Joyeux Anniversaire
Un texte de Wikipen.
J’ai fumé ma première cigarette le jour de mes 29 ans.
En cachette, cela va de soi. Dans ma voiture pour être précise.
Je me suis naturellement étouffée, comme chacun l’a fait autour de ses 13 ans.
Ni plus ni moins.
Quitte à être honnête, autant l’être complètement :
oui, c’était une cigarette sans tabac, je cite « à la fleur de guimauve ».
Oui, ma vie est d’une platitude digne de n’importe quel trottoir,
et oui, j’ai décidé ce matin de mettre fin à cet éternel ronron propre à un gros chat castré
et affectueux qui s’étalerait devant vous pour que vous lui grattiez le ventre
et qui exprimerait son bonheur sans fin comme si plus rien de la vie ne pouvait lui faire peur.
C’est ça en fait qui est effrayant, cette notion de « sans fin ».
Cette angoisse de l’inertie. Au début j’imagine que c’est normal.
Je crois même que c’est ce qu’on appelle plus communément « l’adolescence ».
Mais quinze ans plus tard, est-il encore concevable de se poser encore
et toujours les mêmes questions existentielles sur le « moi », le « moi » et encore le « moi » ?
Je me pose souvent la question de savoir si les autres font ça aussi.
Est-ce que tout le monde s’arrête le matin devant le miroir pour observer sa laideur,
et accablé s’assied sur le bord de la baignoire quand même l’horloge crie son retard ?
Est-ce que les gens
(j’entends par « gens » les gens normaux, le commun des mortels, pas les artistes, philosophes et autres grands intellos),
alors disons est-ce que les petites gens font des pauses existentielles
et réfléchissent sur la signification de leur vie assez longtemps pour hésiter à repartir ?
à continuer ?
A se diriger encore et toujours vers une nouvelle journée qui ressemble
en tous points ou presque à la veille ou au lundi d’il y a deux semaines.
Je ne travaille jamais le jour de mon anniversaire.
C’est un principe de base.
Cette journée est exclusivement dédiée à la méditation et à la considération de soi.
A la mesure de la sagesse éventuellement acquise depuis l’an passé.
Au souvenir, à la rétrospective et à l’introspection.
A la mémoire de tous ceux à qui je n’écris ni ne téléphone jamais et que j’aime pourtant.
A ma fainéantise, mon égoïsme, mon narcissisme.
A la mémoire de tous ceux que j’ai fait souffrir et Dieu sait qu’ils sont nombreux.
A mon incapacité à pardonner, à mon immaturité poignante du haut de mes presque 30 ans.
Somme toute, une journée exclusivement réservée à mon nombril quand la moitié de la planète meurt de faim.

