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L'œuvre de Djazk

Un texte de Wikipen.

Sommaire

Une œuvre complexe

Antanadronnissopoulos Djazk, à l'inverse de nombreux auteurs, a commencé par écrire des romans et n'est venu qu'ensuite à la poésie. Certains commentateurs, et notamment le célèbre Bernard-Marie Manédès, pensent que dès ses premiers livres, il avait conçu la structure d'ensemble du vaste cycle d'Amoriphonisse. D'autres exégètes comme Nadia Romanesco sont d'avis au contraire qu'il a écrit ses premiers romans comme des pièces isolées et que par la suite seulement, il les a fait rentrer dans le schéma du cycle. Il n'est pas possible d'entrer dans les détails, mais il semble que l'examen attentif des textes de Djazk puisse permettre de soutenir l'une ou l'autre de ces deux thèses.

Nous savons aujourd’hui que Djazk avait toujours un livre dans sa poche, de la poésie. Mais le seul livre (aussi fidèle que Palin) qui l’a accompagné durant ses pérégrinations, est La Malédiction de Râ de Naguib Mahfouz. Pour Djazk, la valeur de cet ouvrage devait être en grande partie affective. Nostalgique peut-être, puisque ce roman n'est pas le meilleur de cet auteur égyptien et n'atteint pas la qualité de La trilogie du Caire. Les thèmes abordés comme la filiation et la fidélité dans un contexte de prodigieuse destinée sont des thèmes qu'il a exploités et approfondis avec son style précis et puissant. La "coïncidence" de l'année de la publication de La Malédiction de Râ et de l'année de naissance de Djazk est un signe qui pourrait nous aider à mieux comprendre sa personnalité. Nous pouvons affirmer sans craindre de nous tromper que c'est Mohammed Ould Sidi qui a fait découvrir à Djazk cet auteur qui a dû lui plaire, même s'il ne pouvait pas le suivre dans ses convictions et engagements politico-religieux. « Comment un romancier peut-il délibérément risquer sa vie par une implication contre un pouvoir prêt à tout pour se perpétuer ? » se demandait Djazk lors de l'interview de 1974. Cela le dépassait et le laissait admiratif.

« Les paroles crient, les écrits brûlent. »
Sunontos


De nombreux documents ont aussi été retrouvés dans le dernier domicile de Djazk. Notamment, parmi ses livres en cours d’écriture, Une histoire de la poésie mondiale au titre explicite. De plus, d’après Ruth Delly Silver, une journaliste américaine du Seattle Globe, le frère de Djazk, Anton Fayzanos, serait en train de rassembler les différents poèmes que Djazk a traduits afin de les publier sous un même titre en plusieurs volumes : Anthologie de la poésie du monde. L’un des tomes est consacré à la traduction des œuvres d’un seul poète, car si Djazk a traduit beaucoup d’auteurs et de genres, un seul fut traduit dans toutes les langues qu’il avait apprises. Il s’agit d’Archiloque de Paros, un poète grec de la deuxième moitié du 7e siècle avant notre ère. Djazk a d'ailleurs composé plusieurs poèmes dans le style d'Archiloque.


« L'intérieur de ma Tour d'Ivoire est extensible. Plus je le tapisse, plus il s'approfondit et moins j’y vois. »
Printemps morose à Amoriphonisse

Le romancier

Son premier roman

Djazk œuvra longuement sur son premier roman, qu’il intitula après bien des changements L’éclusier du soleil levant. C’est celui qu’il a le plus travaillé, comme seul un apprenti artisan consciencieux sait le faire. Il est le précurseur du cycle Amoriphonisse la mystérieuse. Différents témoignages confirment que Djazk dès 1950 affirmait qu’il était né à Amoriphonisse. Chacun lui demandait des détails, et il en donnait alors en les embellissant à chaque nouvel intéressé. Une fois l’ouvrage achevé, Mohammed l’aida à trouver un éditeur. Le roman ne connut pas un succès retentissant, mais Djazk et Mohammed étaient fiers et sûrs de son talent littéraire. Ce sentiment enthousiasmait Djazk et confirmait l’idée qu’il avait de son destin d’exception. Après bien des combats contre lui-même, il savait qu’il avait passé le cap Horn et pénétré dans les eaux immenses d’un nouvel océan de mots à découvrir.
Maintenant, il est habituel de dire qu’il est plus facile de se demander « Où est Molière ? » dans chacune de ses pièces que de se demander « Où est Djazk ? » dans chacun de ses romans, mais en ce qui concerne L’éclusier du soleil levant, il va de soi que l’éclusier, c’est lui. La tranquillité avec laquelle il attend les bateaux avant de leur ouvrir le passage lui permet de dévorer avec délectation et à son rythme des livres inoubliables. On y retrouve aussi, sans peine, ses proches qui forment déjà le noyau dur des premiers romans du cycle. Malgré cela, Djazk sait déjà nous emmener et nous perdre dans son univers savoureux et incontrôlable. La vivacité des personnages et des lieux envahit nos lectures et déjà nous aimerions vivre à Amoriphonisse en nous créant un personnage que Djazk saurait sublimer.

« L'écluse me donne les bateaux et je les lui rends sous forme de livres. »
L’éclusier du soleil levant

Amoriphonisse

Le cycle des romans d'Amoriphonisse comprend une bonne centaine de livres ayant en commun l'univers de cette ville de légende. Le dernier en date écrit entièrement par Djazk - le dernier connu du moins - s'intitule Tout près de la polyphonie et il date de 1997, quarante-deux ans après le premier opus du cycle. Ce dernier livre présente un caractère auto-parodique que n'ont pas les précédents, comme si Djazk s'était finalement lassé d'explorer la ville. Il raconte les aventures des membres d'un choeur qui passe à Amoriphonisse au cours d'une tournée.

Dans les livres du cycle d'Amoriphonisse, certains personnages circulent d'un livre à l'autre, alors que ce n'est pas le cas dans le reste de l'oeuvre de Djazk. Ainsi Pacifique Delalande, le compositeur de A l'ombre des palétuviers, participe à un des concerts donnés par le choeur de Tout près de la polyphonie.

