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La peau des animots

Un texte de Wikipen.

La peau des animots aux lettres imaginaires éclabousse les préjugés. Elle est dure comme l’enfer, porteuse de maladies mentales et va jusqu’à s’accommoder avec un représentant en fines herbes de l'O.M.C. sous l’emprise de son rapporteur aux lignes courbes. Ces animots n’en font qu’à leur tête de chapitre. Le seul moyen efficace pour les dompter est de les tuer voire de les oublier. Tous doivent les oublier et en effacer toute trace. Sinon ils s’affichent, s’ânonnent, se font inviter de par leur originalité, leur grand âge. Une fois sur une feuille volante ou cloîtré dans un dictionnaire, quitte à patienter des siècles durant, ils reprennent leur vitalité à la première lecture et tentent de s’infiltrer comme des virus dans nos cervelets incapables de se passer d’eux. Eux ont compris que nous ne sommes pas le but de l’univers, juste un moyen de mieux diffuser l’information qu’ils emmagasinent mieux que nous.


Loin de ces pensées, je porte des regards indiscrets sur ses épaules fruitées. « Un peu de déhiscence ! » me dit la lettre imaginaire qui a absorbé mon âme. Alors que mes bras l’accueillent tout en me disant qu’il n’y a pas de chasse gardée et que je ne chasse pas, elle me répond que je ne suis qu’une légende de bas de page. Je trouve cela culotté de la part d’une lettre imaginaire même si sa présence m’offre un texte qui s’ouvre comme un bouton de rose. Le cœur entortillé autour de cette lettre aux courbes qui dansent et, qui ne s’arrête que pour mieux se mettre en valeur, je la vois m’ôter ma déliquescence dans ses moindres recoins et je m’entends lui parler sans maudire. Dans ma bouche, les mots se choisissent eux-mêmes et jaillissent comme dans un feu d’artifice verbal. Seuls les derniers d’entre eux envahissent ma mémoire. « Le pays où je veux vivre est celui délimité par ton âme. » Après ce bouquet final, après cette dernière parole, la lettre s’enlumine de rouge et d’or et disparaît. Il me faut retrouver ses sœurs pour rejoindre ce signe graphique, cette lettre imaginaire dont je ne connais le nom, et qui porte en elle la complémentarité de mon identité.


Les onze lettres imaginaires se retrouvent devant moi, incapable de les comprendre, moi Jonas, ami de Stan et de Lothar. Elles croyaient jeter l’encre ici, et devant mon ignorance, s’alignent sur une courbe et repartent sans me laisser d’adresse. De loin, je les suis, elles montent dans l’ancien pigeonnier que j’ai transformé en bibliothèque, s’enferment à double tour. Je les entends, elles s’amusent, s’esclaffent, et, complices, se parlent avec une douceur dont j’ignorais l’existence. De la nuit tombée au petit matin, j’entraperçois des rais de lumières colorées qui fusent et rebondissent sous une forme étoilée. Puis le calme revient. La porte s’ouvre. J’entre. Les lettres imaginaires se précipitent dans un livre posé sur la table. Pas le temps de me souvenir de son titre. Pas le choix, j’y plonge…


Les lettres imaginaires accélèrent le rythme et tombent à la fin de chaque ligne sur la suivante. Il me faut gagner du temps. Je survole le texte et passe de page en page. Au carrefour de la 87ème et de la 88ème, je les attends de pieds fermes. Personne. Elles se sont planquées. Je remonte les phrases à l’envers en m’appliquant sur leurs significations. Le vide cumulé entre chaque mot commence à me tourner la tête. Je m’arrête au coin d’une phrase, étourdi. J’y découvre Personnage. Il m’indique qu’il faut les laisser tranquilles, qu’elles sont dangereuses. Qu’il faut les manipuler avec attention. Découvertes et énervées de ne plus être coursées, les lettres imaginaires nous somment de paraître. Personnage quitte ses bottes de sept lieux et disparaît entre deux lignes. De mon côté je poursuis mon texte et le rattrape. Il s'échappait dans l'hermétisme, et je fais comme si je ne les voyais pas me suivre à deux phrases de distance.



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