Les dépossédés

Un texte de Wikipen.

Vouloir


changer la réalité


avec des mots.


Ignorer


l’ordre des choses


avec dédain.


On parle trop


sans cesse


pour rien.


Vouloir


communiquer l’expérience


avec des mots.


Ignorer


l'essentielle substance


avec raison.


On a trop peur


partout


même à la maison.



Vouloir, avec des mots…


Espoir, avec des mots


Sentiments honteux, la peur du jugement d’autrui.

Alors on parle, on crie, on murmure à tout va ; on ne vise pas, on explose jusqu’aux oreilles lointaines. Alors on fait comme les autres pour qu’ils nous identifient, qu’ils nous acceptent dans leurs visions étriquées ; obscures lumières qui drainent la vie au fond des abysses.

Sentiments haineux, la peur de ne pas exister.

Choir de son perchoir ; lamentablement s’enfermer dans sa tour d’ivoire. On se réfugie, avec des mots, bien serrés pour se tenir chaud. On se les approprie. On fait valoir nos droits patriarcaux, même sur les mots. Alors chacun rejoint un des seigneurs verbaux toujours en quête de nouveaux vassaux. On prête allégeance à une cause. Toujours, des guerres éclatent et éclaboussent au hasard causant inévitablement des dommages collatéraux.


Les mots tombes des phrases cimetières.


Fuir


les mots.


Rendre les armes.


Objecteurs de conscience en sanglots.


Seuls


piégés par les démons avides des sans mots.


Les mots valises sont en voyage.


Les mots dits cherchent la rédemption.


Se libérer


à tout prix


des mots…


Les dépersonnaliser ; les rendre libres de s’exprimer.


Même si les mots lierres tentent de s’agripper, coupez les racines !


Ou finissez étouffés.


Les mots tôt et les mots tard, ne font pas bon ménage.


On a tout fait avec les mots, on s’est enfermé avec eux.


Maintenant il faut casser les coquilles de ces œufs.


La morsure des mots sûrs est indolore.


La mort sûre des maux sûrs dépend des mots dépersonnalisés.

La panacée est annoncée en la dépersonnalisation des idées.

Désormais le bureau des plaintes est fermé.