Voir l'article Amoriphonisse

Analyse détaillée d'un roman

Un roman de Djazk : La contre-allée, escalier 19C

Ce livre a été écrit par Djazk à la fin de 1970, alors qu’il résidait en Colombie. Il l’a écrit en espagnol à l’origine, puis l’a traduit lui–même en grec. Il est étrange qu’il ait pris comme décor un pays qu’il ne connaissait que fort peu, la France ; aussi reste–t–il souvent dans le vague pour éviter des erreurs. Le livre, évidemment, ne fait pas partie du cycle "Amoriphonisse".

Résumé

A la fin du 19e siècle dans le sud de la France. Trois sœurs, Amélie, Mélanie et Avanie Portelonde, s’ennuient dans leur famille bourgeoise et conformiste et rêvent de « monter » à Paris. Elles y parviendront, par des voies diverses, mais ce sera au prix de l’éclatement de leur famille et de leur propre lien sororal.

Les personnages

Emile Portelonde, le père, notaire à Montauban. Brave homme, banal, honnête jusqu’à la bêtise bien qu’exposé dans son métier à de nombreuses tentations de dérapage. Regrette de ne pas avoir eu de fils. Se passionne pour l’histoire de la culture du pastel dans le Lauragais, ce pays de cocagnes au sud de Toulouse, et pour la petite célébrité du Bleu de Valentine.

Adèle Portelonde, la mère, femme au foyer. Neurasthénique, profondément indifférente à ses filles, oisive, taciturne, pessimiste. Croit à la réincarnation et fait tourner les tables avec sa seule amie, Mademoiselle Crécy, professeur de piano.

Amélie Portelonde, la fille aînée, brune, volontaire, décidée. Croit fermement que l’instruction est le seul moyen de sortir de son enfermement. Veut faire des études. Sujet de conflit avec son père qui voudrait la marier avec son premier clerc pour qu’il reprenne plus tard son étude de notaire.

Mélanie Portelonde, la sœur cadette, la plus jolie des trois, coquette, évaporée, insouciante. Est persuadée que la solution est de faire un beau mariage avec un homme riche. S’emploie à comparer les partis possibles et à évaluer leur fortune.

Avanie Portelonde, la petite sœur, rêveuse, incohérente, mélancolique. Après le départ de ses deux sœurs de la maison familiale, s’oriente vers la maladie mentale comme un choix. En est sauvée par la rencontre avec un prestidigitateur qui l’enlève et lui fait rejoindre sa troupe.

Mademoiselle Crécy, Eglantine de son prénom, professeur de piano, rousse, ronde, rieuse.

Euphémie, vieille servante bougonne.

Casimir Abondance, clerc de notaire.

Pierre Delacroix, Eugène Sarment, Donatien de Phalène, prétendants de Mélanie.

Thèmes

Vie quotidienne dans une petite ville de province.
Préjugés des petits–bourgeois qui sont ceux de leur classe et de leur temps.
Rêves d’une vie meilleure, nostalgie d’un âge d’or imaginaire.

Style

En fait Djazk s’emploie à parodier ces thèmes d’une grande banalité et à démontrer leur vacuité. Il déploie de grandes envolées lyriques mais elles ne manquent presque jamais d’être cassées par des réflexions terre à terre. Les allusions aux Trois soeurs de Tchékhov sont nombreuses. Détournement du happy end ; les sœurs Portelonde parviennent à leurs fins mais aucune n’est heureuse. Le titre est une pirouette ; cent ans après, l’arrière–petite–fille de Mélanie Portelonde habite dans une cité en banlieue parisienne, escalier 19C. C'est d'ailleurs elle la narratrice du roman.

« De proche en proche les reproches se rapprochent. »
extrait


« Se voir pour ne pas s’entendre, s’entendre pour ne pas se voir. Tout est là. »
Interview de 1974

Les principaux personnages de ses romans

1 Dans le cycle Amoriphonisse la mystérieuse
2 Dans ses autres romans

Ses principaux romans

Ceux marqués d'un astérisque* font partie du cycle "Amoriphonisse la mystérieuse"
Entre parenthèses est mentionnée la langue originale de chaque roman.
Les titres sont suivis de leur date approximative d'écriture.
Pour la liste complète, voir la page spéciale Tous les romans de Antanadronnissopoulos Djazk

