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La dispute

Un texte de Wikipen.

Sommaire

Présentation

« La dispute se déroulait généralement en trois phases: d’abord, la question initiale était posée par le maître. Ensuite, suivait la confrontation entre deux étudiants ou deux bacheliers qui proposaient deux avis différents. Enfin, le maître évaluait les argumentations, choisissait la solution et réfutait tous les arguments qui la contredisaient. La dispute était un exercice quasiment quotidien, présent à tous les niveaux et dans toutes les phases de l’activité universitaire. Elle constituait donc un entraînement continu à la confrontation, à l’affrontement, à la joute oratoire et intellectuelle. »

Un maître pourrait-il poser la question initiale ?

Question

Certainement. J'aurais voulu en poser trois: « D'où venons-nous? », « Que faisons-nous? », « Où allons-nous? ». Pour les subsumer sous une seule, je propose que s'énonce simplement ainsi la question initiale:
« L'univers est-il fini ou infini? »

Échange

Maître, vous subsumez subtilement. Mes arguments ainsi que ceux de mon compétiteur, ou de ma compétitrice, effleureront-ils les trois questions, qui vous tiennent à cœur, en répondant à celle que vous avez finalement posée? Nous verrons cela.

Pour ma part, je vais me faire l’« avocat du diable ». Tenter de prouver que l’univers est fini me convient à la perfection. Pour faire fuir le moins de monde possible, je vais éviter d’utiliser les formules mathématiques. Je crois me souvenir que selon l’éditeur de Stephen Hawking, chaque formule mathématique divise par deux le nombre de lecteur.

Il faut déjà s’entendre sur le mot « Univers ». « Univers » est un nom masculin qui provient du latin universus « tourné de matière à faire un tout ». Au sens philosophique, c’est ce qui englobe en une unité tout ce qui est créé, ou tout ce qui existe. D’autres sens sont possibles. Nous les formulons, nous nous rappellerons qu’ils existent et, cependant, nous ne les utiliserons pas dans nos argumentations. Ils sont trop réducteurs. Le sens mathématique avec ses probabilités, le sens vieilli qui signifie Terre, le sens qui définie l’ensemble des hommes, le sens physique de tout ce qui est perçu. Par contre, le sens de l’univers selon les sciences physiques est le même que le sens philosophique une fois retiré tout ce qui est immatériel.

Quant au sens du mot « fini », il va de soit qu’il ne signifie pas « achevé ». Non infini sera la définition que je lui donnerai. Attention. Ne pas confondre infini et indéfini! Ne pas confondre infini et éternel! L’infini est ce qui est sans borne, sans limite.

Encore une remarque. Nous qui sommes finis, pouvons-nous concevoir (je n’ai pas dit créer), pouvons-nous imaginer un univers infini? A priori oui, puisque l'expérience nous montre de façon flagrante que nous nous posons la question.

Il est temps pour moi de laisser mon compétiteur ou ma compétitrice préciser le sens des termes qu’il ou elle utilisera lors de son argumentation. J'entends que son clavier s'échauffe. Il ne saurait tarder.

A mon tour de tenter de prouver que l'univers est infini. Si j'ai bien compris les propos de mon compétiteur, nous nous appuierons sur la définition suivante du mot univers : «c’est ce qui englobe en une unité tout ce qui est créé, ou tout ce qui existe». Quant au sens qu'il a donné du mot « fini », je n'ai pas trop compris son explication. Mais je suis d'accord aussi pour associer à la notion d'infini, l'absence de limite, de borne, de fin. Donc, si nous reformulons votre question, maître, elle peut se poser ainsi: « Tout ce qui existe est-il illimité? ».

Cela revient-il à se poser la question: « l'univers est-il absolu? ». Le terme absolu signifie « ce qui existe indépendamment de toute condition », donc si l'univers est absolu , rien ne le conditionne . Rien ne le détermine à priori. Cette piste est interessante car, si rien ne conditionne l'univers, ce dernier ne peut donc pas être limité et fini. La source de l'univers serait donc une totale liberté, ce qui lui donnerait son caractère infini. Cependant, aborder ainsi la question de la finitude de l'univers de la sorte mène à une impasse. Puisque le terme absolu signifie par ailleurs « achevé »; Or ce terme renvoit bien à l'idée de finir et donc, de fin. Le caractère absolu de l'univers, ne nous mène pas à le considérer comme fini ou infini. Donc, reprenons la question précédente:

