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L'interface

Un texte de Wikipen.

L’interface est un roman écrit par Antanadronnissopoulos Djazk avec Aiyana Tawana de 1998 à 2000 (1998-2003 pour Aiyana Tawana).

Ce roman est composé de deux tomes dont les connexions deviennent de plus en plus subtiles à mesure qu'on s'enfonce dans la lecture des 812 pages du premier tome et des 803 pages du second. Djazk a surtout travaillé la partie centrale du roman afin de rendre efficace la "césure", l'interface séparant ces deux mondes.

Le personnage principal du premier tome est une femme tronc sans nom, au visage d’une beauté éclatante, avec des cheveux divisés en trois longues tresses. Elle était devenue à force de conviction une griotte de renom. Ceux qui la connurent à cette époque l’appelaient la griotte puis ce fut Griotte. Elle tuait leur temps en contant de fabuleuses histoires et chacun voulait qu’elle mange et dorme chez lui. Elle vécut de nombreuses années de village en village. Elle quitta l’Afrique et arriva en Eurasie, puis un jour elle arriva dans la vallée de La Rivière aux abords d’Amoriphonisse, et commença à montrer son véritable être. Elle épuisait sexuellement chaque homme des villages où elle se rendait sur le petit chariot qui la portait et qu’elle faisait avancer à l’aide de ses bras gracieux aux beaux doigts effilés et gantés. Elle possédait un savoir universitaire - un doctorat en électronique et une licence en sciences de l’informatique médicale - qui datait d’avant son accident. Une nuit elle a tenté de se suicider sur une voie de chemin de fer.

Ce qu’elle faisait aux hommes était si intense qu’ils se dépêchaient de le répéter aux autres hommes qui venaient la provoquer afin qu’elle les remarque. Elle a failli en tuer plus d’un d’épuisement et en a blessé de nombreux par frénésie. On apprend plus tard que ces accouplements étaient scientifiquement étudiés par de petits appareils de son invention qu’elle savait dissimuler. Elle récupérait l’A.D.N. de ses proies et après avoir fini de l’analyser, elle le mélangeait à une décoction soi-disant aphrodisiaque pour femme stérile ou frigide qu’elle vendait très cher. Le but second de cette entreprise était d’inoculer aux hommes un virus de sa confection qui les obligerait à agir en accord avec leurs idées et pensées. Ce qui engendra un souk monumental qui grossissait comme une traînée de poudre dont les explosions de plus en plus rapprochées commençaient à précéder son arrivée. Le but premier était de retrouver son père génétique, quitte à coucher avec lui. Bien que Griotte n’ait pu percer le secret qui l’animait, sa mort à la fin du premier tome est décrite comme une délivrance pour les hommes qu'elle avait charmés et surtout pour elle-même.


« — Je m’évapore dans un monde moins funèbre. »
L’interface, tome premier.


Le deuxième tome commence à Amoriphonisse à la seconde même de la mort de Griotte, par la naissance d’une fille que ses parents prénommèrent Garance. Son père était un personnage exécrable qui racontait ses souvenirs, même les plus récents, à sa façon. Il mentait à chaque phrase et cela ne donnait pas envie de connaître son passé. Ses amis devinrent ses ennemis. Deux d’entre eux voulurent venger leur réputation défigurée sur sa femme en lui faisant manger, sans qu’elle s’en rende compte, des geoffles. Ces algues vénéneuses ressemblaient à des myxomycètes marins. Ils descendaient des cours d’eau de la montagne, chaque hiver plus nombreux, et disparaissaient en quelques jours dès la fonte des neiges. Ces geoffles laissèrent la femme indemne malgré une forte fièvre de cinq jours. Garance n’échappa pas au poison. Elle naquit avec à la place de sa main une patte de batracien.

Cette anomalie causa le malheur de la famille. L’aîné des frères de Garance, qui était parti découvrir le monde malgré son jeune âge en allant chercher du travail au port, se fit écraser par une cargaison de marchandises mal arrimée de sorte qu’il ne connut jamais l’autre côté des remparts d’Amoriphonisse. Le second frère resta à vivre enfermé avec ses parents qui, plutôt que de supporter les insultes et les morceaux de toutes sortes lancés par le voisinage, moururent de faim. Il les mangea. Et mourut de cette indigestion parentale. La fille âgée de cinq ans sortit de la maison en pleurant et reçut une pluie de projectiles massifs ou tranchants avant de rentrer à la maison et de crier une dernière fois. Garance, laissée sur place, fut oubliée de tous, personne ne voulant entrer dans cette maison maudite.

Une chienne vint la nourrir chaque jour, lui tenir chaud, la laver et la protéger des rats comme elle l’aurait fait avec ses propres chiots. Garance, une nuit alors qu’elle savait marcher à quatre pattes, enjamba le squelette de sa sœur et quitta la maison dont la porte était restée ouverte. À l’aube, un laitier la trouva endormie au coin d’une rue. Elle était si pâle qu’il crut qu’elle était morte. Il passa la journée à essayer de lui trouver une maison d’accueil. Il s’était attaché à cette petite et convainquit sa femme de la garder. L’effet des geoffles ayant disparu, personne ne remarqua la légère malformation de la main droite de l’enfant. Garance avait recouvré une normalité qui lui donnait accès à un pouvoir de séduction qu’elle saura maîtriser à volonté sauf sur son premier mari.

Elle grandit et devint une danseuse remarquée. De plus elle savait se mettre en valeur. Dès qu’elle put se marier elle trouva son homme, un riche mécène qui choisissait avec goût de beaux objets pour étendre sa collection, et dont elle fut la plus belle pièce. Ils passèrent de nombreuses années ainsi. L’homme finit par se lasser de leur relation qui manquait de subtilités verbales.


« — Je suis belle ! »
« — Tu n’es que belle ! »
« Je ne voulais pas céder à son physique mais elle fit un mouvement des hanches qui balaya mes scrupules une dernière fois. »
L’interface, tome deuxième.


Délaissée par son mécène de mari qui était aussi ce qu’on pourrait appeler son coach spirituel, après une courte dépression Garance changea de vie. Elle quitta Amoriphonnise, et survécut avec difficulté aux intempéries. Elle trouva une compagne de route durant trois semaines. Elles « se blottissaient dans le même froid. » Puis à nouveau seule, Garance sentait son instinct de survie la quitter. « Son corps avait davantage besoin de vivre que son âme. Lui seul ne la méprisait pas. » Elle avait si faim qu’elle se mit à chercher dans le crottin de cheval des grains de blés pour les manger.

Garance devint une chamane de plus en plus expérimentée au fil des pays asiatiques qu’elle traversait. Elle suivit son instinct jusqu’en Afrique. Âgée de 117 ans, elle mourut auprès de ses quatre nouveaux maris, ses dix-huit enfants, soixante et onze petits-enfants et deux cent treize arrière-petits-enfants.