Lorsque le livre commence, Maroun Doloros, jeune homme de vingt-deux ans, orphelin et seul au monde, sort du palais du gouverneur d'Amoriphonisse, où il vient de déposer une demande pour être recruté comme gardien-repêcheur sur les remparts. On assiste aux tourments de Maroun qui n'a aucune ressource et s'inquiète de son avenir. Un soir dans une taverne, il joue aux cartes avec un garçon qui se révèle être le fils du gouverneur et lie amitié avec lui. Ce garçon nommé Gersom Astipaleas intervient pour que Maroun obtienne le poste qu'il souhaite. Les choses se compliquent lorsque, quelques jours après son entrée en fonction, Maroun repêche dans son épuisette un être mystérieux qui est en fait une jeune fille habillée en garçon, Venustiana, qui s'est enfuie de la ville voisine. La rivalité s'installe bientôt entre les deux amis pour conquérir son coeur.
  • Jusqu'à la librairie* - 1957
Ce livre conte l’histoire d’un certain Nouri Pouyfourcat qui quitta Amoriphonisse pour vendre des livres dans de lointaines contrées. Il refusait les transports, invention inutile à ses yeux, et comptait uniquement sur ses deux pieds pour se déplacer. C’est ainsi qu’il fit connaissance de gens de toutes sortes et qu’il eut treize enfants de treize femmes différentes. La réalité de Djazk n’est jamais loin dans ses romans et pourtant ses descriptions sortent du schéma commun. Il savait ressentir la différence essentielle entre les êtres qui les rendait uniques.
  • Les Limbes Pluvieux.....(maori) - 1960
Dans un pays imaginaire, la Polysémie, la pluie commence à tomber un jour et ne s'arrête plus. Tout se met à fondre. Les habitants perdent la mémoire. Un vieillard sentencieux, le Vieux Nestor, se souvient de l'histoire de l'arche de Noé et exhorte ses voisins et parents à construire un bateau pour s'échapper de ce monde liquide. Il va être aidé par un explorateur américain, Edward James Peterson, qui arrive dans le pays à ce moment critique.
Le fleuve est évidemment le personnage principal de ce livre qui se situe dans le temps à la période la plus ancienne, celle de la fondation d'Amoriphonisse, bien avant les grandes crues. Le Makropotamos est alors une sorte de divinité qui inspire aux hommes de cette époque le souhait d'établir sur ses bords une ville idéale. Dormant sur les bords du fleuve, les pères fondateurs de la cité font des rêves prophétiques où le fleuve leur dicte les principes devant les guider pour la construction. Le jour de la pose de la première pierre, la fille aînée de leur chef, Ano Mera, se jette dans le fleuve. Son sacrifice ne sera pas oublié.
  • Sous la passerelle - 1965
Ce roman raconte l'histoire d'un jeune musicien, joueur de hautbois, Delfador. D'abord d'apparence réaliste, le livre bascule lorsque Delfador, après sa mort, ressuscite dans une forêt où il vivra désormais.
L'histoire d'une jeune femme contrariante, Pamela Barbara Midlands. Elle s'acharne, quoi qu'il lui arrive, à faire arriver le contraire le plus rapidement possible. Elle se trouve dans une impasse quand son père meurt et qu'elle ne parvient pas à le faire revivre. Djazk a tenté avec son ami Ignacio Santos Delgado de faire une adaptation théâtrale de ce livre, mais ce projet est resté inachevé.
  • A l'ombre des palétuviers* - 1968
Bien qu'écrit avant, ce roman commence cinquante ans après la fin de Mégaéliaze. Comme chaque année à la date anniversaire de l'inauguration du barrage commence cette fête où chacun essaie à la fois de se souvenir et d’oublier. À l'ombre des palétuviers raconte les vingt-sept jours de la fête de Mégaéliaze que passa à Amoriphonisse Pacifique Delalande, un compositeur vieillissant.
  • Sunontos* (livre appelé aussi "Le destin de Sunontos") - 1969
Ce roman narre le destin tragique de Sunontos, poète rendu responsable des malheurs d'Amoriphonisse car les paroles qu'il prononçait dans ses délires poétiques étaient malgré lui considérées comme des prophéties. Il fut sacrifié dans le but de redonner à Amoriphonisse une tranquillité qu’elle ne retrouva qu’avec Mégaéliaze.
Le cinéaste égyptien Youssef Chahine reconnaît s'être autant inspiré de Sunontos que de la vie du philosophe et théologien Averroes pour écrire le scénario de son film Le destin.
« Je n’aime pas les lendemains qui chantent et les autres jours non plus. »
Sunontos
À la fin du 19e siècle dans le sud de la France. Trois sœurs, Amélie, Mélanie et Avanie Portelonde, s’ennuient dans leur famille bourgeoise et conformiste et rêvent de « monter » à Paris. Elles y parviendront, par des voies diverses, mais ce sera au prix de l’éclatement de leur famille et de leur propre lien sororal.
  • Mégaéliaze* - 1971
Grâce à sa forte personnalité, Éliaze Eirênia, ce fils d’un haut conseiller du palais, embrigada au-delà des querelles ancestrales les habitants des différents villages de la plaine d’Amoriphonisse. Leur objectif fut de reprendre la ville des mains de ses représentants élus démocratiquement et qui faisaient régner la terreur sous prétexte que le peuple ne savait pas ce qui était bon pour lui. Mégaéliaze fut tué lors de l’ascension du rempart sud-ouest d’Amoriphonisse qui porta son nom dès la victoire. La réelle victoire qu’il remporta fut que suite à ce combat qui eut lieu jusque dans les couloirs du palais, le pouvoir détenu par les dirigeants d’Amoriphonisse fut délégué dans les différentes zones de son extension inexorable au point de faire de la ville un lieu quelconque, son glorieux passé historique mis à part.
  • Poème incertain* - 1974
Ce roman a la particularité d'être écrit en vers comme Jocelyn de Lamartine mais sans être présenté comme un long poème. Il n'y a pas de retour à la ligne à chaque vers. Et surtout le style est bien celui de Djazk. Seules les oreilles exercées se rendent compte de cette poésie inhabituelle. La propension de Djazk à mettre en avant les personnages et les lieux ancre bien ce roman parmi les plus captivants du cycle d'Amoriphonisse.
Poème incertain reprend le personnage d’Alvaro, ami d’Aureliano Babilonia dans Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez. Alvaro avait acheté « un billet éternel pour un train qui n’arriverait jamais à destination. » Il décrit à ses amis ce qu’il aperçoit du monde, raconte des anecdotes concernant les voyageurs qu’il côtoie et se met à inventer un personnage nommé Alvaro qui lui aussi voyage en train et narre l’histoire d’un personnage nommé Alvaro qui lui aussi… et cela à l’infini et à différentes époques. Les différents niveaux s’entrecroisent, résonnent et se mettent en valeur.
