Le moulin à paroles

Un texte de Wikipen.

Qui saura donc donner la parole au moulin,
Qui moudra le blé en herbe au petit matin ?
Une âme précieuse, sans vice d’apparat ?
Une âme rieuse ? À généreuse aura ?
Générosité donne parole au poème
Créativité rendra nos mots plus bohêmes
La parole donnée au moulin, qui s'en plaint ?
Le blé en herbe moulu ce petit matin.
Blotti à quelques pas du méandre de Queuille
Se détachant de la grève tel un écueil
Il est unique, il fuit mais son prochain aime
Il est la musique de nuit pour le système.
Sur mon âme, perché, je soufflais loin devant.
Oh, plus fort que le vent ! À y perdre les dents !
Je suivais l’air du temps, tremblant comme une feuille.
Les ailes me manquant, l’arrêt se fit au seuil.
Nous aurons par trois fois, de voler, essayé.
L’inutile ultime tentative a tué
Mes espoirs ; et mon corps, à mon enterrement,
Il m’en coûte d’être né, était bien présent.
Les roseaux pensant me demandent de m’asseoir.
Est-ce un regain d’espoir ou bien juste le soir ?
Comme les fleurs, j’écoute les blés me parler,
Et les vents, eux, se moquent de m’avoir trompé.
Qui mouline mon âme ? Est-ce un dieu ? Est-ce toi ?
Et qui donc me sortira de ce mauvais pas ?
Ai-je traversé un versatile miroir ?
Que vais-je voir ? Ai-je vainement peur du noir ?
Non, ce n'est ni moi, ni dieu, ni toi qui mouline.
Et je donne une médaille à celui qui devine
La réponse à tous ces comment et ces pourquoi
Est un très grand mystère qui le demeurera.
Les ailes du moulin assoiffées comme foi
Qui recherche le bien, qui ne voit que l'effroi,
Se déchirent et se froissent tant elles sont fines.
Puis les roses rougissent de leur piètres mines.
Tournez, brassez avec les ailes du plaisir,
Le riche flot de nos paroles qu'il faut saisir,
Apprivoiser, enrichir, déformer parfois,
Sans y perdre ni notre âme, ni notre sang froid.
Bras et jambes tendus, offerts aux quatre vents,
Je cisèle les nues sans me soucier du temps.
Mes lentes révolutions, au gré du zéphyr,
Apaisent les chagrins, libèrent tous les rires.