« Tout ce qui existe est-il illimité? »
Si nous nous basons sur nos perceptions, nous pourrions répondre par la négative. Car de notre point de vue, notre propre existence, celle de notre environnement, semblent limitées. D'un point de vue physique, les êtres vivants sont limités par leur mortalité et les entités matérielles semblent limitées par des principes physiques qui gouvernent leur existence. Pour décrire grossièrement les choses, de notre point de vue tout semble limité par la vitesse de la lumière, la loi de gravitation ou je ne sais quel autre principe physico-chimique qui soumet toute matière dont nous percevons l'existence, et donc, qui appartiennent à l'univers.
Il faut donc aller au-delà de nos perceptions et de nos observations pour répondre à la question du maître.
Je crois que le jeu en vaut la chandelle, de réaliser se dépassement de notre sens commun. Car malgré tout ce que nous croyons connaître, il y a une part énorme de la réalité que nous ignorons encore, faute de pouvoir la percevoir et l'appréhender.
D'autre part, d'un point de vue purement logique, si l'univers était limité, cela signifierait qu'il existerait un « au-delà des limites de l'univers ». Or, si l'univers est bien le tout qui englobe ce qui existe, il se suffit à lui-même, donc il n'est rien en dehors de lui. Car dès lors que quelque chose existe, par définition, il appartient à l'univers. J'affirme donc que l'univers est le tout qui englobe tout ce qui existe, il n'a de limite que celle que de ses sous-entités, mais lui même est infini.



Intervention du maître

Le maître de cette dispute (et non pas de l'univers...) se permet d'intervenir à ce moment-ci pour relancer le débat, toujours à la recherche d'une argumentation solide pour défendre la finitude ou l'infinitude de l'univers. Son intervention prendra la forme d'une synthèse des deux points de vue, jusqu'à présent:

Argumentation-vert

  • Définitions :
    1. Univers = Ce qui englobe en une unité tout ce qui est créé, tout ce qui existe;
    2. Infini = Sans borne, sans limite, concevable.
  • Conclusion :
    1. (l’univers est-il fini ou infini ?)


Argumentation-bleu

  • Définitions :
    1. Univers = Tout ce qui existe, le tout qui englobe ce qui existe, autosuffisant;
    2. Infini = Illimité, non percevable empiriquement, non équivalent à "absolu".
  • Conclusions:
    1. L'univers est le tout qui englobe tout ce qui existe ; (axiome)
    2. L’univers n'a de limite que celle que de ses sous-entités ; (hypothèse ad hoc)
    3. L’univers est infini. (non fondée)


On peut considérer les éléments donnés entre parenthèses tels des commentaires ou des pistes pour continuer. Comme dirait l'autre: « Ce n'est qu'un débat, continuons le début... »


Échange

Je rebondirais sur cette formulation de mon compétiteur qui me semble-t-il synthétise assez bien son approche : "dès lors que quelque chose existe, par définition, il appartient à l'univers." De ce fait, je me permettrais de faire remarquer que, par conséquent, ce qui n'existe pas n'appartient pas à l'univers. Nous en venons donc à la question de l'existence, de la création : qu'est-ce qui est ? qu'est-ce qui n'est pas ? Imaginons que nous soyons en mesure de connaître tout ce qui est. Nous pourrions également répertorier des choses qui n'existent pas. L'ensemble de ces connaissances est un ensemble plus vaste (en terme de dénombrement) que celui de "l'univers de ce qui existe". Il me semble donc important de nous entendre sur la nature de l'existence. S'agit-il simplement de l'existence au sens physique du terme, c'est à dire de la matière, ou bien de l'existence dans un sens plus large ? Dans l'hypothèse d'un univers où n'existe que ce qui est matérialisé, nous devons nous pencher alors sur les notions d'astrophysiques liées à ce que nous appelons "Univers". Le fait que l'Univers ait été créé à partir du Big Bang, c'est à dire d'un tout fini, peut nous amener à la question : un tout fini peut-il devenir infini ? Pour ma part, je réserve ma réponse vis-à-vis des considérations de mon compétiteur sur les notions d'existence et d'univers physique.


Néanmoins, pour le plaisir du débat, abordons le fond du problème. Qu’est-ce que la création ? Y a-t-il eu création ? J’aime partir de l’hypothèse du néant.