L’un de cette infinité d’individus se fait raconter les contes et légendes d’Amoriphonisse la mystérieuse, un autre vient de réussir de justesse à ne pas louper sa correspondance entre les gares du Septentrion et d’Anatolie au cœur d’Amoriphonisse. Un troisième Alvaro attend avec impatience de découvrir Amoriphonisse pendant que le train subira quelques réparations. D’autres se jetteront par une fenêtre, se marieront, détourneront le train, joueront la comédie derrière une caméra, parleront pendant des heures de leurs amis, essaieront d’installer avec désespoir un signal d’alarme, dormiront et rêveront, y seront seuls, crèveront de chaleur, joueront aux dés, organiseront des concours de baston de regards, se demanderont à quoi peuvent bien penser les gens qui regardent passer le train, auront le mal des transports, tenteront de séduire une femme, subiront les aboiements incessants d’un chien, sauteront sur les sièges et retrouveront leur âme d’enfant, dessineront des plans afin de mieux aménager le train, remplaceront le conducteur, se lieront d’amitié avec un psychanalyste avec qui débutera une série d’analyses, aideront une femme à accoucher, se querelleront pour des peccadilles, chercheront désespérément à trouver de nouvelles bouteilles d’alcool, liront des revues au point de les connaître par cœur, improviseront des chansons afin de donner une ambiance à ce train endormi…
  • Accointances subjuguées - 1977
Dans ce roman, il est question d'un dessinateur de seize ans, Uuka Pongwa, qui allait dans un atelier une fois par semaine afin de dessiner des modèles qui posaient nus. Il choisissait le mardi car ce jour-là les modèles étaient des femmes. De 18h à 21h30. Découvrant chaque jour davantage la médiocrité de son talent artistique, il suivit des cours d’architecture et survivant à l’inondation d’Amoriphonisse, il fut choisi pour dessiner les plans de la nouvelle ville. Son tour de force est d’avoir réussi à intégrer les nouvelles technologies tout en gardant un aspect extérieur similaire à ce qu’était l’ancienne Amoriphonisse. Il utilisa les mêmes matériaux de base comme la pierre et le bois. La seule licence architecturale qu’il se permit fut de donner plus de caractère à l’immense relais postal d’Anatolie en lui donnant la forme d'un amphithéâtre.
Ce roman est largement inspiré par le séjour de Djazk au Brésil et, plus encore que tous ses autres livres, imbibé de musique. Il est écrit à la première personne par un jeune Grec, Adamantios Keravnoyannis, qui émigre au Brésil pour y chercher fortune. Il croit y retrouver de lointains cousins, mais en fait il s'agit d'imposteurs. Dépouillé de ses maigres ressources, Adamantios fait une quantité de "petits boulots", marchand ambulant, ouvrier agricole, balayeur. Il rencontre un postier poète et mystique qui lui révèle quelque chose de la nature profonde du pays et finit par s'y installer.
Ici il est question de la plus notable des catastrophes naturelles qui ont touché Amoriphonisse. L’inondation s’est faite imperceptiblement sur un siècle et a envahi la quasi-totalité de la plaine du Makropotamos qui s’appelle depuis la plaine du Fleuve. Le barrage construit en amont dont il est question dans Printemps morose à Amoriphonisse fut emporté. Au fil des ans, il fallut monter les maisons sur des pilotis de plus en plus élevés puis attendre patiemment, plusieurs décennies durant, le départ des eaux qui ne retrouvèrent jamais leur niveau d’origine.
Ce roman raconte les aléas de Soren Donato Budhkilde, un simple d’esprit qui refuse que les notables d’Amoriphonisse fassent construire sur son lopin de terre un barrage afin de protéger Amoriphonisse de la crue exceptionnelle du Makropotamos. Il tenait cette modeste propriété de son arrière-grand-père qui fut récompensé de sa bravoure aux côtés de Mégaéliaze comme nombre de ses contemporains. Il compliqua les travaux du barrage et mourut comme beaucoup suite à son effondrement lors du printemps qui devint le plus triste que la région ait connu. Durant vingt-sept jours cet ouvrage porta fièrement le nom glorieux de Mégaéliaze en l’honneur de cette personnalité d’exception avant de s’effondrer et d’engloutir la plaine et la ville. Le roman s'achève quand commence la fête à la date du premier anniversaire de l'inauguration du barrage.
Après la grande inondation de la plaine d'Amoriphonisse, les survivants nettoient et reconstruisent la ville d'Amoriphonisse et les localités aux alentours. Dans les ruines d'une maison ancienne, un jeune homme de la ville, Arzorin Delinario, trouve un mystérieux objet sphérique en pierre noire qui lui semble investi d'un pouvoir d'attraction. En fait il s'agit d'une simple bille d'agate mais l'intensité que son découvreur projette sur elle la dote de capacités surnaturelles. Arzorin Delinario s'imagine qu'il va connaître un destin exceptionnel et il ira au contraire de déboire en déboire.
  • Griffures Immortelles - 1989
Un jeune homme de dix-sept ans, Siméon Sastre, part en Chine dans les années 1930 et s'installe à Shanghaï où il fait le commerce des rubans de machine à écrire. Il tombe amoureux fou d'une belle Chinoise qui ne tarde pas à disparaître mystérieusement. Siméon se lance à sa poursuite et connaît toutes sortes de péripéties à travers la Chine. Trente ans après son séjour dans ce pays, Djazk mélange habilement les souvenirs qu'il en a conservés avec les éléments que lui fournit sa vaste érudition.
  • Profondes convulsions* - 1989
Amoriphonisse abandonnée par le Makropotamos
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Amoriphonisse abandonnée par le Makropotamos
Ce roman clé dans le cycle d'Amoriphonisse commence alors que vient d'avoir lieu le tremblement de terre détournant la source principale du Makropotamos sous Amoriphonisse, dans les profondeurs des nappes phréatiques. La ville reste intacte mais est dénaturée et perd de sa superbe, mettant fin définitivement à la construction d’un bâtiment innovant qui devait être entièrement consacré à l’opéra en un typique style vénitien, et dont les travaux venaient à peine de commencer. Suivent alors de pénibles années de ruines et de pénuries avant que la ville ne retrouve une splendeur en revivifiant son histoire sous l'impulsion d'une femme intrigante, parfois machiavélique, qui sut rester anonyme. La ville doit ce "retour aux sources" musicales à cette talentueuse soprano qui échoua cependant dans son projet de chanter dans un opéra à Amoriphonisse. Les romans suivants du cycle porteront la touche de cette femme adulée parce qu'inconnue.


