Le Livre d'Æternalis, Tome 1, ¤05
Un texte de Wikipen.
Nuage souffle.
— « Alors ? Demande Colin à Nuage tout en continuant de regarder les jambes des femmes par le soupirail.
— Alors, j’y vois de moins en moins clair ! Répondit-elle en levant la tête. Je vais enfin pouvoir engloutir le premier paragraphe.
Elle se met à l’aise, assise sur le siège, les jambes tendues sur un bout de table, sort un cigare et gratte une allumette. Colin veut l’en empêcher et la fait tomber. Le manuscrit du Livre d’Æternalis brûle. Le feu se propage à d’autres livres. Colin et Nuage parviennent avec difficulté à stopper les flammes.
— Je suis désolée… Dit Nuage.
— Pas autant que moi ! Répond Colin. C’était le seul exemplaire ! Dit-il, les larmes aux yeux.»
Nuage veut se faire pardonner mais aucun mot ne calme Colin ! Alors, au bout d’un long moment, elle arrive à l’embrasser avec douceur sur le front. Il la serre dans ses bras. Elle sent si bon. Elle le serre contre elle puis se désolidarise. Elle ne compensera pas les dégâts ainsi pense-t-elle mais elle se dénude et se pose à quatre pattes sur la table. Elle s'approche à reculons des yeux azurés de Colin en lui présentant sa toison d’or et ses lèvres scintillantes, écrin où s’excite son clitoris précieux et coloré comme un lapis-lazuli.
Ça le calmera… si l’on peut dire, songe-t-elle.
Elle prend des positions qui rappellent à Colin les posters qui décorent les murs de sa cave. Elle se caresse le corps. Elle l’excite. Il a envie d’elle mais quelque chose le retient.
— «Tu as raison, pas ici ! Dit Nuage.
Colin l’aide à retrouver ses vêtements. À genoux, il remonte le string le long des jambes de Nuage et embrasse avec délicatesse ses poils pubiens. Il se redresse, elle se retourne et se frotte contre lui. Il lui caresse en douceur le clitoris à travers les dentelles. Rhabillée, elle l’emmène chez elle. À pied c’est à cinq minutes. Ils ne se disent pas un mot. Lorsqu’elle accélère le pas, leurs mains se lâchent. Il court, lui reprend la main. Ils montent un escalier qui mène au premier étage. Nuage explique les comportements bizarres de sa voisine qu’elle surnomme Léontine sans trop savoir pourquoi. Ils se moquent d’elle lorsqu’ils la croisent et lui disent bonjour. Elle ne répond pas et les regarde d’un air froid. Eux continuent leur conversation comme si de rien n’était.
— «Cette pauvre Léontine, il ne lui manque que de sentir mauvais ! Dit Nuage
Ce qu’ils ne savent pas c’est que ce surnom est son véritable prénom. Elle s’appelle Léontine Rastarovitch et n’arrive pas à comprendre comment elle peut donner une si comique image d’elle-même alors qu’elle est amoureuse de la vie malgré son bras mort.
Nuage referme sa porte. L’endroit est propre et lumineux. Elle y est plus à l’aise. Elle l’emmène sur la terrasse pour admirer la vue…
— Je me sens si bien ici ! Dit-elle.
— Et ça ne sent pas la fumée ! Répond Colin.
Elle le regarde du coin de l’œil avec un sourire sincère. Elle lui prend la main et l’attire à l’intérieur :
— Colin, c’est de toi dont je veux tomber enceinte ! Fais moi de beaux enfants sains !
Après l’amour, il lui avoue qu’il était vierge.
— Pourtant tu m’as fait l’amour comme un dieu !
— C’est normal, je t’adore… Mais pas comme une déesse.
— Je n’en suis pas une, et ça ne m’arrange pas !
— Tu es pourtant bien foutue !
— Depuis toi !
Une nouvelle vie s’annonce à chacun d’eux. Ils refont l’amour et Colin attrape l’appareil pornographique de Nuage.
— Quel corps ! J’hallucine ! T’es trop belle ! C’est la première fois de ma vie que je prends des photos. Dit Colin. Ça va donner !
— Et ça te plaît ?
— On verra au développement ! Maintenant, montre tes coudes ! Je suis le premier…
— Oui, tu es le premier à me photographier les coudes ! En tout cas je suis vraiment désolée pour…
Colin l’interrompt en lui mettant délicatement un index sur la bouche et un autre dans le vagin. L’entre-bande se met en branle. Elle ferme les yeux. Il regarde ce corps aux tâches de rousseurs qu’il butine jusque sous la douche. Il s’essuie et reprend :
— J’aime le sexe ! Surtout le tien ! Il est aussi enthousiasmant qu’une myriade de livres sur quantités de domaines. Je passe l’essentiel de mon temps à lire dans les bibliothèques.
