Le Livre d'Æternalis, Tome 1, ¤06
Un texte de Wikipen.
— Ça me fait penser, reprend Colin, qu’un jour en accompagnant un ami sociologue qui fouille les ordures et découvre des morceaux de vie, nous avons aperçu le phytiatre Kijp Désile. Il venait de trouver une plante qui ne pousse qu’entre les rails du métro. C’est la seule arme qu’il avait trouvée contre ces insectes qui s’auto-reproduisaient plus rapidement lorsqu’on les tuait que lorsqu’ils étaient en vie. Rattrapé par une rame, qui l’a lancé à dix mètres, il a été sectionné en deux. Depuis la mort de cet empereur de la topiaire, sa pépinière est à l’abandon. La nature reprend le dessus. Elle n’aime pas qu’on la tripote. Et un autre de mes amis sociologue, est devenu mathématicien dans le but de résoudre un problème qu’avait posé Wronski. Après des années, il pense que… Tout converge ! Il exulte ! Isolé, il l’a résolu. Il a alors apprit que deux jours avant un autre mathématicien venait de publier une autre résolution du problème. Ce dernier ne pouvait l’avoir copié. Mon ami avait entraîné sa mémoire durant des mois pour parvenir à ne pas prendre de note. Trop passionné, il s’est suicidé. Depuis, on a apprit que son concurrent avait omit quelques éléments qui réfutent sa démonstration. C’est pour ça que j’imagine très bien un inventeur qui se fait voler son idée et qui tue son voleur. Voilà ! Tout ça pour dire que la science a un prix ! Et que j’essaie depuis des années d’organiser une manifestation contre les droits exorbitants de dépôt de brevet d’invention.
Colin cesse d’hâbler, déplace un authentique languier, délaisse un moulin à farine, un moulin à sel et un moulin à argent, et inspecte un blason suspendu à la cheminée. En relief, un crapaud bleu turquoise surmonté d’un héron couleur bambou est opposé à quatre otelles d’argent. Un figuier les sépare. Un uraeus uvifère les entoure.
— Je préfère celui-ci. Dit Colin, en montrant du doigt un blason d’or à une crosse d’azur posée en pal, côtoyée d’une clef étincelante de gueules aussi en pal et un corbeau de sable à deux têtes sur le pied de la crosse.
— Qui connaît cet illustre corbeau ? Demande Colin.
— Qui possède sa sagesse ? Réplique Nuage.
Au bout d’un long silence, Nuage dit:
— Invente-moi une histoire ! J’adore ça !
— Comme ça ?
— Comme ça !
Colin la regarde fermer les yeux puis observe les étagères et le plafond blanc.
— Écoute ! Ça commence !
Colin s’absente, prit par sa parole d’honneur. Il avait promis au fils Prince de venir pour son anniversaire. Il lui offre un agneau et un vélo solaire. Prince annonce ses prochaines vacances. Colin poursuit ses recherches sur les apports nutritifs nécessaires aux êtres vivants pour compenser la nourriture d’origine vivante. Il a aussi pour mission de surveiller l’agneau pendant les vacances de la famille Prince qui survole le Sahara. Colin passe parfois plus d’une journée sans manger ni dormir. Quant au mouton, il s'échappe, est attrapé et vendu. Colin retrouve sa trace alors que celui-ci est déjà embarqué pour être revendu à l’étranger. Le bateau s’échoue. Certains moutons meurent, d’autres nagent vers la côte. Colin retrouve l’agneau et le ramène au petit Prince qui lui montre les dessins des oasis qu’il a vues ! Voilà, cette histoire là, c’est de la science-fiction !
— Belle histoire ! J’aurais préféré une histoire de princesse !
— Là, je ne peux rien pour toi !
