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Le désir de mordre

Un texte de Wikipen.

Souvent, j'ai envie de mordre.

Lorsqu'on m'embête d'abord : si la personne ne sait pas s'arrêter, ne saisit pas le moment où le jeu devient insulte. Dans ces cas-là je commence par lancer mon regard noir, ça en calme la plupart, mais si on insiste je mords. Je choppe un bras, et je serre les dents jusqu'à ce que j'aie éliminé l'énervement, ou jusqu'à ce que le plaisantin, réalisant sa maladresse, s'excuse. C'est parfois une bonne façon de régler les tensions, mieux en tous cas que de ravaler ma rage en silence. Mais ne vous effrayez pas, j'en arrive rarement là.

J'ai souvent envie de mordre aussi, lorsque je vois des bouts de peau tendre. Pas tout le monde, et pas toujours, mais... je me laisse parfois distraire d'une conversation par une nuque frêle, une épaule ronde, un nombril tentateur, un lobe d'oreille charnu, et le désir féroce me saisit soudain de grignoter, mordiller, lécher du bout de la langue ou recouvrir de mes lèvres. Avec certaines personnes dont je suis proche, c'est presque systématique : lorsque qu'il se lève, nu, et que je vois le creux sur le côté de ses fesses ; lorsqu'il tend la main pour me remettre une mèche de cheveux en place, et que son pouce passe à portée de ma bouche ; lorsque le drap dévoile le pli de son aisselle ; lorsque ses tétons se dressent dans le froid ; lorsqu'il tourne la tête et qu'apparait à mes yeux cet endroit où son cou s'emboîte parfaitement à mes dents ; lorsque je redécouvre la peau bronzée de son dos,... Surprise et émerveillement chaque fois intacts, je dois toucher parce que je suis émue par son corps qui m'attire inlassablement, irrésistiblement, et si je ne peux transmuer cette émotion en contact j'ai peur qu'elle m'engloutisse. Alors je lui demande son accord d'un regard, il me sourit car il connait mes élans, et je savoure le parfum de caramel de son corps, le velouté de sa peau, la ferme élasticité de ses muscles, son hâle permanent, et le doux son de ses soupirs et gémissements de plaisir — j'emplis mes sens de sa présence, je m'en saoûle, m'en sature — puis je suis apaisée. Jusqu'à la prochaine fois : je suis gourmande !