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L'Heure que l'on m'octroie en ce jour faste
Un texte de Wikipen.
- Mon Cœur,
- L'heure que l'on m'octroie en ce jour faste t’est naturellement vouée. Je t'écris depuis Clairefontaine où règne un parfum de victoire. C'est une finale qui se joue. Je m’expose beaucoup ces temps-ci. D’aucuns disent que j’ai des mains à la place des pieds. Ce soir, je préfère marquer avec la tête ; buteur cérébral par deux fois, puisses-tu apprécier ma touche à travers l’ouvrage ; je suis l'artisan de ma noblesse, dans la pudeur.
- Par la fenêtre de ma chambre s'invite le soleil franc des renommées ; il nimbe mon maillot bleu au coin du lit, c'est la tenue des rois. Je t'écris pour te dire que ce soir j'endosse l'uniforme, regarde bien sur le champ nos troupes en bataille.
- Notre nef aux couleurs du pays quitte enfin sa base. Se rue déjà vers l'étrave un luxe de partisans. Tout au long du parcours qui nous mène au stade, se profile une marée humaine toujours plus dense. Le peuple croit en notre étoile. Je me souviens des rues chagrines de Marseille, théâtre de mes rêves il y a vingt ans, j'étais ce petit beur d'origine kabyle au milieu des copains, cet enfant adroit balle aux pieds, cet enfant ignoré du monde et de parents dévoués ; je t'écris pour te dire que je n'ai pas changé.
- La trajectoire du ballon est admirable. Il ne me reste plus qu'à viser ce rectangle, un jeu d'enfant. Je m'échappe un temps de l'aire de jeu et je déploie mon maillot vers la foule. L'enceinte n'a qu'un visage dont le pourtour ondoie. Puis se dessine un nouveau crâne pour détourner le vol du ballon parti de l'angle du terrain. C'est une œuvre qui chemine dans ma tête, l'humanité tient dans le stade.
- Vois-tu venir l'orbite du triomphe sur les consciences ? L'heure que l'on m'alloue en ce jour de gloire s'achève, me voilà contraint d'interrompre cette missive. C'est que nous avons un troisième but à vendre. L'avenir se joue dans notre image de vaillants paladins. Tout un pays se presse dans le sillage du coq, nos semblables nous attendent en héros. Pourvu que la communion suscite les affaires. Je ne suis pour certains qu'un représentant de commerce. Je ne compte plus les marchandises écoulées.
- Heureusement que mon cœur magnanime me sauve : mille enfants qui supportent le mal attendent mes sourires comme autant de brûlures en moins.
- J'ai rêvé de cette gloire la nuit dernière et je t'écris pour t'en faire part.
- Le gardien du sommeil me met à rude épreuve, n'est-ce pas ?
- Au bonheur de te lire bientôt ma petite Fleur.
- Ton petit bonhomme de chemin.
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