Le temps
Un texte de Wikipen.
Ma peau frôle la tienne, comme un souffle discret,
De ces premières nuits blanches, naît un baiser, mon premier,
Maladroit et amoureux, romantique et curieux.
Tes doigts parcourent mes mains, mes mains parcourent ton dos,
Ma chemise se soulève, comme un voile sous un courant d’air,
Quatorze ans. Ta douceur effleure mes seins.
Mes yeux tombent. Assoupie, blottie et sereine,
Tandis que tu rêves, et je chante,
La tête sur mes genoux, mes mains dans tes cheveux.
Inutile et perdue, j’avais trouvé mon épaule,
Jeune et mal assurée, je te voulais mon secret,
Ton cœur se brise, face au mien engourdi.
Bien des années ont passées, quand le vent nous vole un baiser,
Bien des années encore, muets de gêne et de surprise,
Au coin de la cours du lycée, aux croisés d’une rue de Paris.
Ta voix dans mon oreille, alors qu’il pleut de l’herbe,
L’âge prend le goût de nostalgie, tu me souris,
Immobile mes yeux flottent, comme une averse de souvenirs.
Des messages en lettres, des lettres en mouvements,
Ta peau frôle la mienne, mes doigts parcourent ton torse,
Envieux et nostalgiques, adroits et romantiques.
Pour la première fois, je t’offre mon ventre,
Pour cette unique fois, nous serons mélangés,
Tes yeux respirent mon âme, je m’envole le cœur léger.
Tu as vu clair en moi, j’ai perdu tous mes secrets,
Tu t’accroches et m’accompagnes, quand je t’ai abandonné,
Tu es ma force et mon courage, mon espoir et mon cœur.
Mon destin est ailleurs, ô combien tu me manques,
Mais si t’avoir devait signifier te perdre, j’aurais alors tout perdu,
Mais tu seras à jamais mon premier tout, mon autre moi-même.

