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Le Livre d'Æternalis, Tome 1, ¤36

Un texte de Wikipen.

Colin change de programme. C’est La roue de l’afortune. Curnon, un prisonnier condamné à une lourde peine est mit en loterie à sa propre demande. Si quelqu’un gagne, il devra accomplir trois souhaits du gagnant. S’il perd, il subira le supplice de la roue. Il perd! Il lui reste un joker! Il l’utilise pour choisir plutôt la décapitation. Le bourreau le rate. Il se retourne contre le bourreau. Un spectateur le tue. Colin zappe et regarde les infos. Lors d’une soirée de V.I.P. d’O.N.G. il aperçoit un pauvre enfant affamé voulant profiter d’une fête publique et d’une distribution de vivres pour manger. Il est bousculé et assommé par la multitude. Colin zappe. C’est la nouvelle version du maillon faible. La présentatrice pérore sur la nullité des candidats, et lance son déjà fameux:
- Vous êtes le maillon faible! Adieu!
Elle appuie sur un bouton qui ouvre le plancher sous le candidat sélectionné par les autres. Il se retrouve en sous-sol à la morgue où il peut choisir sa mort, mais ceci est déjà un autre spectacle. Colin clique sur un autre programme : Zhonghua, ou l’Innocence perdue, le dernier film porno avec Nuage en images holographiques de synthèse. Colin entre ses données personnelles afin d’être le second rôle principal. Par la pensée, il choisit ses gestes, les angles de vues. Il voit Nuage, étendue sur des pétales de pêcher, s’enfoncer un doigt dans le vagin et un autre dans l’anus. Il l’entend un ronronnement.
- Viens, lèche ma chatte, dis Nuage!
Une chatte en chaleur sort sa langue et lui titille le gland du clitoris.
- Vas-y! J’adore tes papilles prononcées!
À l’improviste, Colin se présente à l’entrée, dans l’expectative. La chatte se retourne et s’éloigne. Colin, l’étendard flamboyant, prend sa place. Il se voit demander à Nuage la permission de lui baiser le mollet, et profiter de la circonstance pour regarder cette belle jambe qui dessine nettement son contour sur le soleil couchant. C’est grandiose! Parmi les fleurs, Nuage célèbre l’amour dans tous ses états. Colin adore parler avec Nuage, la caresser et explorer son corps en gros plans pendant qu’explosent une série d’orgasmes exténuants. Il prend la main de Nuage afin qu’ils le masturbent. Colin regarde le sperme couleur et goût framboise jaillir de son sexe. Il goûte sa semence sucrée depuis sa dernière opération.
- De fait, nous ne pouvons faire l’amour qu’avec des organes excrémentiels, se dit-il. Les robes et jupes, si frivoles, n’ont pour utilité première que de permettre aux femmes de pisser rapidement. Il se lave et continue:
- Je ne suis pas dans l’état de ma création. Du reste, tout le monde artiste de mieux en mieux. Mais d’inventions, d’idées, de tempérament, pas davantage, se dit se fieffé goupil. Il y avait une fois un jeune écrivain qui disait travailler pour l’avenir, il voulait faire œuvre utile et se tira une balle dans la tête... Qu’est notre imagination, comparée à celle d’un enfant qui veut faire un chemin de fer avec des asperges? Peut-être que les gens de beaucoup de mémoire n’ont pas d’idées générales. Pourtant il ne faut mépriser la sensibilité de personne. Je n’ai pas de convictions comme l’entendent les gens de mon siècle, parce que je n’ai pas d’ambition. Cependant, j’ai quelques convictions, dans un sens plus élevé, et qui ne peut pas être compris par les gens de mon temps. L’humain de génie veut être un, donc solitaire. La gloire, c’est rester un, et se prostituer d’une manière particulière. C’est cette horreur de la solitude, le besoin d’oublier son moi dans la chair extérieure, que l’homme appelle noblement besoin d’aimer. Ça me coûte chair! Je fatigue! Je transitive! Je pensais avoir trouvé vagin à mon pénis! Je me suis fourvoyé! Dans la vie, il ne faut compter que sur soi et encore pas toujours!
Il se promène sans but. Il entre dans un immense magasin, le plus récent de ces temples qui obnubile les foules. Depuis les télés en démonstration volent des membres, tonnent des canons, se font entendre des gémissements de victimes et des hurlements de sacrificateurs.
- C’est l’Humanité qui cherche le bonheur, se dit-il.
Il éteint les télés une à une. Hors de lui, il hurle:
- Votre assemblée est injuste! Je vous hais! Compris? Je vous figure que j’en ai assez que vous m’achetiez des pourcentages de réduction plutôt que d’investir votre oisiveté dans l’entraide. Dans les rues bondées de badauds il danse, chante, joue la comédie. Il entre dans un parc.
- J’achèterai bien un chien pour le promener le soir et faire connaissance avec une de ces maîtresses de chiennes, ça sera toujours mieux qu’une chienne-disco, dit-il!
- Ciao, cher contempteur, dit une voie derrière lui!
Il se retourne et reconnaît Incarnat, les roulettes aux pieds et le feu au cul.
- Passe ton chemin, sale chyleuse, je ne suis pas ton esclave, lui répond Colin sur un ton autoritaire!
Incarnat s’éloigne, frustrée. Colin regarde ses fesses musclées s’étirer au rythme de ses impulsions. Il observe durant des heures les passants. Après la fermeture du parc au public, les gardiens tirent au fusil sur les quelques retardataires, dont Colin.
Il doit escalader un mur pour ne pas se faire mordre par le chien qui est à ses trousses.
- J’aimerais être grutier avec vue sur la vie, pense-t-il.


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