En route pour l'aventure
Un texte de Wikipen.
[modifier] 16 octobre
Ciel sombre et bas, temps gris et froid, la pluie s'abat sans relâche sur l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle. J'ai pris un sac de voyage souple quasiment vide, quelques sous-vêtements, deux chemises, un pantalon en lin, un bouquin, des cigarettes sans oublier l'appareil photo et la trousse de toilette. Je n'ai pas besoin de plus. Lorsque je pars en vacances à l'étranger je m'efforce de remplir le moins possible mon sac de manière à pouvoir ramener le maximum de choses. Soudain une voix résonne dans la salle du terminal 1, l'enregistrement du vol UL564 est ouvert. Après quelques minutes d'attente je pose mon passeport et mon billet sur le comptoir. Une charmante hôtesse vêtue d'un magnifique sari magenta brodé de fils d'or fin me lance un sourire enchanteur, un des ces sourires sincères qui sortent du fond du cœur. Comment ne pas déjà apprécier le pays lorsqu'une déesse vous accueille avec tant de charme et de prestance ?
Une fois les formalités remplies, j'embarque dans l'Airbus A330. Mon siège est au milieu d'une rangée latérale de trois places. Hasard chanceux les sièges voisins sont inoccupés. L'avion décolle. Je me couche dans la nuit et m'étends sur les trois sièges, c'est presque aussi bien que de voyager en business class. Mon esprit erre un court instant dans les sphères oniriques et je m'endors.
[modifier] 17 octobre
Le soleil illumine la cabine, les gens commencent à s'agiter sur leurs sièges. J'émerge doucement de mon sommeil, je suis simplement heureux. Le personnel de bord nous sert un petit déjeuner copieux. Je me fais violence pour oublier que je suis un fumeur invétéré alors que j'avale une première gorgée de café. L'ambiance à bord change pendant que l'avion amorce sa descente, les passagers s'agitent impatients et le ballet des hôtesses s'intensifie.
L'avion entame son dernier virage, l'horizon sort du cadre du hublot, la mer apparaît, sublime lagon aux eaux turquoises d'une transparence inouïe. Les récifs coralliens découpent ce paysage avec une telle harmonie. Je suis simplement subjugué. L'atterrissage se déroule comme si la piste était un lit de fleurs et de plumes, chapeau bas au pilote c'est assez rare pour être souligné. Mes oreilles n'ont même pas réagi au changement de pression atmosphérique. La plupart des passagers quittent l'appareil. Je demande à une hôtesse si je peux prendre l'air sur la passerelle et à ma grande surprise elle m'y autorise. Quelle joie ! Devant moi s'étend la petite ville de Malé, capitale des Maldives. Les bâtiments sont assez cubiques, l'architecture me rappelle celle des petites casbah mauresques. Cependant le tableau urbain que je contemple est richement décoré, c'est un patchwork clinquant composé de mille et une couleurs. Du bleu ciel, du cyan, du rouge, du jaune, du vert, du rose... On dirait que les urbanistes se sont inspirés des tableaux impressionnistes.
Étonnant !
Après une heure d'escale l'avion décolle. La contrepartie de ma petite sortie est que j'ai réveillé le démon qui sommeillait en moi, le tabac. Je subis ma dépendance, je résiste, je n'ai pas le choix. Une heure de vol, encore un repas, c'est dingue le nombre de repas qu'on vous sert dans les avions, c'est du gavage ! Et en plus comme on est assis pendant des heures on élimine forcément beaucoup moins bien...
Enfin l'avion se pose à Colombo. Je touche au but. Une chose me frappe à ma sortie de l'aéroport : les soldats sont partout ! J'ai l'impression d'avoir atterri sur une base militaire. Des bunkers, des chars d'assaut, des camions... Les hommes portent tous des fusils d'assaut avec baïonnette et tout un attirail guerrier de la grenade à la matraque. Une fois ma surprise passée, je scrute ce paysage irréel en fumant ma clope. Une cigarette fumée trop vite, ma tête tourne et mon ventre s'est noué. Une fois remis de toutes mes émotions je saute dans un taxi. En route pour l'aventure.
Les alentours de l'aéroport sont entièrement sous le contrôle de l'armée cinghalaise. Tous les cinq cent mètres le chauffeur doit ralentir à l'approche d'un check-point, les véhicules empruntent une chicane sous le regard très attentif et presque inquisiteur des militaires. Notre voiture n'est pas contrôlée car les touristes sont très bien accueillis, en revanche tous les camions et camionnettes sont systématiquement arrêtés au bord de la route pour une fouille complète de leurs chargements.
Je discute avec mon chauffeur, un ancien expatrié qui a étudié en Angleterre à une époque où les liens coloniaux entre les deux nations étaient encore très étroits, pendant les quelques heures du trajet. L'hôtel où je me rends pour passer ma première nuit est situé à Habaranna, à une centaine de kilomètres de Colombo - la durée du trajet sur les petites routes cabossées puis sur les chemins de montagne est d'environ quatre heures. Les paysages se succèdent, j'ai l'impression de visiter plusieurs pays fort différents. Tout d'abord la plaine côtière, la végétation est essentiellement composée de palmiers et de plantations diverses, puis les rizières, panorama beaucoup plus vert, les cîmes des arbres scintillent comme des émeraudes, la lumière douce qui traverse le filtre végétal imprègne le paysage d'un charme et d'une splendeur incroyables. Je demande à mon chauffeur de faire une pause, j'aimerais qu'elle dure l'éternité... Enfin la route commence à tourner, les lacets s'enchaînent de plus en plus rapprochés, nous grimpons, la température chute de quelques degrés, il fait encore minimum 28°C. La végétation est ici bien plus diversifiée, paysage de jungle tropicale, plantation de coco royal et d'ananas, première plantation de thé... J'arrive de nuit à Habaranna, je suis étonnamment en pleine forme, certainement est-ce l'euphorie du voyage et de la découverte. L'hôtel est splendide, la chambre somptueuse, je n'en reviens pas. Après avoir dévoré un repas généreux je me balade dans le parc, havre de paix sous la lune, j'écoute le silence troublé par les cris d'animaux et admire la voûte céleste, je ne l'ai jamais vue aussi belle, je ne me suis jamais senti aussi épanoui...