  • Au cœur d’Amoriphonisse*... - 1990
Ce livre a été conçu par Djazk comme la pièce centrale du puzzle. En effet, il s’attache à montrer les connexions entre les différents personnages des autres livres du cycle, et les relations de cause à effet entre les événements qui sont racontés dans ces autres livres ; entre autres, la grande crue du Mégalopotamos. Il intègre aussi des personnages et événements figurant dans des livres que Djazk n’avait pas encore écrits, tels que Le palimpseste oublié du palais royal, Impasse des poutrelles dorées ou encore Chansons arrimées au port. Ce qui montre que Djazk les avait déjà en projet. Le narrateur est un petit cordonnier, Salvatore Steamboat, dont l’échoppe a vu passer la plupart des habitants d'Amoriphonisse. C’est un sage qui répond à tout par des chansons. Plusieurs années après, Djazk s’appuiera sur la structure de ce livre et le transformera pour écrire Tout près de la polyphonie.
  • Le palimpseste oublié du palais royal* - 1992
Melvil Lodève, un historien médiéviste, s'est mis dans la tête que le palais royal d'Amoriphonisse cache un palimpseste oublié de tous, et qui contiendrait des informations de la plus grande importance sur les circonstances de la fondation de la ville. Il se lance à sa recherche, mais c'est un tout autre secret qu'il va découvrir et qui va mettre sa vie en danger...
  • Cent ans de sollicitude - 1994
Djazk a souvent affirmé - notamment dans la fameuse interview de 1974 - la haute estime en laquelle il tenait l'oeuvre de Gabriel Garcia Márquez. Cela ne l'a pas empêché d'écrire un roman qui est une parodie déclarée du livre le plus célèbre de l'auteur colombien, et un démontage systématique des ficelles du réalisme magique. Les avis ont été très partagés sur ce livre parmi les écrivains latino-américains familiers de l'oeuvre de Djazk, certains applaudissant la performance, d'autres dénonçant un faux pas de mauvais goût.
  • La Porte double - 1995
Les éditeurs ne classent pas ce livre dans leur collection « fantastique » alors qu’il pourrait en faire partie. C’est le plus court roman de Djazk. Il reprend le personnage de Pamela Barbara Midlands qu’il avait créé dans Contrepoint notoire. L’absence du père rappelle celle de Thanos Antanadronnissopoulos, le père de Djazk. Comme lui son personnage s’est réfugié dans l’écriture de romans. Djazk a su s’ouvrir mais Pamela s’enferme dans son imaginaire et succombe dans ses rêves à la recherche de son père.
  • Les Coccinelles* - 1996
Après Sous la passerelle, il s’agit du deuxième et dernier roman fantastique de Djazk. À Amoriphonisse, une famille emménage avant l’achèvement des travaux de construction dans une maison en pierres de la rue Sunontos. Commence alors un huis clos exténuant d'où surgissent les non-nés envahissants incarnés sous la forme de nuées de coccinelles.
  • Impasse des poutrelles dorées* - 1996
Il fait bon vivre et mourir Impasse des Poutrelles Dorées à Amoriphonisse pour ses habitants qui entremêlent leur vie, partagent leurs sentiments, divulguent leurs désirs, et mangent dans une salle commune à côté de la librairie forestière. Le propriétaire de ce lieu est Tadhg Pouyfourcat. Il a de l’entregent et est le pilier de la frivolité régnante. Son point faible est son corps qui vieillit mal.
  • Chansons arrimées au port* - 1997
Les marins du port fluvial d'Amoriphonisse jouèrent un rôle essentiel dans le développement de la ville. Une famille en particulier, les Procronstès. La ville n'était pas au bord de la mer mais les navires qui remontaient le fleuve rapportaient toutes sortes d'objets exotiques. Les sept garçons de la famille Procronstès étaient tous marins, à l'exception du plus jeune, Evariste, qui composait des chansons. Le livre raconte les conflits à l'intérieur de la famille et les amours contrariées des frères avec les sept soeurs Magnitude. L’aîné prénommé Agrakal, après avoir passé sa jeunesse à poser d’incessantes questions à son grand-père, tomba amoureux - au grand dam de Msetlel Magnitude - de bouts de papiers où les couleurs rendaient visibles les reliefs veinés de bleu et devint cartographe. Les autres frères, Alikéa, Selim, Adrug, Damios et Tanekra se disputèrent la clientèle portuaire en créant chacun sa propre société. Le seul pilier stabilisateur de la famille est le grand-père que tous appellent Olinde l’explorateur. Il aura passé sa vie entière à préparer son voyage, d’abord vers le grand sud, puis la forêt équatoriale africaine, puis l’Amazonie et enfin vers une île incertaine là où le niveau de l’océan est plus bas que la normale. Jamais il ne partira malgré les heures entières à prévoir le moindre des détails et à construire de ses propres mains un navire, toujours plus grand, toujours plus pratique et toujours à quai.
  • Tout près de la polyphonie* - 1997
Le livre commence par un savant exposé sur les origines de la musique polyphonique depuis son apparition en Europe au 9e siècle de notre ère. En musique, on entend par polyphonie la combinaison de plusieurs voix indépendantes et pourtant liées entre elles par les lois de l'harmonie. Progressivement, Antanadronnissopoulos Djazk relie le parcours musical qu’il décrit à l’histoire d’Amoriphonisse, où des voix diverses se sont souvent fait entendre simultanément pour indiquer les orientations souhaitées dans le gouvernement de la cité. Djazk appelle cacophonie les moments où ces voix ont été discordantes, ce qui a amené à des périodes de trouble, et il invente le terme de "calophonie" pour dénommer les époques où les voix se sont harmonieusement mêlées. Il réécrit ainsi tout le parcours historique de la ville, tel qu’on a pu en connaître certains aspects dans ses précédents livres, en le remettant dans une perspective globale. Les événements évoqués sont parfois difficiles à identifier parce que Djazk désigne les personnages non pas par leur nom, mais par des noms de chanteurs ou d’instruments de musique : le ténor, la soprano, la flûte, le tambourin, etc. Un exégète très érudit de l’œuvre de Djazk, Marin des Etangs, a établi un tableau de correspondance des noms réels des personnages historiques d’Amoriphonisse et des noms que l’auteur leur donne dans ce livre (ainsi il identifie la trompette comme représentant Mégaéliaze). Il a fait parvenir ce tableau à Djazk, mais celui-ci a refusé de le valider, disant qu’il appartenait à chaque lecteur de construire sa propre interprétation de cette métaphore globale.
  • La fontaine salée - 1998
Dans ce roman, Djazk se cache à peine sous les traits du narrateur. Il se remémore sa vie, ceux qu'il a perdus et les personnages de son œuvre qui s'éloignent de lui. Il tente de les retenir sans succès. Ce personnage est un vieillard qui revient vivre ses dernières années auprès de la fontaine qu'il a connue étant enfant. Jour après jour il y jette tout ce qui lui reste. Quand il n'a plus rien, il part se perdre et mourir dans la forêt.
  • L'interface* (avec Aiyana Tawana)- 1998-2000 (1998-2003 pour Aiyana Tawana)
Ce roman est composé de deux tomes dont les connexions deviennent de plus en plus subtiles à mesure qu'on s'enfonce dans la lecture des 812 pages du premier tome et des 803 pages du second. Djazk a surtout travaillé la partie centrale du roman afin de rendre efficace la "césure", l'interface séparant ces deux mondes.
Le personnage principal du premier tome est une femme tronc sans nom, au visage d’une beauté éclatante, dotée d'uns séduction sexuelle exceptionnelle, appelée Griotte. Bien que Griotte n’ait pu percer le secret qui l’animait, sa mort à la fin du premier tome est décrite comme une délivrance pour les hommes qu'elle avait charmés et surtout pour elle-même. Djazk décrit une usure de son monde imaginaire, et à travers Griotte il honnit son activité d’écrivain qui depuis les conteurs pousse le rêve à des sommets qui du même coup désenchante la réalité du commun des mortels en la rendant en comparaison fade et futile alors qu’il avait cru toute sa vie œuvrer pour embellir le monde. De plus il semble que la référence au génocide arménien du dernier chapitre de ce tome démontre que Djazk avait enfin réussi à surmonter sa peur d’affronter la vie dans sa globalité.
Le deuxième tome commence à Amoriphonisse à la seconde même de la mort de Griotte, par la naissance d’une fille que ses parents prénomment Garance. Après des débuts dans la vie difficiles, Garance connaît une vie longue et mouvementée et devient une chamane de plus en plus expérimentée au fil des pays qu’elle traverse. Elle suit son instinct jusqu’en Afrique où elle meurt à l'âge de 117 ans. Cette partie semble montrer les tourments de Djazk qui finit par se tourner vers une spiritualité personnelle et sereine, loin de toute religion, un peu à la façon des 17 ; même si ses problèmes de communication, contrairement à Garance, l’isolèrent davantage et lui donnèrent une image de misanthrope désabusé alors qu’il était simplement devenu un vieil ermite replié sur un passé trop prestigieux et conscient de l'inadéquation de son esprit à la marche du monde.

