Le rocher du lion
Un texte de Wikipen.
18 octobre
Je me réveille à l'aube, je ne suis pas fatigué. Après m'être lavé et restauré, je vais me balader dans le parc de l'hôtel. De nuit je n'avais pas perçu l'immensité et la majesté du lieu. Une vaste étendue arborée recouverte d'herbe rase parfaitement entretenue qui n'a rien à envier au gazon britannique descend en pente douce jusqu'à un grand lac circulaire. Les frangipaniers plantés aux alentours des bungalows exhalent un parfum exotique qui confère à l'atmosphère une douceur lactée et la charge d'arômes fruités. Au fur et à mesure que j'avance vers le lac mes narines captent d'évanescentes essences boisées et autant d'effluves fleuries. J'ai l'impression d'être au milieu d'un carnaval naturel, les odeurs défilent en dansant, les sons chantent en chœur, les couleurs jouent la Samba... Je m'égare volontairement dans ce domaine, véritable ode au sensible, absolue exaltation de la nature...
À quelques mètres de la berge un énorme arbre noueux dont j'ignore le nom, héberge une colonie de singes. Le gardien que j'ai croisé ce matin en allant prendre mon petit-déjeuner m'a averti :
- « Faites attention aux macaques ! Ne jouez pas avec eux et ne vous en approchez pas trop près. »
Prudence est mère de sûreté dit-on ! Je les observe donc de loin.
Mais les singes n'attendent pas qu'on vienne à eux, ces proches cousins sont extrêmement curieux et en cela ils nous ressemblent bien. Cela fait à peine trois minutes que je les regarde jouer et cavaler partout quand l'un d'eux pousse un cri strident, un rire, et me pointe du doigt. Une horde de macaques se regroupe en quelques secondes au pied de l'arbre puis les plus gros mâles commencent à courir dans ma direction suivis par le reste de la troupe, les jeunes en dernier qui continuent à se faire des farces entre eux et à courir à tout bout de champ.
Impassible je reste sur ma position et me régale de pouvoir les observer d'un peu plus près.
Finalement ce sont les jeunes qui s'approchent le plus de moi après que les anciens, qui ont vérifié l'absence de danger, leur aient visiblement donné l'autorisation. Je repars vers ma chambre et m'empare de mon appareil photo avant de rejoindre mon chauffeur sur le parking.
Direction Sigiriya, une petite heure de route. Arrivés sur la zone je demande au chauffeur de s'arrêter alors que nous passons devant une magnifique propriété. Un gigantesque flamboyant recouvert de fleurs m'attire inlassablement. Je n'y résiste pas. J'aimerais être un de ses petits singes pour y grimper sans peine, y séjourner une heure ou deux en passant de branche en branche, me pendre par les pieds et me balancer...
Je remonte finalement dans le véhicule. Dix minutes plus tard nous arrivons à Sigiriya. Je distingue au travers des frondaisons un immense rocher ocre qui s'élève majestueux à environ un kilomètre. Ma tête est sortie par la fenêtre et mes yeux sont rivés sur le rocher. Mon chauffeur tourne sur la gauche et nous empruntons une route en terre battue qui s'enfonce dans la jungle, le rocher disparaît de mon champ de vision. Je suis impatient. Une fois le véhicule garé sur le parking, nous nous rendons à l'entrée du site, nous passons sous une voûte végétale, le rocher est là, face à moi, immense, imposant, étrange, magique et intrigant. Je ressens une émotion intense. Un sentiment de paix intérieure m'envahit. Je ne suis plus un touriste, je ne suis plus moi-même. Je rentre dans la peau d'un bonze. Je suis Simhagîri. Je me fonds dans les éléments et m'y mêle tantôt minéral, végétal et animal...

