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L'essentielle subversion

Un texte de Wikipen.

Le vent souffle. Ne l’entendez-vous pas ? Ce vent qui étouffe le bruit de vos pas, qui fait gercer vos lèvres par grand froid, qui hurle et vous pousse à vous abriter, à vous cacher, à fuir de peur d’être dévoré. Ce vent qui sans relâche s’abat, érode vos montagnes, vos falaises, celui-là même qui fait couler les téméraires esquifs qui osent le défier et rappelle à l'ordre celleux qui semblent l’ignorer. Le vent qui vous met mal à l’aise lorsqu’il fait claquer vos volets et siffler vos greniers ; alors vous réclamez vengeance pour l’arbre arraché, les petits cons envolés et autres pots de fleurs cassés, dispersés sur la chaussée. La terre mêlée à l’eau sous les feux de la foudre rend l’air moite ; se dégage une odeur d’humus avec la légèreté de l’antédiluvienne senteur de mort qui règne dans les tumulus. Ce vent qui souffle, vous ne le sentez pas. Devrais-je vous expliquer pourquoi ? Vaille que vaille le fer devient limaille, il s’insinue dans vos poumons, fines particules qui en cancer bientôt s’articulent. Est-il nécessaire que je vous précise que les lettres ici posées ne forment que des métaphores ? Vous souffrez. La souffrance ce n’est pas l’expérience mais le nom que vous lui donnez. Un substantif issu du besoin que vous ressentez de la communiquer. Cette expérience que vous ne pouvez pas partager car il vous faudrait pour cela échanger votre être contre un autre. Vous pourrez toujours ériger des abris, des grandes murailles, ou vous immerger dans l’océan, vous resterez les proies du vent. Vous serez toujours des bêtes traquées, apeurées, en quête de calme et de volupté. Et vous vous sentirez obligés de marquer vos alleux, baliser les sentiers ; étiqueter, partout coller, pour mémoire, les marques utilisées pour communiquer.


Vaines actions pour affirmer vos ego, marquer au fer rouge vos possessions, hurler vos croyances et vos vérités car le vent est sourd de ces vulgarités et il est aveugle de toute cette laideur. Rien n’est pire que la soumission à la masse. Lorsque dans le buisson d’herbes folles les brins indépendants s’entraînent, s’entrelacent et finissent étouffés par l’opinion publique. Vous pensez qu’il faut être plus rapide que les autres, atteindre en premier la cime, remonter à la surface pour mettre fin à votre apnée, jouer des coudes et se bagarrer mais ce faisant vous vous exposez. À peine la tête sortie que le vent vous frappe, vous scalpe, se plaignent alors vos yeux séchés, votre bouche flétrie et vos tympans déchirés. Mais vous ne le sentez pas.

Ce ne sont que des mots, des signes cabalistiques, des runes, des étiquettes, nalleu si vous le voulez et leur origine est cette faiblesse qu’est l’être humain. La force du vent gonfle vos voiles seulement si elles sont dépliées, les pales de vos moulins tournent seulement si vous en habillez la trame et vos cerfs-volants ne flottent que si vous les attachez à une corde. Ce vent vous en riez comme de tout ce qui n’est pas l’image de votre incurable barbarie. Et pour ceux qui auraient la grossièreté de dire qu’ils ont compris, je préciserai que ce texte n’est qu’une succession d’idées vaines et de pensées mortes en état avancé de putréfaction.

Il n’y a rien à comprendre sinon l’ignorance. Seul dans cet infini j’évolue. Simplement vivre l’expérience sans prétention et se taire avec humilité car vouloir la partager serait la dénaturer, vouloir l’analyser serait la corrompre et vouloir la juger reviendrait à souffler dans le sens du vent. Pourquoi alors user de ces armes ?

La réponse est dans cette larme.