Ses biographies romanesques


Ses nouvelles

Djazk a écrit de nombreuses nouvelles, qu'il est pratiquement impossible de recenser ici.
Quelques titres de recueils de nouvelles :

  • Hommages collatéraux
  • Pendant que j’écoutais Philip Glass
  • Florence au Printemps
  • De la même farine

Ses autres livres

  • Récit Véridique de la Construction de la Grande Cité d'Amoriphonisse, à la manière de Houlkali Portoune - 1981
  • Description pittoresque des toits d'Amoriphonisse, avec des aquarelles de son frère, le peintre Anton Fayzanos - 1965
  • Félicité et insouciance, essai sur le bonheur - 1989

Le poète

Indispensable poésie

En matière de poésie, il écrivait pour lui-même à haute voix. Il aurait voulu satisfaire ce plaisir dans une pièce insonorisée qu’il aurait fait construire à cet effet. Son habitude de changer de lieu chaque année lui interdisait ce genre de procédés étranges. Alors pendant plusieurs années il composa en sourdine, et restait muet comme une carpe en parcourant à grandes enjambées les sentiers forestiers des différents pays qu’il visitait. Ses plus fervents admirateurs surent néanmoins le convaincre de leur réciter ses poèmes. Poèmes qu’ils enregistraient. À l'époque, Antanadronnissopoulos affirmait qu’il se souvenait de toutes ses compositions. Différents recueils furent édités sans son consentement. Cependant, il ne renia pas leur paternité. Il était capable de donner pour chacun la date précise de sa composition.

"Pour écrire un poème, il partait d'un seul mot et savait d'avance qu'il se dirigeait vers un autre mot qui serait le dernier du poème", raconte José Maria Garcia Martinez, un ami de Djazk qui l'avait rencontré en Amérique centrale en 1969. "Il récitait avec une grande facilité des poèmes longs de plusieurs centaines de vers. On avait parfois l'impression qu'il les inventait au fur et à mesure. Nous avons passé des nuits entières à l'écouter. Il récitait avec beaucoup d'expression et disait parfois qu'il aurait mieux fait de devenir acteur de théâtre."

Ses principaux poèmes enregistrés

Incompréhensible humanité
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Incompréhensible humanité
  • Au bout de la trahison
  • Témoin que rien…
  • Jongleurs
  • Au dessus de mon âme
  • Le jour en chemin
  • Salayana
  • Réveil-soir
  • Le ventre creux
  • Sortie octogonale
  • Mort d'une mouche en direct
  • Inouïe
  • Ogresse hivernale
  • Indifférente appétence
  • Le sourire de ma grand-mère, ma bienheureuse grand-mère
  • Le plus lointain des désirs
  • La balançoire des cormorans
  • Le cadran de ta montre
  • Les petits pas sanglants d'une âme décousue
  • Perdition exercée
  • L'Antre

Ses poèmes écrits

  • À l’ombre d’une louve en chaleur

Le traducteur

Contrairement à l'image que nous nous faisons de Djazk il est important de souligner qu'il a aussi traduit des œuvres qui ne sont pas des fictions.

Les ouvrages qu'il a traduits

Du chinois

en espagnol :
Les Annales des Printemps et des Automnes de Confucius
L'Encyclopédie Guanzi
Zhuangzi
La Falaise rouge de Su Shi
Les Chants de Chu
en tagal :
Mozi
Classique des vers
Le Yi-King, ou le livre des mutations

De l'indonésien

en espagnol :
Max Havelaar, d’Eduard Douwnes Dekker.