NÉANT


Donc rien n’existait. Donc le néant n’existait pas. Nous voici devant la première contradiction. Contradiction nihiliste. Contradiction universelle. Contradiction primordiale. Le néant existait et/ou n’existait pas un temps nul puisque le temps n’existait pas, avec une énergie-matière nulle puisque l’énergie-matière n’existait pas, et dans aucun endroit puisque aucun endroit n’existait. Ou bien cette hypothèse est fausse, ou bien le néant fut créateur. Le néant, s’il a existé, s’est auto-annihilé par définition. S’il a été créateur, ce fut un créateur forcé, et sa création fut aléatoire. Pourquoi le néant aurait-il dû créer tel univers plutôt que tel autre ? Et comment aurait-il pu choisir ? Nous voici alors devant une création unique, multiple ou totale. Par unique, je veux dire que cette création forme un tout où chaque partie est capable d’échange, par ses propres lois, avec toutes ses autres parties. Par multiple, je veux dire qu’au moins deux parties de cette création sont incapables d’échange, par leurs propres lois. Par totale, je veux dire que tout a été créé. Dans quelle situation nous trouvons-nous ? C’est ici qu’il faudrait donner la définition exacte de ce qu’on nomme univers. Je laisserai mon contradicteur s’en charger.
Il est essentiel de préciser que, par contre, si mon hypothèse du néant est fausse, cela voudrait dire qu’il n’y a pas eu création de notre univers directement. Il aurait toujours existé. Mais la fausseté de l’hypothèse du néant voudrait dire aussi qu’il n’y aurait pas eu création de ce qui aurait pu créer notre univers et que certain appelle Dieu. Par définition, cette entité incréée, onmniprésente, omnisciente, et omnipotente perd à mes yeux tous ses charmes. Comment admirer une entité suprême qui n’aurait pas choisi d’être, ni d’être telle qu’elle est ? À titre de curiosité, j’aimerais surtout savoir si mon compétiteur à besoin de l’hypothèse de l’existence de Dieu pour prouver, selon lui, que l’univers est infini.
Dans tous les cas, avant de poursuivre mon intervention, j’attends des éclaircissements de mon compétiteur quant à la définition qu’il donne au mot univers. Et plus précisément, qu’entend-il par existence ? Je lui repose la question : « S'agit-il simplement de l'existence au sens physique du terme, c'est à dire de la matière, ou bien de l'existence dans un sens plus large ? »

Mon compétiteur me pose les questions suivantes: - qu'est-ce que l'univers? - As t'on besoin de l'hypothèse de l'existence de Dieu pour prouver que l'univers est infini ? -qu'est-ce que l'existence ? - s'agit-il de l'existence physique ou de l'existence dans un sens plus large ?

Je commencerais par répondre aux question concernant l'existence. A mon sens , on ne peut séparer l'existence physique (matérielle) de l'existence "au sens plus large". "L'esprit" serait dans tout, même dans la matière. Mon hypothèse métaphysique est la suivante : le fin de tout ce qui est , est d'exister. Quitte à se transformer. J'aime beaucoup la phrase " rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". La notion de création est une illusion. En fait, on pourrait plutôt parler d'évolution. La matière inerte est devenue vivante, les êtres vivants se sont développées en espèces différentes, certaines espèces ont acquis la capacité de se déplacer, de communiquer entre elles, de penser, de rêver, d'avoir des émotions, de s'organiser socialement.Au delà de cela, on sait que chez les humains, il y a cette intuition , comme quoi tout ce qui existe serait régit par la même intention initiale. C'est peut-être cela l'hypothèse de Dieu. L'univers existe t'il depuis toujours, et évolue t'il depuis toujours ?Nul ne le sait. Tout ce que l'on sait, c'est que l'univers existe. Alors qu'est-ce que l'univers. C'est tout simplement,y tout ce qui existe,absolument tout. Ainsi , nos idées appartiennent à l'univers,nos sentiments aussi, nos illusions aussi, nos croyances aussi. As-t'on besoin de croire en Dieu pour prouver que l'univers est infini ? Je ne crois pas. Au contraire, dans les religion du livre, Dieu sert plutot d'alibi pour montrer la finitude de notre "monde". L'ici bas, des mortels, des terriens, menacés par le jugement dernier... qui serait mis en musique par "les cieux" managés par Dieu.... Au fond , Dieu, est une allégorie de la caverne version moralisatrice dans beaucoup de religions. Pour tout vous dire, mon cher contradicteur, j'attends votre réaction. J'avoues que la question de Dieu me perturbe dans mes pensées. Tout ce que je peux vous dire , c'est que j'ignore beaucoup de choses, concernant le sujet de conversation dans lequel on s'est engagé. J'ai simplement l'intuition que l'univers est un tout insaisissable et mystérieux qui évolue constamment, dont nous formons une infime partie. J'ai le sentiment que cette évolution constante de l'univers, à savoir son histoire, pourrait être une clé de compréhesion de sa véritable essence. Enfin je crois que nous nous devons de respecter tout autant les hypothèses contradictoires qui tendent à donner une définition, un rôle, un sens , une nature, une essence, une origine à l'univers. Je pense que la Vérité ,ne se trouve dans aucune de ces hypothèses, car nous sommes bien trop faiblement outillés pour discerner tout les éléments de compréhension de l'univers. Simplement, le fait de chercher, de se poser la question nous rapproche de cette ligne d'horizon que nous n'atteindrons jamais réellement.