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Exquis cadavres

Un texte de Wikipen.


Premier texte

Lorsque les officiers de la garde royale eurent terminé leur travail, ils quittèrent le navire un par un. L'officier Kreirwerk resta seul quelques instants face à lui, cherchant une faille dans son regard. Bredouille, il lui cracha finalement au visage, puis tourna les talons.

Avec angoisse l’ancien capitaine supportait avec difficulté son destin. Ficelé, tailladé et fumé comme un jambon, il pouvait entrapercevoir la rive s’approcher à plus de… Oh le nombre de nœuds ne lui importait plus. Il sentait les reflux de haine s’accumuler. Il n’était plus la figure de proue. Proie, bouc émissaire, gibier de potence. Il désirait reprendre le gouvernail, redonner des ordres et voguer outre-horizon. Mais les vents voulaient achever au plus vite ses souffrances. L’accélération lui fit basculer la tête en arrière. Il ferma les yeux et déjà de féroces cris aiguisés l’assaillaient. Les pourparlers durèrent presque une semaine. Personne ne voulait céder. Alors vint le jour du départ.


Au moment où l'équipage commençait à larguer les amarres, la foule afflua en une marée humaine sur la jetée.

Un grondement sourd commença à monter, par vagues de plus en plus violentes. L'angoisse dessina sur les lèvres de l'ancien meneur bien-aimé un rictus incontrôlable, où venait se déposer l'amertume salée de ses larmes. Les pierres commencèrent à voler vers le navire qui s'éloignait. Il put percevoir quelques plus dignes protestations :

— Ne le laissez pas nous dévisager !

— Allez lui fermer les paupières !

À travers le bruit des vagues, la dernière clameur de la foule lui revenait en un écho infini :

Il pleure pour nous, pauvres hères !

Sur le pont, un vent léger venant des terres faisait voler en tout sens des liasses de papier, pareilles à celle qu'il avait tant désiré tenir entre ses mains. Encore une fois, le remords sur son front, dans ses tripes, remonta sa moëlle épinière tel un long frisson froid. L'iris de son œil gauche se contracta. Bon Dieu, mais pourquoi avait-il signé ce traité ? Depuis, il ne voyait plus que cette maudite rature.

Les dernières sensations de douleur disparurent à l'aurore, alors que dans la brume mordorée persistait la lueur du fanal. Ses mâchoires se décrispèrent, ses poings se desserrèrent. Son corps entier se détendit et frissonna légèrement, mais le tocsin avait déjà sonné quand il se réveilla.


Deuxième texte

(à compléter)

Je me suis couché avec un sentiment de malaise. Pas à cause de l'alcool. Il me fallut un bon moment avant de réaliser. Tout cet argent. C'était ça. L'argent qu'on avait maintenant semblait nous avoir vampirisé. C'était comme si, finalement, il avait ôté à chacun d'entre nous son bien le plus précieux : Mado ne riait plus, Yan Shen avait perdu sa sérénité, Eduardo passait son temps à se regarder dans le miroir... Même Pîrsk n'était plus à deux mille, comme si le manque l'avait laissé d'un coup s'écraser comme une merde, en desserrant l'étau de sa mâchoire d'acier. Je comprends maintenant que c'est tout simplement notre jeunesse qui s'en allait, ce mélange d'insouciance et de hâte perpétuelle, cette soif de rêves inaccesibles... J'avais vraiment mal au cœur quand je me suis endormi, cette nuit-là, d'épuisement.

Yan Shen avait disparu au petit matin. Pîrsk prit la décision d'aller en cure de désintoxication. Avec l'argent, il put se payer pendant trois ans des séjours dans les meilleurs établissements européens. Eduardo changea d'identité, et depuis ce 11 septembre 2002, se fit appeler Eduardo Allende. Il avait encore plus soif de vérité et de liberté. Il devint reporter en free-lance. Mado finit par rejoindre enfin son père à Québec. Et moi ? J’ai encore la prétention d’embellir le monde de mon propre regard. Ce fut pour nous tous la fin d'une époque, comme une porte qu'on referme. Personne ne pourra plus ouvrir cette porte. Qu'on n'en parle plus.

J'étais perdu dans mes éculubrations mentales, lorsque je vis, par hasard, une girafe qui semblait souffrir au plus haut point: je m'approche d'elle et lui demande ce qui ne va pas. Elle me répond:
- C'est encore un coup monté!
- Quel coup monté? De quoi parles tu pauvre girafe?
- Ils sont tous contre moi, je n'en peux plus, appelle interpol, vite!

Je me suis demandé ce qu'il se passait dans la cervelle en délire de ce pauvre animal et je finis par me rendre compte qu'elle était complètement paranoïaque. Je filai courir chercher du secours, mais le seul homme que je trouvais me dit:
- Je suis occupé, j'ai 3 tonnes de sardines à donner aux phoques et autres cétacés, laissez moi donc tranquille!

Je filai dans une autre direction et vit la dompteuse de dauphins:
- J'ai trois tours à préparer pour les visiteurs de 16 heures, je suis occupée!

Que pouvais-je faire pour soulager une girafe paranoïaque, pensais-je en moi-même. Quand tout à coup, je décidai de (à compléter)


Troisième texte

Ce matin je suis venu pour emmener Mado, Yan Shen, Pîrsk , Eduardo et les autres au zoo pour fêter l'année du Cochon. Il me semblait que le zoo était un endroit bien indiqué pour ça. Mais personne n'a voulu venir avec moi, ils avaient tous mieux à faire, ils m'ont envoyé sur les roses. Sans ménagement, et pourtant qui veut voyager loin et cetera, sauf que je ne suis pas leur monture, même si je porte des lunettes. Bref je me suis retrouvé tout seul au zoo comme un imbécile, un imbécile même pas heureux, et réduit à offrir des crêpes aux ours blancs et mon bouquet de jacinthes prématurées aux éléphants. J'avais pensé à organiser un concours entre éléphants d'Asie et d'Afrique sur le thème "qui est-ce qui a les plus grandes oreilles", mais là non plus aucun succès, je me suis ramassé. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Qui pourra me le dire ?