De l'espagnol

en nahuatl :
La Democracia en México de Pablo González Casanova
Chant des aveugles de Carlos Fuentes
en grec :
La contre-allée, escalier 19C
en quiché :
Les Hommes de Maïs de Miguel Ángel Asturias

Du quiché

en espagnol, mandarin, tagal, indonésien, anglais, maori, lak'ota, créola anglais, garifuna, maya, nahuatl :
Pop Wuh

Le biographe

Honte, ou le paradoxe de Thanos

Est-ce par volonté inconsciente d'accomplir le complexe d'Œdipe intégralement que Djazk écrivit ce livre, Honte ? Comment ne pas remarquer que la seule réelle biographie qu'il a écrite est sur Thanos, son père absent depuis ses premiers pas, qu'il a toujours haï et adoré à la fois.

Le don, ou le père spirituel

Mohammed Ould Sidi est l'homme qui a le plus compté dans la vie de Djazk. Il ne lui a pas consacré une biographie classique, comme il fit pour son père, mais Le don retrace l'impact, l'influence de cet homme à l'écoute de ses talents de conteur. Il lui doit sa passion pour les langues et de merveilleux moments de bonheur.
Djazk apprit en février 1957, alors qu'il se trouvait en Chine, la mort de son parrain et ami. Parti le mois suivant aux Philippines, il porta son chagrin pendant près d'un an en silence. Il voulait élever à Mohammed Ould Sidi un tombeau de mots, mais ne se sentait pas prêt à l'écrire ni assez solide pour le faire. Puis en janvier 1958, après une nuit d'insomnie, il se mit à l'ouvrage et commença le livre qui allait s'apppeler Le don.

Galatea, ou comment nul ne quitte jamais le ventre de sa mère

Cet ouvrage de Djazk est un recueil qui mélange ses souvenirs de sa mère et les souvenirs des moments où il se souvenait de sa mère. Sa vie semble osciller autour des images fluctuantes qu'il avait de Galatea. Certains classent Galatea parmis les biographies romanesques alors que les poèmes s'imposent sur plus des trois-quarts du texte. Ce sont d'ailleurs les seuls poèmes qu’il a couchés sur le papier.
D'autres souvenirs liés à sa mère se trouvent dans Le chat nonchalant sur le chemin de halage,

Le chat nonchalant sur le chemin de halage, ou l'enfance de Djazk

En grande partie ce roman autobiographique relate son enfance à Athènes jusqu'à son départ définitif. Le texte est un tourbillon d'événements le concernant décrits par Palin, et d'anecdotes sur son chat racontés par Djazk. Peut-être est-ce une façon de donner plusieurs vies à son enfance.
Il est à noter que Djazk vouvoyait Palin dans ces dialogues comme il vouvoyait d'ailleurs chaque animal à qui il parlait. Dès les premières lignes du Chat nonchalant sur le chemin de halage, Djazk a relaté l'évènement depuis lequel il gardait à l’esprit cette marque de respect. Un chien dressé pour le combat a tué une enfant devant ses yeux incrédules, ses bras crispés, ses jambes flageolantes et son cœur battant. Le chien fut abattu. Djazk aurait préféré que le chien dévore son propre maître, qui lui ne fut pas inquiété par cet « incident regrettable ». Lorsque tout fut terminé, Djazk se rendit compte qu’il était toujours sur le trottoir mais assis en tailleur, adossé au mur, et qu’un chat blanc ronronnait dans ses bras. Pendant qu’instinctivement il caressait le chat, il repensait à la fillette, Sélène, qui venait de sortir de sa vie, et surtout de finir la sienne dans d’atroces souffrances. Il resta longtemps ainsi et lorsqu’il recouvra ses esprits, il se rendit compte qu’il caressait son propre bras. Seule le sang coagulé mélangé à la poussière lui prouvait qu’il n’avait pas rêvé. Il chercha des réponses auprès de Mohammed Ould Sidi, et ce 13 août 1948, devant les réponses insatisfaisantes de Mohammed, Djazk fit une croix sur toutes les religions qui ne se préoccupaient pas du sort des animaux. Ceci pourrait donner à penser qu’il aurait pu se rapprocher des religions extrême-orientales, il semble au contraire qu’il se soit éloigné définitivement de toute religion.

Une adaptation théâtrale inachevée

Suite à sa rencontre, fin 1970 ou début 1971, avec le poète et dramaturge colombien Ignacio Santos Delgado, Djazk a commencé à travailler avec lui à une adaptation théâtrale d'un de ses romans, Contrepoint notoire. Avant même qu'une version pour le théâtre soit disponible, il fut question que cette pièce soit mise en scène par Alejandro Jodorowsky. Mais après leur voyage à Carthagène, Djazk et Ignacio abandonnèrent totalement ce projet, pour une raison restée obscure, l'un comme l'autre ayant refusé de s'en expliquer. Et cette raison n'est pas une brouille entre les deux amis, qui sont demeurés liés par une affection indéfectible jusqu'à la mort d'Ignacio en 1990, victime d'une balle perdue pendant les violences liées à la campagne électorale à Bogota.

« Une fois, sans me prévenir la veille, il n'est pas venu car c’était le jour dédié à ses souvenirs. »
L'interview de 1974

Richesse de son talent épistolaire

Parmi le peu de lettres offertes au public à ce jour, toutes montrent son style d'exception et sa contemplation admirative devant les soubresauts d'un monde incompréhensible. Cependant nous savons grâce à Wolfram Ersatz, son agent littéraire, que les quatre principales personnes avec qui Djazk a correspondu sont :

Augustino Mercadal

Augustino Mercadal et Djazk s’écrivaient deux ou trois fois chaque année à compter de 1967. Djazk aimait informer Augustino Mercadal de chaque nouvelle adresse.

Aiyana Tawana

Le nombre de lettres que s’écrivirent Aiyana Tawana et Djazk depuis 1995 est impressionnant, surtout si l’on tient compte des courriels qu’ils échangeaient régulièrement.

