Le Livre d'Æternalis, Tome 1, ¤14
Un texte de Wikipen.
Nuage cherchant le calme retourne à Forceville, son véritable village d’adoption. Le contexte y est belliqueux. L’Europe veut se cloîtrer. La France veut sortir de l’Europe. La Picardie demande son indépendance. Dans la supérette du village de Forceville, Kilf, le maire qui veut un statut particulier, prend son temps pour choisir, et fait la queue, derrière une femme qui passe à la caisse. Aussitôt la queue s’agrandit derrière lui, et l’homme qui le suit s’énerve, s’en prend verbalement à la caissière, aux vigils, puis de nouveau à la caissière qui n’hésite pas à lui répondre. Il appelle son copain à la rescousse. La caissière appelle le directeur qui vient et laisse faire. La caissière appelle la police. Kilf ne dit rien puis sans être sûr de la bonne fin de l’histoire, il quitte les lieux tranquillement. Sur le chemin du retour, il se met à admirer la fulgurante énergie, la force, la volonté, l’assurance, l’énervement de cet homme. Il idéalise tout cela! Peu après, il donne de grands coups de poing contre un arbre, jusqu’à avoir les mains enflées et ensanglantées. C’est ainsi qu’il décide de s’engager chez les terroristo-résistants du coin et devient leur chef le plus actif. Il lui importe en premier lieu de résister, et si il lui reste du temps, de connaître l’histoire de la Résistance. Les armes, prévues pour gagner l’indépendance de la Picardie, servent ici. Le village est encerclé. Le combat fait rage. Forceville se fait respecter. Pendant une trêve, le fils du maire combat contre son père pour obtenir l’indépendance du quartier du haut du village. Puis, le calme revenu après la mise en respect de ce nouveau fait accompli, la cité des Bleuets, en haut du village, veut obtenir son indépendance. Mais aussitôt la rue des Roses de la cité des Bleuets veut la sienne. Puis le côté des numéros pair de la rue des Roses veut son indépendance. Puis les gros numéros pairs luttent contre les petits numéros pairs. Puis le numéro 28 désire l’autonomie. Dans cette demeure, les jeunes et les vieux luttent contre l’abus de pouvoir des personnes du deuxième âge. Puis les jeunes contre les vieux, mais ce sont les vieux qui gagnent. Alors les vieux se combattent pour obtenir le pouvoir.
- Il me font chier, se dit Nuage en passant devant une borne où l’on pouvait voir à son gré le village à l’époque de son choix, avec les prairies et quelques masures là où s’alignent les récentes constructions criblées de trous de balles. Forceville, c’était l’échange. À Forceville on jouait au ballon au poing. On jouait au théâtre. Elle revoit ces deux cultivateurs qui ont écrit le même poème Qui va à la chasse perd sa place! sans s’être consultés. Plusieurs fois par jour des pièces de théâtres étaient jouées en plein air. Cela attirait beaucoup d’oisifs dont peu étaient du métier. À l’époque j’ai aussi écrit un poème: Les ânes immobiles. Je me souviens aussi de Marie-Rose, cette jeune fille qui inventait des mots pour différencier ce qu’on aime de ce qu’on possède: Mion pour moi, mies pour mes, mia pour ma, tion pour ton, ties pour tes, etc.
Nuage quitte comme elle le peut ce village qu’elle ne reconnaît pas. Elle se dit qu’entre œil pour œil et tendre la joue droite, il y a un temps possible pour préparer à se défendre d’une prochaine attaque. Elle erre désemparée. Elle n’a pas envie de mourir par négligence. Elle se convainc qu’elle ne déprime pas. Elle rencontre Violette, un homme qui sait qu’il va bientôt mourir. Pour fêter une quelconque victoire qui doit bien avoir eu lieu quelque part, Nuage lui fait l’amour, dans les débris d’un immeuble désagrégé à coups de mortier, entre le mail Kimbanda et le résidu compact du fabuleux jardin de Pount. Déjà un des soldats de la Sécurité Vitale écarte Nuage, qui n’a pas eu le temps de se nettoyer, et ramasse le corps inerte.
- Le ver est dans le fruit, la mort est dans la vie, dit lPUdSB-Gp146. La cueillette est bonne en cette saison... Même si la première des tâches est de permettre à cette population de vivre avec décence.
- ...C’est beaucoup plus important que les paroles creuses sur les droits de l’humain, reprend lPUdSB-Gp147 en souriant.
- Au fait, tu sais pourquoi c’est beau un sexe de femme?
- ...
- Parce qu’on se voit dedans, reprend-il!
Laissant Nuage seule, ils repartent s’occuper d’autres cadavres en chantant:
- Pour les civilisations en retard, il n’y a pas de raccourcis...