Nuage se met une culotte qui flashe, et un jean noir. Colin s’assied sur le lit, l’attire vers elle. Il dévore sa poitrine du regard et lui caresse langoureusement la peau du dos. Il lui embrasse les seins avec tendresse. Nuage se retourne et Colin suit la forme de ses seins. Il prend son temps. Il découvre au bas de son dos un splendide tatouage, là où il avait cru voir un grain de beauté. Il s’agit d’un lotus. Colin sourit et admire le travaille de l’artiste tout en étant jaloux qu’il ai pu toucher Nuage avant lui. Ils finissent de s’habiller et partent faire du bateau-mouche au son du Boléro de Ravel. Colin court rattraper le chapeau d’une vieille dame qui le remercie par un sourire pincé. Colin rejoint Nuage, la sert dans ses bras et lui caresse le visage. Elle lui sourit et dit:
— Mon amour, tu es toujours là où je ne t’attends pas !
— Justement ! Nous arrivons à quai ! Suis-moi ! Je vais te montrer ! Je suis le roi du faucardement. J’en suis à ma cinquième rivière !
Nuage tente de deviner ce qu’il veut dire et l’envahit de centaines de questions qui ne mènent nulle part. Colin s’arrête et met en route le moteur d’une machine laissée ici pour la nuit et nettoie le fond du lit. Le moteur cale deux fois puis se noie.
— Je te croyais plus dégourdis. Dit Nuage pliée en deux.
Colin se vexe. Alors Nuage lui susurre, d’une voix sensuelle, des mots tendres aux oreilles.
Ils décident de rentrer et sur le chemin rencontrent Puîné, un éboueur qui chaque matin pisse dans le caniveau devant les passants effarés, ce qui amuse Nuage et Colin. Alors Colin se joint à l’homme afin de pisser. Les poings sur les hanches, Nuage compare à haute voie le physique de ces deux queues et leur jet d’urine. Puîné, agréablement surpris, est heureux de ne pas choquer cette délicieuse lady.
— Dîtes-moi, vous faites jouir les femmes avec un tel attirail ? Demande Nuage.
— Vous devez savoir que je ne fais pas de chichi ! Mentir est contre ma nature ! Je me veux d’être toujours honnête avec mes idées et avec mon corps. Aussi, je suis vite inapprécié ! Je dis que je ne sais pas lorsque je ne sais pas ! Je précise le pour et le contre et je laisse le questionneur à sa propre réflexion. Si vous n’aimez aller que dans une direction, fut-elle mauvaise, je vous déplais déjà ! Répond Puîné.
Et il lui pisse dessus ! Nuage s’écarte trop tard et gueule comme un putois après cet abruti de première catégorie. Colin n’attend pas la dernière goutte pour attraper Puîné par son col et, prêt à le frapper, attend l’accord de Nuage.
— Laisse-le. Dit-elle. Il est trop con !
Colin le libère et lui donne un coup de pied au cul. Puîné s’engouffre au coin de la rue.
Colin aimerait bien serrer Nuage…
— Viens ! On rentre ! Lui dit Nuage.
Colin savonne Nuage avec douceur. Puis il la masse jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Là, il prend des macro photos d’elle sous tous les angles en commençant par les coudes. Colin attend le réveil de Nuage pour lui apporter le petit-déjeuner au lit. Il lui montre les dernières prises de vue. Nuage découvre des parties insoupçonnées de son propre corps. Elle en jette quelques unes qu’elles ne peut souffrir et en choisit une pour l’agrandir et l’encadrer.
— La nature est bien faite ! Dit-elle.
— Tu peux le dire !
Nuage se lève pour prendre l’appareil photo mais Colin refuse.
— Non ! Je n’aime pas ça ! Dit-il.
Dans de grands éclats de rire, Nuage tente plusieurs fois d’atteindre l’appareil. Colin lui court après à travers l’appartement. Nuage prend quelques photos sans viser. Colin se prend les pieds dans les draps et tombe. Nuage, un pied sur lui, prend la pause d’un chasseur de fauve auprès de sa proie. Colin lui attrape une jambe et la ramène vers lui. Ils font l’amour en se prenant à tour de rôle en photo.
Ils passent une semaine collé l’un à l’autre, nus, les rideaux grands ouverts. Ils se sentent bien, fiers de leurs corps et de leur intense amour physique. Un soir ils font même l’amour en se tenant à la balustrade du balcon. Ils admirent, au court d’une longue pénétration, l’étoile journale.
— Tu piques. Dit Nuage à Colin.
— Mon silex était mal taillé ce matin.

