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Le Livre d'Æternalis, Tome 1, ¤11

Un texte de Wikipen.

Dans sa boîte aux lettres, Colin trouve un colis avec le collier de Lumbinî et une lettre datée de la veille.
- Ma mère est morte et incinérée depuis quinze jours, lit Colin.
Nuage le sert dans ses bras. Colin ne sait comment réagir.
- Quelle mauvaise journée, dit-il!
- Je t’aime, dit Nuage!
Lui est éprit de néant, du on-verra-bien, et elle de la tristesse, du à-quoi-bon. Deux voies qui ne mènent pas bien loin. Lui joue avec le feu et se brûle. Elle ne joue pas et s’ennuie.
Colin sort de sa rêverie.
- Je t’adore! Je vous adore toi et ta gentillesse!... Quelle mauvaise journée!... Certains ont moins de sentiments. Elle voulait que je prenne rendez-vous pour elle chez un de ces types dont le métier est d’aider les gens à se suicider moyennant finances. Il est vite devenu riche, grâce aux procès. Les peines judiciaires devraient être d’assister à des cours de vulgarisation philosophique. C’est Arthur qui a raison, la politique n’est pas négligeable! De toute façon, il y a trop d’hommes et de femmes pour la Terre. Les humains sont comme les pommes, si on les entasse, ils pourrissent. J’aimerais faire de Mars, d’abord, un lieu de vie, sinon on risque d’attraper une surpopulation avec ses effets secondaires, schizophrénies, suicides, manque d’eau, manque d’hygiène, manque d’oxygène, chômage, dettes et tant d’autres. On parle d’une cinquième colonne. Il faut bien trouver son bouc émissaire lorsqu’on ne s’assume pas. Regarde tous ces attentats réguliers, on ne sait plus ni pour qui, ni pour quoi! On met ça sur le dos des oisifs, mais il y en a de tous genres. Les différences entre riches et pauvres deviennent de véritables gouffres culturels, et aussi entre pays riches, pays pauvres. Regarde les Etats-Unis d’Amérique qui vienne de privatiser leur État fédéral. Même si un gouvernement mondial était instauré, les mentalités changeraient si lentement par rapport à la progression des techniques. Il faut créer une assemblée pour servir de réel interprète entre les politiques et la population. Les hommes politiques, sont coupables de non-assistance à personne en danger. Je préfère la mentalité de ce jeune Erauso, chômeur intermittent, qui refuse d’être pistonné pour trouver du travail. Le quotidien le plus banal est une des richesses insoupçonnées. Je connais tant de personnalités qui méritent mieux que leur petit destin contorsionniste. Ils sont nombreux. Albédo qu’on sait être bon et qui s’en fout. Tipette qui a une pensée opératoire dépourvue de fantaisie avec toujours ce besoin élevé d’attachement, de conformisme social. Folino qui subit des décharges d’affects accumulés. Lechef personnage aimable, loufoque, sans personnalité aucune, toujours d’accord avec le dernier qui lui a parlé jusqu’à ce que sa femme, Méaulte, lui dise ce qu’elle pense. Nothan, qui supporte la douleur mais cela augmente ses lésions psychologiques. Petzouille, qui chaque jour rentre de l’école avec son cartable, qui ne veut se croire professeur, et qui écrit des lettres anonymes, se moque pour se moquer, pénètre dans les maisons, les dévalise et s’arrange pour qu’on retrouve tout. Fatrin, qui dès qu’il rencontre quelqu’un parle jusqu’à ce que cette personne en ait assez, et met plus de 7 heures rien que pour aller chercher une baguette chez le boulanger qui reste à 50 mètres. Mohamed, cet homme qui au bord de la plage s’assied puis regarde la mer en silence. Nzî, cette femme à qui on avait décrit la majesté de la Seine, et qui est déçue en comparaison du fleuve Niger qu’elle admire depuis son enfance. Gascon, ce jeune homme seul qui vit dans une chambre-cuisine-salle-salon-salle-de-bains de 6m². Huïf, cet éboueur, bac plus huit avec qui j’ai discuté philosophie... Non, ce n’est pas ça la vie. Mais tout doit-il se faire au poids des larmes? - J’ai écrit une lettre à ma mère, dit Nuage, et une autre à mon père à quelques jours d’intervalle, pour leur dire que je les aimais, pour tenter de les sortir de leur propre dépression. J’ai eu un sourire de ma mère qui m’a dit merci! Et c’est tout! Rien! Rien de mon père!... ou alors je ne m’en souviens pas... ou il était déjà mort... Je ne sais plus!
- Se séparer de son enfant, pour la remplacer par d’autres. Seuls les humains sont inhumains! L’humanité n’est que faiblesse, dit Colin! S’il y avait un dieu, il relirait son œuvre et en corrigerait les épreuves! On ne lui demande pas de raconter grand chose, juste d’avoir du style! - L’atroce misère humaine, reprend Nuage, je l’ai connue. Pour me provoquer, São Endam Paulo, mon petit frère adoptif déroba une pomme à l’étal d’un maraîcher. Je lui ai donné une claque. Il mordit le fruit, me cracha le morceau au visage et il s’enfuit. J’ai longtemps courut après lui. Plus tard je vis un gamin, gisant au sol, le crâne transpercé par une balle d’un policier. Ce n’était pas lui! Et pourtant... je ne l’ai jamais revu!
Nuage pleure dans les bras de Colin pendant de longues heures. Pour la réconforter, il lui attache au cou le collier de Lumbinî. Elle ne le quittera pas jusqu’à sa mort.
- Nous sommes désormais liés pour l’éternité, disent-ils en même temps.
Ils ont souvent les mêmes mots en bouche, aux mêmes instants. Ça rassure Nuage. Ils se blottissent l’un contre l’autre et s’endorment le sourire aux lèvres.


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