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Le Livre d'Æternalis, Tome 1, ¤31

Un texte de Wikipen.

Colin se regarde dans un miroir :
- Mortellement inconnu, je suis altruiste par égoïsme !... Le plus dur n’est pas d’imager ces propos. Le plus dur est d’imaginer ses propres propos. Qui peut bien me dire, d’où nous viennent ces pensées subtiles ou furtives ? Personne! Personne ne sait d’où sortent les sens et les sensations. Et pourtant on en mange de ces bestioles là. Elles sont de toutes les couleurs ou bien même transparentes, inodores, indolores. C’est bizarre tout de même qu’avec des intelligences comme les nôtres on arrive pas à trouver quoi que ce soit de sûr en ce monde sinon que la terre est ronde... à peu près. Et ma tête, elle est conde... Et les mots aussi sont étranges. On en invente qui ne veulent rien dire, et puis d’autres veulent dire plein de choses différentes. Il n’y a qu’à trouver des correspondances subtilement désignées, et basta! Mais non, on continue avec des mots qui veulent tant dire. Le plus dur est de les choisir. Ma préférence est de ne pas parler des mots qui ne désirent pas dévoiler leur vie privée. Je les approuve sans difficulté. C’est que certains mots sont pudiques. Et la pudeur de même de nos jours n’est pas forcément un mal. Au contraire, la pudeur est subtile, précieuse, et non pas ridicule. Il faut pour écrire sans qu’un mot soit maltraité, le connaître. Ce n’est pas contradictoire. Il faut le connaître jusqu’à ce qu’à savoir s’il est disposé ou indisposé par son utilisation, en lui expliquant clairement le contexte, les sens cachés ou équivoques. On ne peut le prendre de haut et le contraindre. Il ne l’acceptera pas, et s’arrangera pour détourner vos propos sans vous prévenir. Le plus important est donc de ne pas le prendre en traître. Parce que la traîtrise engendre la traîtrise et que ce sont toujours les mots qui auront le dernier. Ou alors il faut semer la zizanie parmi eux. L’union fait la force, et diviser fait régner. Mais moi je n’ai pas envie de me casser la tête à tenter de diviser les mots. Il faut les laisser être ce qu’ils sont et ce qu’ils ont envie d’être. Rien de plus, rien de moins. Et de toutes façons, une fois qu’on les connaît, le problème ne se pose plus. Quand on aime, on respecte, et le respect c’est tout de même quelque chose. Aventurine, tu vas me répondre que dans ce cas la tromperie n’est pas dans le contact avec les mots, mais dans l’utilisation même de leur sens. Tu les utilises, et c’est tout me dis-tu. bien, moi, je te réponds tout de suite qu’évidemment j’ai besoin d’utiliser les mots, que deuxièmement je ne m’en cache pas, que troisièmement je le fait avec leur ratification, et quatrièmement je vais t’expliquer certaines notions que tu as du mal à assimiler. Je dis bien assimiler, et non pas comprendre. Comprendre, c’est déjà bien, mais assimiler, c’est tout autre chose. Assimiler c’est faire devenir soi quelque chose qui ne l’était pas. C’est donc simple à comprendre. Oui, j’utilise les mots, avec leur accord, ça tu l’as bien assimiler. Maintenant mettons nous du côté des mots. Ils existent car... ils existent. Hé bien, moi je les fais être. Avec moi, toi, tous ceux qui les emploient, qui les disent, qui les parlent, qui les fredonnent, ils sont, ils sont en devenir, ils vibrent, ils vivent. Et c’est tout simplement beau de donner la vie, même si on ne sait pas trop comment on s’y prend. Aussi, la seule œuvre commune qui peut réunir les êtres vivants est de tenter de tendre vers l’amour.

À la demande d’Aventurine, Colin lui offre une tasse de café pour la réveiller. Le vidéophone sonne.
- Alô! Alô! répond Colin, et raccroche aussitôt!
- Alors, demande Zâmbi?
- Encore des sornettes!
Maladroit et énervé par ces dérangements qui ont coupé son excitation verbale, il renverse le gobelet d’Aventurine sur l’imperméable transparent qu’elle venait de faire laver au pressing. Il s’excuse. Elle s’énerve:
- Tu sais combien ça m’a coûté? Il sourit du peu d‘intérêt de la chose. Elle hausse le ton.
- Non, tu ne sais pas, combien j’ai du débourser!
Il a bien envie de lui donner de l’argent et de lui dire de se casser. Aventurine, nolens volens, lui pardonne sur l’oreiller. Cette fois Colin a un supplément de jouissance. Aventurine a pendant leur rapport écrasé un poussin qu’elle avait mis de côté, a étalé son sang et a remis ce qui en restait dans sa cachette. Le sang sur les draps confirme faussement à Colin la virginité de sa plantureuse belle plante hors catégorie. Il s’endort pendant qu’Aventurine apporte de savoureux quindins à Zâmbi qu’elle trouve humide et le clitoris explosif. Pendant la nuit, Colin rêve que Zâmbi meurt. Le lendemain Zâmbi lui dit qu’elle va rendre visite à Soulet, un ancien client avec qui elle s’est liée d’amitié. Colin sort et rencontre Aventurine qui lui dit qu’une femme a été écrasée devant chez Soulet. Dans son angoisse, craignant pour Zâmbi il court d’hôpital en hôpital, puis il se décide à rentrer chez lui et y trouve Zâmbi. Il l’engueule. Gardant son sang froid elle lui répond: - Petit canaillou, va! Tu ne m’as jamais aussi mal parlé! Allez! C’est fini! Je suis là!


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