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Le lierre et le Vieux Chêne

Un texte de Wikipen.

Un jour, dans un sous–bois, un chêne centenaire
Vit ramper à ses pieds un charmant petit lierre
« Tu es bien arrogant, malgré ton très jeune âge
D’espérer, en grimpant, atteindre mon feuillage !
Va-t’en grandir ailleurs, sur un frêne ou un tremble
Car je n’ai point envie que nous mourions ensemble ! »
Tonna le roi des bois au vert serpent feuillu
« Majesté ? répondit le lierre, qui l’eut cru ?
Vous, vous sentir menacé par l’hédéracée
Que je suis ! Craignez-vous d’y perdre la santé ?
Envisagez plutôt les nombreux avantages
Que notre voisinage offre à votre grand âge :
Je pourrais en hiver, vous servir de fourrure,
Puis au printemps renaissant, je vous serais parure :
Pinsons et rossignols, cachés sous ma verdure,
Donneront des concerts pour chanter vos louanges ! »
Le suzerain se crut aux anges :
« Viens, petit vermisseau, t’agripper à mon tronc,
Mais je serai ton roi, tu resteras baron ! »
Il ne se doutait guère des viles manigances
Que le perfide lierre lui avait réservées.
Car au fil des années, cette fraternité
Entre le fourbe et notre fagacée
Dissimula, hélas, l’intention de le tuer
La liane fit preuve de persévérance
Resserrant son étreinte, affirmant sa puissance.
Progressivement, insensiblement, ne reculant
Jamais, elle rampait, s’accrochait. Et, caressant
Insidieusement l’écorce du géant, l’enlaçant sans merci
Elle parvient à ses fins : le chêne fut occis !
« Enfin, je l’ai vaincu ! De ce mort je ris
Me voilà des forêts, le prince dorénavant ! »
Se pâma l’assassin, ô fourbe courtisan !
Mais un bûcheron vient, vit le chêne sans vie,
Et se dit : «  Quelle aubaine ! » puis sortit sa scie.
Il abattit le chêne, et ainsi le lierre mourut aussi.
Dans sa cheminée, ils finirent donc tout deux
Enlacés par la flamme ardente d’un grand feu

Qui cède aux flatteries, peut en perdre la vie !
Mais, chers amis, n’oubliez pas ceci :
Lorsqu’on a sans émoi vaincu perfidement
On ne peut, c’est fatal, survivre impunément !