Grand temps
Un texte de Wikipen.
Il est grand temps de mieux me connaître. Je sais, on me dit androgyne mais après ? Je suis une femme irresponsable selon ma mère, une chipie selon ma soeur, un "gars" qui aime la danse selon mon frère, mais pour moi et de mon point de vue, qui suis-je? Il n'a pas fallu plus de temps pour que j'entende le son de ma voix en écho et de mon intérieur me chuchoter une réponse: "Tu ne veux pas savoir !"
Ouch, et vlan, mon inconscient me faisait voir clairement une réalité toute simple: je souhaite ne pas trop me connaître au risque... de m'écouter réellement et changer complètement. Bien oui c'était simple,la peur du noir de l'inconnu. L'écho de la voix de l'inconscient me hantait.(je crois que c'était mon inconscient, et je le crois toujours) J'entendais : "Isabelle, tu ne veux pas savoir qui tu es vraiment."
Je m'appelle Alexandre, être ordinaire à la vie ordinaire, imprégnée de morosité et d'attente. Au passé certain et pesant, au futur incertain et loin, trop loin.
Je traîne un fardeau, péniblement, inlassablement, résolument. Hanté, poursuivi, menacé, insatiablement. Qu'est-ce que je sais faire ? Une seule chose. Parler de moi, moi, moi, toujours moi. Rappel d'une inexistence, d'une identité qui semble se réduire aux méandres d'un rêve. Cogito ergo sum, vous connaissez ?
Pas le seul dans ce cas. Des milliers, des milliards ? Pourtant, sentiment d'être seul, paradoxalement dans un monde immense, où nul part, je reste petit, inconnu étranger, errant au milieu d'une foule de gens, comme formaté pour un destin précis à accomplir, alors que le mien... si mien il y a.
La douleur d'aimer disparait-elle un jour ? La douleur de vivre, est-ce que cela se soigne ?
Je ne saisis pas la première question
" Ne pas savoir qui je suis !" Depuis que j'avais découvert que mes plans ne se réalisaient pas, qu'ils devenait un fardeau à force de les traîner, j'avais décidé de vivre au moment présent. Quelle joie, je me mis à me débarrasser de certaines illusions. J'avançais au jour le jour, dans une routine toute simple, apprentissage de la sociologie et prestations de petits spectacles de danse. AUjourd'hui, les cours sont terminés. Bien que ma troupe de danse effectue encore des spectacles, nous en sommes à notre dernière tournée avant la séparation. ALors, de mes jours plus tranquille, je veux voir l'avenir, et pouf ! Du noir, j'ai peur. " Je ne veux pas savoir qui je suis " ? Pourquoi donc ?
Oui, pourquoi donc un tel désarroi ?
Cette fatigue morne m'envahit chaque jour de plus en plus. Je suis drappé d'une invisible envie de fuir, toujours fuir, partir, partir, partir.
Chronique d'une vie ordinaire dans un monde ordinaire. Je dois l'avouer : ma vie n'est qu'ordinaire. Une famille ordinaire, une école ordinaire, des amis ordinaires. Et aussi un dégout loin d'être ordinaire de cette vie. Répulsion, dégout, rejet. Bref, c'est pathétique.
Qu'est-ce qui m'en a ammené là ? Si vous saviez, si vous compreniez, je vous emmenerez inéluctablement - avec moi - dans cette tourmente infernale que je vis, ou du moins, où j'essaie de survivre.
Hier. Arrêt dans une librairie. Enseigne : « au temps retrouvé ».
Retrouve-t-on un jour son temps ? Je suis indécis.
Continuellement,on court. Toujours. Après son passé – il vous rattrape. Après son futur - il vous échappe. Finalement, où est le présent ?
Le seul temps retrouvé, c’est celui qui fait que n’importe où je vais, je suis.
Etre toujours, toujours être.
Toujours renvoyé à soi-même, ses erreurs, ses choix, sa vie.
Quant à moi, et oui moi, j’adopte l’attitude universelle : hier – demain mais jamais maintenant.
Un livre, deux, puis des dizaines passent entre mes mains, je ne peux lire, je ne vois que des signes sans sens écrit sur du papier blanc, ce qui me re-projete dans des soucis éternels. Je sens le savoir m'étouffer, j'entends le blabla de tous ces narrateurs qui déversent leurs illusions dans ce lieu lourd qui les réunit tous. Je ne peux supporter mes propres pensées, car j'entends de même celles des autres. Les auteurs me jugent et m'interprètent, je veux sortir d'ici !!!
Vite, un endroit calme, il me faut de l'eau. Vite en endroit tranquille ! Heureusement, le ciel est gris, les gens restent chez eux, j'aurai le parc à moi ...
Je cours en suit les oiseaux, marche dans mon imaginaire quotidien. Un s'arrête sur le toit d'un immeuble, un grand batiment collectionnant tous les livres de la terre, une bibliothèque vivante ! Je suis Isabelle et j'aime cet endroit de Sophia, la sagesse incarnée de sa grand mère. À l'intérieur un premier livre envoûtant, les parcs !!! Youpi ! je n'y pensait plus, c'est tout proche, je veux partir m'évader, à deux pas de chez moi, dans un parc. Pas le temps d'ouvrir le livre que j'étais déjà repartie non loin de là, dans un tout petit endroit vert. À mon arrivée, tout était calme, paisible, seul un oiseau, (dans mon imaginaire c'est le même oiseau qui m'a suivie !) survole le sentier que je parcours. J'aime le bruit de ses ailes ouvre l'air et amnène ce doux vent à mes oreilles. J'aime la nature, je le sais maintenant. C'est une partie de moi même. Vive les parcs. La nature au coeur de la ville. Au lion un garçon, de l'autre côté de la rive semble s'amuse avec des cailloux dans l'eau. Un peu plus de vie, pourquoi pas ! Je suis intriguée, je m'approche, et voilà que j'entre dans un monde triste, le monde d'un jeune garçon, les yeux pleins d'eau et de colère... Encore sous l'ennivrance de ma promenande paisible, je décide de m'approcher et d'aller voir, un peu plus près. Qui sait, rien ne me fait peur, non ?

