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Les moutons de Panurge

Un texte de Wikipen.

Les moutons de Panurge, brebis égarées, vaches folles et autres animaux grégaires qui dans leurs vies, en gros, ne font que suivre celui qui se trouve devant, attendent la venue de Lucien pour entamer la grande transhumance. Sans lui les troupeaux dépériraient à la suite d'une trop longue errance dans les limbes de leurs pauvres existences. C'est pourquoi le berger guide ses moutons à travers le verger du démiurge afin que ces derniers, par mégarde, ne s'égarent dans l'obscurité des écrits du dramaturge. Une fois arrivés sur la berge, le berger devient rond comme une canneberge et laisse le vent de vie souffler sur le troupeau, afin qu'il gonfle les voiles des frêles embarcations qui naviguent érotiquement sur les flots plus ou moins agités de l'humanité. Une éblouissante lueur, haut perchée au sommet du grand phare, indique la voie à suivre dans la nuit, et même quand la lune se repose dans le noir total, les mousses ou capitaines sont irrésistiblement attirés vers elle tels une nuée de papillons de nuit.
C'est ainsi que les moutons de Panurge dans l'urgence se regroupent dans le port, ils déchargent leurs malles par tribord puis quittent l'eau noire pour le ciel bleu des cîmes enneigées. Ils se mettent en route vers les vertes prairies d'altitude tachetées par les trous de sorcières, cercles vert foncé d'herbe non comestible. Et pendant leur ascension les troupeaux repensent au berger, Lucien, qui leur a montré la voie à suivre mais maintenant ils sont seuls, ils gémissent, ils pleurent et crient. Rares sont les moutons de Panurge qui atteindront le toit du monde et encore plus rares sont ceux qui chevaucheront la voûte céleste. Les moutons se suivent et ne se ressemblent pas, malheureusement l'humanité est pavée de bonnes intentions...