté pour que je te garde à mes côtés malgré mes réticences. Pourquoi es-tu resté ?
— C’est simple, je le voulais du fond du cœur, je l’avais décidé ! Je ne désirais que cela.
— Tu es donc venu me trouver en être libre !

L’élève se décontracte et affiche une moue dubitative en s’exclamant :

— La liberté c’est faire ce qu’on veut en quelque sorte ?
— Non ! Je t’ai déjà dit de ne pas utiliser des notions approximatives. La vie ne tolère pas les approximations. La liberté tu ne trouveras point ainsi…

L’élève fort surpris reste bouche bée. Le maître tend ses deux poings fermés vers l’élève et lui dit :

— Tiens, choisis une main, mais ne choisis pas n’importe comment ! Réfléchis bien, choisis librement.

L’élève médite longuement puis il dit :

— Celle-ci ! Il lève sa main droite.
— Très bien ! Excellent choix. Tu aurais choisi une de mes mains et tu aurais échoué…
— Oui je l’avais deviné grâce à votre enseignement.
— Alors je peux continuer. La liberté c’est faire ce qu’on a décidé de faire.
— Je comprends.
— Tu es sûr ?
— Non ! Dit l’élève penaud.
— La liberté est indissociable des contraintes qui s’opposent à elle.
— Oui, là je comprends.

L’élève sourit.

— Ferme les yeux. Imagine-toi [[sur un voilier. Tu y es ?
— Oui maître, je sens les embruns salés.
— Décris-moi la liberté maintenant !
— Je suis libre, je vais aller là où j’ai décidé d’aller par le chemin que j’ai décidé de prendre. Je suis libre en satisfaisant à ma volonté.
— Très bien ! Alors crois-tu que si tu lâchais l’écoute de ta voile et laissais ton embarcation dériver au gré du vent tu serais libre ?
— Non maître. J’ai compris que la liberté ce n’est pas faire n’importe quoi. Ce n’est pas se laisser aller. Ce n’est pas être insoumis aux contraintes…
— Tout à fait, car ce sont les contraintes qui te permettent de guider ton bateau. Sans le vent et ses caprices, sans la puissance de la mer tu ne serais pas libre.
Merci maître.
— Ne me remercie pas trop vite, tu as encore bien des choses à apprendre sur la liberté, mais la leçon s’arrête là pour aujourd’hui. Je suis déjà fier de toi.