Le Livre d'Æternalis, Tome 1, ¤30
Un texte de Wikipen.
Colin prend son souffle et poursuit:
- À l’écoute! Je tends l’être dans cet univers plutôt très démesuré où demeurent tant de personnalités différentes. Je ne sais plus où donner de la tête. Les enfants, surtout ont besoin de moments privilégiés avec moi. Mais aussi les trembles, les tigres, et les jeunes pousses. Croyez-moi, ce n’est ni une pénitence, ni de tout repos. Comment prêter son oreille aux aléas de la vie organique? Comment apprendre à ne pas négliger ce qui n‘est pas encore essentiel, d'autant plus que la fatigue m’attrape et me ronge le temps? Aussi je me garde quelques moments avec moi-même, qui ne sont ni une préférence, ni du favoritisme, ni de la négligence, ni du désintéressement, c’est juste que là je souffle, je me détends. Puis, dès que reposé, j’ouvre les écoutilles à 360 degrés, et les précieuses sensations inattendues me transportent au cœur fragile des âmes sensibles. Comprenez que je ne peux garder cela pour soi.
Colin se met à sourire et ferme les yeux.
- De souvenance en souvenance, il revivait ses jours d’enfance. Ses petits jouets, ses petites joies. Et puis ses joues, et puis son nez. Et puis l’été, et puis le toi. Et puis le mais, et puis le moi. Et puis le rêve, et puis l’émoi. Et puis l’envie, et ses manies. Et puis le verbe, et c’était toi. Il le savait, restait sans voix. Il t’admirait et t’exauçait. Il te grondait et tant t’aimait. Il ne voulait être qu’avec toi et ne plus jamais penser sans toi. Il t’exprimait ses peines, ses joies. Il transpirait beaucoup pour toi. Et s’il se jouait parfois de toi, ce n’était que pour regarder ta volonté de toujours être une force, une joie.
Colin sert les poings.
- La propriété est un vol et le bonheur est dans le prêt. Cela me fait toujours une drôle d’impression lorsque je remonte jusqu’à la genèse d’une idée qui a fait un long chemin. Avant de l’avoir,elle n’existait pas réellement, et ensuite elle paraît évidente et semble être de toujours. Je viens d’avoir un minuscule plaisir qui dure encore, le fait de savoir écrire, de pouvoir exprimer mon hanniyam. Trouver les mots pour dire sa pensée, c’est facile, trouver les mots pour faire comprendre sa pensée est déjà plus dur, et trouver les mots pour faire comprendre sa pensée sans le dire comme les autres l’est bien davantage. De temps à autres il faut un homme pour réunir mille et une idées qui se promènent. Des aventuriers ont risqué leur vie au lieu de patiemment attendre que la science progresse pour éviter tout danger inconsidéré, de même des artistes se sont lancés dans des voies inaccessibles au lieu de patienter et de voir que ces régions n’en valaient pas la peine, qu’elles ne sont pas désirables, que les fleurs du mal n’ont de beau non pas le mal mais cette envie d’en sortir. Pourquoi plonger au fond d’un gouffre pour s’apercevoir ensuite que la lumière est belle et qu’elle est devenue difficile à apercevoir? Moi-même si j’écris c’est par fainéantise, la fainéantise d’attendre, l’impatience d’attendre que les êtres découvrent par eux-mêmes le sens du monde, de la vie, de leur vie, puisqu’il est inutile d’espérer faire comprendre des choses si personne n’est à l’écoute. Bien sûr certains sont à l’écoute mais pas à l’écoute de ce qu’on dit, seulement à l’écoute de ce qu’ils désireraient entendre consciemment ou non. Vivre pour soi en harmonie avec tout ce qui n’est pas soi et se limiter à ça, sans tenter de changer la vie, le monde, les êtres. Les laisser vivre leur vie sans tenter de leur donner une direction qui de toute façon n’est pas meilleure que celle qu’ils suivent tant qu’eux-mêmes n’en ont pas décider autrement. Leur laisser la liberté d’être dans le non-épanouissement. Ne pas vouloir faire d’une larve un papillon sans passer par l’étape de la chrysalide. Le seul moyen d’être plus fort que la nature est de suivre ses lois.Dominer la nature est aller dans son sens, plus vite qu’elle le fait actuellement, pas plus vite qu’elle ne peut le faire sans oublier qu’on fait partie intégrante de celle-ci. L’humain devient le cerveau de la nature terrestre avec ses connexions multiples. Un jour il colonisera peut-être d’autres lieux, il créera et rencontrera d’autres entités mais le but de la vie n’en sera pas pour autant changé: Vivre! Et même si pour l’instant des cellules de nos corps meurent nous leur survivront tant qu’elles sont remplacées, et même si des êtres vivants meurent la nature leur survivra tant qu’ils seront remplacés, et si un instant l’immortalité apparaît totale et que la mort vienne à disparaître définitivement, cet instant sera la victoire de la mort puisque l’être en question ne sera plus vivant. Ceci ne veut pas dire qu’il faille se faire l’instrument de la mort contre la vie, mais que le but de la vie n’est pas dans cette lutte contre la mort mais dans la lutte pour vivre mieux, et plus longtemps, et dans la diversité, dans l’harmonie. Il ne faut pas s’unir, s’uniformiser mais se sentir vivre et vivre en harmonie. Cela ne veut pas dire qu’il faut se faire tout petit, ni qu’il faut ne pas vivre de peur de déranger autrui. Ce que je dis je le dis pour moi faute d’une bonne mémoire, et pour pouvoir donner mon sens de la vie aux êtres qui me le demanderaient dont mes descendants. Vouloir et avoir des descendants? Qu’est-ce que cela? Se sentir moins seul, vivre par procuration et génétiquement dans le futur, tenter de vivre le plus longtemps possible et transmettre le peu qu’on a apprit de la vie. Le lien biologique direct n’est pas de mise lorsqu’on veille sur les esprits. Mes enfants privilégiés sont les formes multiples de l’esprit de mon esprit.

