La reconquête
Un texte de Wikipen.
Elle couvait le vieux hangar d'un regard gourmand. Elle n'avait rien perdu des allées et venues de la triplette des vieux loups de l'air de la base. Ça s'agitait beaucoup, ça parlait fort, ça se tapait dans le dos, et ça complotait comme les vieilles filles d'un patronage. Ils étaient tout mignons, les yeux dans le vague, enfiévrés. Des gosses le 25 décembre, devant leur gros paquet.
Elle subtilisa la clef du cadenas et, une nuit, bien après le dernier vol de nuit, brisa le scellé rouillé. Elle fit rouler, sur son rail grinçant, dans un fracas assourdissant, la porte de tôle ondulée.
Elle n'alluma pas, accommodait difficilement. Elle ferma les yeux, et attendit. Quand elle les rouvrit, une masse énorme, blanchâtre, s'imposa à son regard. Le linceul d'une bâche houssait de manière lâche un gros cube abandonné là.
Elle n'entendit pas les pas furtifs se couler dans son dos tandis qu'elle déshabillait de son tissu l'improbable forme. Ainsi donc, c'était vrai !
Un triplan démâté, ses fragiles voilures crevées. Structure enfoncée de part en part.
Elle jubilait, quand une main lourde s'abattit sur son épaule.
Elle n'osa plus bouger.
Prise la main dans le sac.
Une incendiaire, doublée d'une voleuse. Tachycardie.
Max la retourna doucement contre lui.
"Il est beau, hein ?"
"T'es libre demain ? J'ai besoin d'aide. Je démonte la bête."
"Et Victor ?"
"J'en fais mon affaire !".

