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La cloche de Minuit

Un texte de Wikipen.

Nous, cloches de Minuit, mystiques et doux rêveurs éveillés, errant heureux une fois à destination, en terre étrangère, au bout d’inénarrables voyages qui nous conduisent sans cesse à l’orée des contrées les plus reculées, les plus inhospitalières et les plus dangereuses que même certaines bêtes sauvages, nos amies, rechignent à traverser préférant alors finalement un long et calme détour à un court passage risqué certes mais d’autant plus riche d’émotions, de frissons, de couleurs et de chansons, de ces contrées qui vous subjuguent et vous oppressent, qui vous comblent et vous vident et qui vous font mûrir puis vous gâtent jusqu’au flétrissement, ultime étape avant la chute inéluctable, sous la pression constante de la gravité, vers l’origine primordiale, sommes aujourd’hui des souffleurs de vents prêts à gonfler toutes voiles hissées aux mâts, des marteaux d’airain prêts à forger toutes formes brutes et nous, tailleurs de pierres, sommes volonté de puissance, forces créatrices, par-delà bien et mal, dans les royaumes dérisoires, dans les océans déchaînés et dans l’onirique réalité toujours sans pusillanimité, jamais sans opiniâtreté et toujours sans Elle, La Morale, telle qu’elle s’impose désormais faute de critiques c’est-à-dire comme un atavisme néfaste, un virus spirituel, un masque de bonté qui dissimule haines et rictus, un philtre qui corrompt, force les sentiments et empoisonne les cœurs avec un amour fort pour ce qui rend faible, un professeur pro-fessée qui élève dans les bas-fonds, fait grandir ses bêtes grégaires la tête en bas et fait donc pousser des creux, à terme amenés au plus profonds qu’il soit possible : le néant.