Il jette un coup d’œil sur les étagères.
— Je ne suis pas étonné de trouver autant d’œuvres romanesques chez toi, Nuage. Moi, je néglige les fictions, jeux compris, depuis longtemps. Il faut grandir un jour. Il te faut quitter ton nid douillet, prendre ton envol, affronter le monde avant qu’il ne te bouscule et aller vers les autres avant qu’ils ne te négligent. J’ai aussi écarté la télé qui s’insinue dans toute intimité.
— Je ne suis pas candide ! La perception de la réalité ne peut être objective. Réplique-t-elle. Ce qui me gêne c’est de me sentir si passive. Il ne suffit pas d’être pour se faire apprécier, ni de faire croire qu’on est, d’autant plus lorsqu’on se ment à soi-même.
— Dis-moi plutôt comment tu envisages notre relation, demande Colin ?
— D’abord, je cesse de fumer ! Dans la suite des jours je t’attendrai les jambes grandes ouvertes. Il me reste trois semaines de vacances avant de commencer d’autres séries de photos. Ce temps est le nôtre. Tu dois cependant apprendre que je n’appartiendrai jamais à personne. Dit-t-elle en se redressant et en le fixant. J’ai la complexion du corps libre. Je ferais ce que je veux de ma vie et de mon corps ! Mes désirs se contenteront peut-être de toi car je t’aime. Pourtant mes jouissances passeront avant les tiennes. Respect bien ordonné commence par soi-même !
Nuage offre son large sourire à pleines dents à Colin et dit :
— Et maintenant, je t’offre une bonne pipe !
Colin acquiesce malgré lui. Il fait le pari de chaque jour être original pour montrer sa flamme puis il ferme les yeux.
Après avoir avalé les dernières gouttes puantes Nuage s’assied en tailleur face à Colin. Elle attend qu’il rouvre les yeux et lui dit :
— C’est tout de même plus confortable, ici ! Je t’ai observé ! Ça se voit que tu ne sais pas ce que c’est que d’économiser de l’argent durant des années ! Ton seul défaut, de taille, semble être de vivre au crochet de la société !
Vexé, Colin retient ses larmes lorsqu’il dit :
— Je n’ai pas cette impression là ! J’ai une drôle de double vie. Je suis aussi un chercheur du CNRS !
— Je m’excuse mais je ne comprends rien de toi ! Jeune doué, pourquoi voles-tu et vis-tu dans ce taudis alors ?
— J’ai du retard mais je m’humanise très vite. Davantage encore grâce à toi, Nuage ! Mon salaire paye l’hospice à ma mère que je ne vais plus voir depuis sa dernière tentative de suicide. Moi, je survis ! Ce qui m’inspire, c’est de défier mon effrayant génie. J’ai pour référence les alchimistes qui avaient l’intuition qu’on pouvait transformer le plomb en or, des siècles avant qu’on ne connaisse les secrets des atomes de matière. Moi aussi, je suis une tête chercheuse. Je cherche le moyen scientifique de trouver quels sonorités, parfums et contacts chacun préfère. Je suis sur le point de pouvoir exploiter au maximum les énergies renouvelables. Je crois à la toute puissance de la science et je sais que je deviendrai riche grâce aux brevets d’invention que je dépose. J’ai inventé des murs qui laissent passer la lumière que de l’extérieur vers l’intérieur ! Je fais des recherches sur la fibre optique ! Je travaille sur des sphères magnétiques pour se déplacer et éviter tout choc. J’aimerais prouver que la force de gravitation est instantanée ! L’espace-temps se doit d’être discontinu. Personne ne sait quelle est l’orbite du temps ! Je rêve de découvrir une formule donnant l’ensemble des nombres premiers. Par contre je crains des épidémies, aussi dès maintenant il faut créer un centre mondial de la Sécurité Vitale. Les choses ne vont pas aussi vite qu’on l’espère pour les grands projets. Regarde ce lent développement de l’exploitation des énergies renouvelables ! J’aimerais que les villes soient interdites aux véhicules privés. Les transports en commun doivent être développés et gratuits. La consommation doit être mieux digérées et l’argent toujours mieux redistribué. J’aimerais surtout que plus personne ne mange de viande. Les animaux non plus. J’aimerais qu’on s’empiffre de délicieuses chimies équilibrées et ragoûtantes à souhait…

