L'ange qui passe
Un texte de Wikipen.
Sophie,
Ma sagesse,
Ma petite sœur des matinées claires,
Sophie.
Rome.
Le premier jour du mois de janvier, vers dix-huit heures.
Trois hommes en manteaux sombres
En suivent un quatrième.
Celui-là fume des cigarettes orientales,
Ses poignets tintent de bracelets et de quolifichets en or.
Il a les yeux tristes par habitude,
Et une chevelure d'argent comme une longue crinière de lion dérisoire.
C'est un commissaire de la police italienne.
Les quatre hommes s'engouffrent dans les couloirs sales et ocres
De l'institut médico-légal de Rome.
Sophie,
Ma sagesse,
Mon schtroumpf à lunettes,
Sophie.
Après de longues minutes,
Où nos narines s'imbibent de formol et de désinfectant,
Une grosse dame nous fait signe d'avancer. C'est prêt.
Nous te découvrons alors, derrière des parois vitrées.
Un grand drap blanc recouvre tout ton corps,
Mais ton visage est découvert,
Ta tête est inclinée sur le côté, vers nous.
Sophie,
Ma sagesse,
Toujours inquiète des autres,
Sophie.
Tes yeux sont mi-clos,
Et ton regard sans vie fixe les étoiles.
Ta bouche à peine entr'ouverte,
Crispée à peine à la commissure gauche des lèvres.
Ma toute petite sœur, c'est ainsi que nous nous revoyons donc.
Sophie,
Ma sagesse,
Ma solitaire,
Sophie.
Nous repartons, le cœur fermé, les larmes aux yeux.
Eli, Eli, lama sabachthani ?
Il n'y a rien de bon ici bas
Rien qu'une douleur
Qui vrille jusqu'au centre essentiel de notre cœur.
Sophie,
Ma sagesse,
Donne-moi la paix de l'âme,
Ne me quitte jamais.

