Essai pour une autre intégration (très) faillible
Un texte de Wikipen.
Beaucoup d'intellectuel-le-s ont recherché la Vérité. C'est depuis quelques millénaires une des réflexions récurrentes de l'Humain. On a alors créé les mots « Dieu » ou encore « Tout ». La philosophie et la science tentent de formuler cette Vérité. Ce qui est amusant d'observer dans cette quête, c'est le pouvoir des mots. En effet, parce que l'unification de l'Univers a un nom (Dieu ou Tout), tout le monde pense qu'elle n'est qu'un. Un ensemble contient plusieurs choses. Pourquoi un Tout serait différent ? L'unité sémantique de l'expression « La Vérité » ne veut pas dire que sa valeur se compte elle aussi au nombre un.
Bon, en fait tout le monde se doute bien que ce Tout, c'est tout, et pas une seule chose. Tout cela n'est que masturbation cérébrale. Depuis la sédentarisation de l'Humain, celui-ci n'a plus besoin de fixer ses pensées à la survie du groupe, et son alimentation est suffisante pour développer son cerveau vers des constructions mentales plus complexes. Il crée l'agriculture, métaphorisée en pomme quelques milliers d'années plus tard dans la Thora. Dans ce célèbre livre, la pomme devient alors l'objet de la Connaissance car Adam et Ève jusqu'ici erraient çà et là ; une fois que l'on a compris qu'on peut rester sous un arbre pour en manger les fruits, alors on a le temps d'observer, de réfléchir, de comprendre, de connaître. Ainsi, depuis le néolithique, l'Humain réfléchit sur le monde et sur ses congénères comme il ne l'avait encore jamais fait auparavant. Les Humains se sont alors cassé le cul à travailler la terre, et à casser la Terre.
Et depuis cette conquête de la noosphère, les humain-e-s multiplient les schémas de pensée : la philosophie, la religion, la science, l'art, et autres systèmes d'exclusion du corps.
Bien, maintenant que j'ai présenté cette présente réflexion comme inutile, je vais pouvoir tenter moi aussi de trouver des lois à l'Humain et ses idées. Je vais pour cela, dans une critique imparfaite, une assurance digne du plus fou, une méthode stupide et une forme faussement mathématique, vous montrer comment réduire à de simples formules la complexité, la diversité et l'irréductibilité de l'être et du Tout.
Commençons par la religion. L'humain-e de foi pense que son Dieu est Tout, et donc qu'il a raison de tout. Ainsi il se représente comme un être de non-droit (car Dieu à droit à tout sur Tout), un être donc insignifiant, soit rien. Or comme Dieu a fait l'Humain à partir de lui, qui est Tout, Dieu n'est rien. Paradoxe difficilement démêlable, à moins qu'on approuve l'inexistence de Dieu. De toutes les manières les humain-e-s de foi croient en rien, au vide, à la mort. Les faux écrits divins les persuadent que ce qui existe vraiment est après la vie, tout ce qui est avant est insignifiant. Ce qui est le plus remarquable, c'est que ces gens s'associent dans leur quête de la mort. Ainsi la religion, c'est la capacité de l'Humain-e de croire en ce qui n'existe pas, soit : 1 humain-e + 1 humain-e = 0.
Les capitalistes et leurs dérivé-e-s ont une autre idéologie. Ils n'ont pas vraiment à faire dans cette intégration, mais on peut quand même les réduire. Dans un système comme le nôtre, les média font de nous des boîtes vides et solitaires ayant besoin des ressources (pécuniaires) afin de consommer plus de média. C'est pour cela que nous travaillons la terre de nos jours, car les média ont su remplacer notre soif de penser et de connaissances. Le spectacle s'est substitué à notre vie. Une autre étrangeté est de créer des richesses virtuelles dont l'argent, lui-même, médiateur entre l'individu-e et le spectacle. Devenu médium suprême, son Idée se suffit à elle-même. Ainsi, en tarabiscotant un peu plus loin et en simplifiant dans une certaine forme (une méthode complexe que les intégrateur-e-s farfelu-e-s connaissent bien, mais qui serait fastidieuse à démontrer), on obtient la formule 1 humain-e + 1 pièce = 3 pièces.