Wolfram Ersatz, lui-même

Wolfram Ersatz et Djazk s’entretenaient de façon encore plus régulière depuis 1964. Il était question de la publication des romans de Djazk, d’admiration réciproque, de football, des soirées entre amis et surtout de plaisirs littéraires. L’un de leurs jeux favoris était de toujours finir leurs lettres par une contrainte toujours en rapport avec la journée en cours. Au début ce fut de décrire une action superbe d’un joueur de football. Ersatz imitait le style des auteurs qu'il appréciait et parfois tentait d'écrire à la façon de Djazk, qui lui savourait cet instant particulier d'écriture envahit par ce bonheur partagé. Rapidement, et jusqu’en décembre 2000 la nouvelle obligation volontaire fut de décrire la dernière personne qu’ils avaient rencontrée dans la rue avant de rentrer chez eux. Contrainte à laquelle ils ont ajouté d’en déduire sa personnalité, ses pensées puis ce qu’elle ferait si elle apprenait avec certitude qu’elle n’avait plus qu’une heure à vivre. Djazk qui excellait à ces jeux s’inspira de ces portraits pour de nombreux personnages. Parmi ceux-ci, quatre accédèrent au statut de personnages principaux : Ano Mera, Gersom Astipaleas, Pacifique Delalande et Soren Donato Budhkilde.

Monsieur M. Axime

Un jour Djazk reçu une lettre d’un inconnu qui lui demandait avec gentillesse de lire le texte jusqu’au dernier mot. Il y expliquait que chaque jour il écrivait une lettre à quelqu’un qui habitait à une adresse qu’il choisissait au hasard et que même si personne ne lui répondait, cela lui faisait du bien de savoir qu’il était lu. Ensuite il y parlait de sa vie isolée dans une ville isolée, non à cause de la quantité des résidents mais à cause de l’incommunicabilité galopante. Il appelait ça la maladie du soda. Sans donner d’explication. Féru de techniques il collectionnait les modes d’emploi, améliorait les explications puis les renvoyait à l’entreprise prise en flagrant délit de négligence. Depuis plusieurs années il se rendait compte que certaines de ses propositions étaient reprises ce qui l’encourageait et lui donnait d’autres idées. Idées qu’il promettait d’expliquer dans ses prochaines correspondances si jamais quelqu’un lui répondait.
Djazk répondit le jour même. Et ce fut le début d’une fructueuse correspondance. Pour suivre le niveau des originalités renouvelées de Monsieur M. Axime qui fertilisaient son imagination, Djazk dut acquérir une capacité de concentration qu’il n’avait jamais atteinte. Il puisait dans son passé, inaperçu au premier abord et qui revenait à lui, riche, vaste et ouvert.

Controverse

Certains admirateurs de l'œuvre de Djazk affirment qu'il aurait écrit cet essai surprenant qui porte le titre Borges est mon invention. Il semblerait, d’après une lettre retrouvée dans la correspondance de l’écrivain argentin qui date du 12 avril 1977, que c’est Borges lui-même qui inspira l’idée de cet ouvrage, et qu’il écrivit lui-même la préface de ce livre, ce qui n’étonnera pas ses connaisseurs. Le but affiché de cet essai est de prouver que Borges n’est qu’une invention, qu’il n’a pas existé et que l’homme connu sous ce nom n’est qu’un imposteur. Mais les dernières recherches prouveraient même que Djazk n’a fait que prêter son nom à Borges afin de satisfaire l’imagination légendaire de son ami argentin, et qui donc aurait écrit lui-même cet essai. C’est pour cela que ce livre n’est pas attribué à Djazk. De toutes façons, la diffusion de Borges est mon invention resta confidentielle parce que son éditeur fit faillite avant même sa mise sous presse et que pour des raisons juridiques, les droits d’auteurs de l’éditeur bloquèrent toute impression jusqu’à nos jours.

Émules

La répudiation de Wolfram Ersatz, agent littéraire de Djazk, fut vindicative mais sans effet légal puisque ce dernier ne la notifia sur aucun document, de sorte qu’Ersatz bénéficia des pleins pouvoirs pour publier à sa guise l’œuvre de Djazk sous l’œil intéressé de Feyzanos qui espéra lui aussi qu’un peu de la gloire de son demi-frère rejaillirait sur lui. À leur grand malheur les droits d’auteur furent bien octroyés à l’association « Sombre héros » dès janvier 2001.
Cependant, depuis la reconnaissance mondiale du talent littéraire de Djazk, de nombreux romanciers sous l’égide d'Ersatz poursuivent le cycle d’Amoriphonisse la mystérieuse avec plus ou moins de succès et de liberté créatrice afin de compléter la vie de ses personnages inoubliables ou secondaires et donner un souffle éclatant à leurs descendants et ascendants, pleutres, banals ou phénoménaux. Au delà des convenances personnelles, tous ces auteurs reprennent un flambeau vivant et difficile à porter, pour le plus grand bonheur des lecteurs de plus en plus nombreux à avoir accès aux traductions des romans de Dajzk et qui s'enthousiasment de l'histoire d'Amoriphonisse grouillante de vies indomptables.

Aiyana Tawana, l’un des plus talentueux parmi ces auteurs, a inséré dans le cycle, selon le désir de Feyzanos, un nouveau personnage nommé Djazk, sans rapport direct avec la puissance d’Amoriphonisse dont il est natif, mais y jouant pourtant un rôle primordial de façon indirecte et involontaire.
Précisons qu’Aiyana Tawana est une romancière béninoise née le 12 octobre 1978 qui a connu le privilège de travailler avec Djazk sur un roman du cycle d’Amoriphonisse. Une première rencontre fortuite en 1995 leur permis de lancer une conversation complice et constructive. Son talent avait subjugué Djazk. Ils se voyaient régulièrement à Porto-Novo. Ensuite, puisqu’elle ne pouvait pas le suivre dans ses voyages, ils échangèrent quantité de lettres et de courriels. C’est elle qui fit découvrir à Djazk les avantages de l’informatique.
L’idée de ce roman monumental s’intitulant L’interface fut lancée en 1998 et terminée fin 2003 par Aiyana Tawana, seule, avec l’approbation de Djazk. La publication fut repoussée à janvier 2005 suite à une négociation pointilleuse des droits d’auteur à la demande réflexe et de principe de Wolfram Ersatz pour le compte de l'association « Sombre héros ».

Liens complémentaires

Biographie comprenant une vie de passion et de plaisir et les migrations capitales de Djazk
L'œuvre de Djazk
Singularités djazkiennes dont l'interview de 1974
Les principaux repères de la vie de Djazk