L’arrière-doublure de la scie sauteuse
Un texte de Wikipen.
En période de jachère, la tour ne court pas, et nous l’assaillons, bouillants comme des amphétamines, à l’insu de notre plein gré. Provisoires sont nos ressources en insecticides multifonctions. Nos haricots magiques sont cachés, au sec, dans l’arrière-doublure de la scie sauteuse. Les nénuphars prennent leur élan et s’entrechoquent comme à la fête foraine. Les saules pleurent de rire ! Tout va bien ! Nous mettons un frein à l’immobilisme et nous avançons d’un pas pas mobile. Ton sang ne fait qu’un tour de garde en empruntant les escaliers, et tu comptes pour du beurre les pivoines agencées de long en bas. Mais d’où leur vient cette violence ancestrale ? Hé, oui ! Du parc d’attraction ! Aimantées en catimini, elles pérorent et s’encombrent d’immenses porte-à-faux. Hé, là ! Je me reprends et je plonge dans les douves, laissant à ta portée mon parachute amphibie. Tu l’ouvres trop tard et ta chute se poursuit entre les cavités baveuses et tonitruantes. Ta réserve d’hélium te sauve et tu me rattrapes trois blasons plus loin, dans la salle des coffres timides et naïfs. Comment trouver le bon ? Surtout que, comme tu le sais, j’ai perdu les clefs de l'univers. Avec toi, pas de problème ! Tu les embarques tous sur ton chameau « trois étoiles » référencé dans tous les bons caravansérails de la côte sud de l’Ile aux Éléphants. Mais déjà l’aspirateur se met en marche !
- Aucune des particules qui nous composent ne peut lutter contre cet appel d’air. Nous traversons de superbes tuyauteries chromées où sont exposées des œuvres picturales du début du siècle dernier. Comme de vulgaires touristes en circuit préconfiguré, nous ne pouvons nous arrêter. Les éclats lumineux nous éblouissent et nous tentent. Par chance, un vol de scarabées dorés fuse à contre-sens. Pas moyen de les arrêter… à moins que… Oui, jette ton dévolu sur l’un d’entre eux. Bon, en tout cas tu as essayé. Trop fugaces, trop furtifs, ils ont tous déjà atteint l’embouchure spirituelle échancrée. Et nous continuons à dériver entre des futons glacés, des pétales tuméfiés et des anicroches volontaires, passibles de la peine de mort. Et d’un coup, nous tombons en diagonale pour rebondir sur l’affreuse orthografeuse rubiconde avant d’atterrir dans un court bouillon à l’emmental achronique et au pain raciste. Il n’est pas temps de nous égoutter. Nous en avons nos claques et nous prenons nos cliques. La fanfare nous accompagne et se met en branle. Elle nous suit dans un bruit assourdissant. Nous devons accélérer notre rythme afin de bifurquer derrière le thym blême et le gros marin.
Autant le dire immédiatement : nous n'avons que faire des tronçons tuméfiés de la réalité telle qu'elle prétend apparaître, et même telle qu'elle veut dominer. S'il faut pour cela prendre des chemins de traverse et dézinguer au passage quelques troglodytes, nous le ferons. Nous avons un but et nous avons une mission, nous, Messieurs ! Ce n'est pas rien ! Au risque de passer pour des buvards, pour des ecchymoses, voire même pour des volubilis, nous persistons. La GBU n'attend pas, comme l'a rappelé fort opportunément mon compagnon de voyage. Que la fanfare nous suive, que les scarabées nous abandonnent, peu importe, nous poursuivons notre route, animés par l'enthousiasme sibérien des nés-au-fit. Et c'est pourquoi, je n'hésite pas à vous le révéler, ô lecteurs attentifs autant que carnivores, c'est pourquoi nous composons ce grand chant de marche qui nous emporte à travers les verts champs de moutarde de l'Afghanistan, chers à Harry Matthews, ô grands manitous de l'Oulipo ! et dans les plaines du Far-West quand vient la nuit.
- Non ! Je le précise, nous ne sommes pas des agents de la CIA, ni des paléontologues du mercantile inférieur. Encore moins des clous de girofle à la peau de léopard. Nous sommes ! Oui, nous existons ! Nous ne sommes ni des artefacts, ni des avatars orientaux. La transparence de nos errances implique des réverbérations introspectives et désordonnées. Le riz étant trop cuit, cela nous fait une pâte à colle assumant nos moindres pourpoints. Nous ne sommes pas non plus des céréales killers malgré certaines apparences trompeuses comme ton moulin à vent dorsal ou la moissonneuse-batteuse que j’enroule dans la poche arrière gauche de mon futal avec mon dernier exemplaire de Livres-hebdo. Je vous laisse, notre métro vient d’arriver. Nous remontons déjà les marches de la Porte Dorée. Il nous faut aller voir Hamil Karr derrière ses rochers synthétiques. Vous savez, ce n'est pas lui, le petit ami pachydermique.