Passons à la science maintenant. Pourquoi la science ? Hé bien parce que j'en ai envie pardi.
La science repose sur le dogme scientifiquement démontré que le Tout est logique (scientifiquement parlant). La science qui s'érige donc comme pensée suprême car logique — un peu à la manière de l'argent chez les capitalistes —, se trouve donc au-delà même de la considération humaine (un peu comme le journalisme conventionnel, soit dit en passant). D'ailleurs, conventionnel est le mot juste ; car en science, tout doit être logique, ordonné, trié, répertorié, normé selon les théories ou dogmes en vigueur parmi les scientifiques. La science est par nature prosaïque, et son schéma de pensée est strict, droit dans ses bottes, comme un petit enfant de chœur qui chante à la chorale. Bref, la science, c'est 1 truc + 1 truc = 2 trucs (vous vous direz peut-être que c'est simpliste, personnellement je dis prosaïque).
Revenons un peu à la politique, mais cette fois-ci du côté de la théorie, et non plus de l'idéologie. Différence qu'il y a dans le fait que l'idéologie repose sur des dogmes, alors qu'une théorie est mouvante (il est écrit quelque part une phrase très pertinente, la voici : « Basically, theory means you have ideas; an ideology means ideas have you. »). Bref, je voudrais parler ici de la théorie anarchiste. Les anarchistes veulent vivre, un point c'est tout. Cela nécessite liberté, égalité et solidarité. Cela ressemble beaucoup à une certaine devise, en fait la politia oublie de mentionner la première de ses valeurs, l'hypocrisie. Les anarchistes donc, prônent l'humain-e, et c'est déjà pas mal. Ils se foutent bien du Tout, du moment que tout le monde se sente bien. 1 humain-e x 1 humain-e = 1 ensemble.
Enfin, on peut citer en vitesse l'art, qui n'est pas vraiment réductible car toujours en mouvement. D'ailleurs, si la science est le mode de pensée de ce qui est, l'art est l'idée même du mouvement présent car seule son histoire -infinie est significative (et qu'est-ce que l'histoire si ce n'est un grand mouvement ?). Certain-e-s l'ont terminé (« dépassé »), comme Dada ou l'Internationnale Situationniste, mais la finalité de ces quelques mouvements est difficile à distinguer aujourd'hui, pour l'instant j'y vois plus une unité de vie (ne pas confondre avec l'unité d'un Tout) qu'une équation.
Voilà pour l'intégration. Bien sûr je me suis employé à trier ces derniers paragraphes dans l'ordre rhétorique qui me convient, mais pas seulement, car on peut y voir un système d'associations. Prenez deux notions qui se suivent, elles sont toujours complémentaires ; prenez-en au contraire dans le désordre, et vous verrez que leur association est plus difficile. Par exemple, les curetons et les bourgeois ont été comme fesse gauche et fesse droite jusqu'au XXème siècle, de même aujourd'hui entre capitalisme et science. Même si c'est plus rare, certain-e-s anarchistes ne cachent pas leur enclin vers la science et la rationalité ; mais surtout l'art du XXème, « subversif » comme le disait Picasso, se conjugue plutôt bien avec l'anarchisme. Au contraire, l'anarchisme ne s'associe pas au capitalisme, ni la science avec l'art, ni la religion avec la science et l'anarchisme.
On pourrait dire que l'art va bien avec la religion, c'est vrai historiquement, tout comme les media tentent de se l'approprier par le spectacle ; seulement la religion se veut inerte et dogmatique, le capitalisme idéologique veut des sujets inertes, mais l'art est l'idée de mouvement, et pas l'apathie ni la croyance dans le vide. Si l'anarchisme est la manifestation politique de la dimension humaine, l'art doit en être son essence.

