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Les préjugés et l'information

Un texte de Wikipen.

Les journalistes et les pays étrangers ou comment les préjugés façonnent les informations

Les journalistes américains et la France (scène imaginée par un français).


- Hey, John, il parait qu'il se passe quelque chose en France, on envoie un reporter ?
- S'il y a du sang et de la violence pourquoi pas, Alan. Mais attention, pas de sexe hein. Je ne veux pas voir une mini-jupe ras la culotte aux images, on se prendrait les puritains sur le dos, tu sais bien. Tu as quelqu'un en tête pour ce job ?
- Il y a Mickaël qui est allé une vingtaine de fois en France.
- Il doit bien connaître alors.
- Ouaip, il connaît le George V comme sa poche et il a fait huit fois le Paris touristique. Un vrai pro. Et puis, c'est le seul du service qui arrive à placer le Canada sur une carte du monde.
- Sans déconner ? Et c'est où le Canada ?
- Chais pas, faut demander à Mickaël.
- Et il n'y aura pas de problème de retransmission ? Je veux dire faut prévoir un groupe électrogène ou ils ont enfin l'électricité ?
- Heu…..tu sais, je crois que ça doit bien faire vingt ans qu'ils ont l'électricité. Je crois même qu'ils connaissent la télé.
Un homme rentre dans la pièce.
- Ah Mickaël ! Ça va ?
- Ouaip John. Quoi de neuf ?
- On t'envoie en France. Tu prends le prochain vol en direction de Paris.
- Qu'est ce qu'il s'y passe ?
- Je ne sais pas trop. Un gosse des cités mort, la police impliquée, des émeutes, tu nous filmes ce qu'il se passe.
- Ok. Genre faillite du « modèle français », racisme des français envers les noirs et les arabes, leur fameuse égalité en berne.
- Exactement, tu le mets en parallèle à notre modèle parfait d'intégration.
John regarde à travers la vitre de son bureau et voit un homme, barbu, à l'air un peu perdu qui semble attendre quelque chose. Il s'exclame, en colère :
- Hey ! C'est qui ce raton ? Qu’est ce qu'il fout là ? On l'a fouillé à l'entrée ? Vous êtes sûrs qu'il ne porte pas de bombe sur lui ?
- Je crois que c'est un gars qui vient se faire embaucher en tant que journaliste ici, répondit Mickaël. Il m'a dit qu'il sortait d'une école de journalisme et...
- J'veux pas le savoir. Virez moi cet arabe ou j'appelle les flics et ils le renvoient en Afrique.
Alan sort du bureau et demande au jeune homme de sortir de cette rédaction. Reprenant son calme, John reprend :
- Ouaip, tu émets quelques commentaires comme quoi les français devraient prendre exemple sur notre modèle d'intégration et notre refus du racisme, le combat pour les valeurs démocratiques et la liberté, ce genre de chose.
- Ça marche.

Les journalistes français et les États-Unis (scène imaginée par un américain).


- Bonjour Henry, quoi de neuf à proposer aujourd'hui ?
- Salut Thierry. La Nouvelle-Orléans et le cyclone qui est passé. Je crois qu'on tient du tout bon.
- Ah oui ?
- Oui. Imagine, tous les blancs se sont carapatés loin de la ville et ont laissé tous les pauvres, des noirs en majorité, en plan. Tu vois le sujet que ça peut donner : le vieux problème du racisme, qui plus est dans un état du sud.
- Terrible, ça va marcher du feu de Dieu.
- Et attend le meilleur. Le centre-ville serait pillé par des gens dans le besoin qui font tout pour survivre dans un dénuement pas possible. Imagine, la première puissance mondiale ravalée au rang de pays du tiers monde.
- Quand je pense qu'ils nous rabattent les oreilles avec leur modèle ! On va pouvoir leur donner la leçon tiens. On va mettre côte à côte les États-Unis, superpuissance actuelle, incapable de protéger sa population et la France, modèle d'égalité et de solidarité dans le monde.
- Je pensais faire appel à Michel. Il est déjà allé aux États-Unis plusieurs fois. C'est un pro. Tu sais qu'il a écouté un discours de Bush en affichant un air sérieux tout le long ? Enfin on ne forme pas les meilleurs journalistes au monde pour rien. Sans compter qu'il a marché toute une journée à Los Angeles sans se faire tirer dessus par un gang de latinos.
- Pourquoi ? pas. Il est cultivé en plus. Ca doit faire de l'impression sur les américains.
Un homme rentre dans la pièce.
- Ah salut Michel ! Ca va ? demanda Henry.
- Oui, et vous ?
- Très bien. On a une mission pour toi, aux États-Unis et plus particulièrement à la Nouvelle-Orléans. Tu sais ce qui se passe là-bas ?
- Pour qui me prenez-vous ? Je ne suis pas l'un des meilleurs journalistes au monde pour rien. Bon, je fais un reportage sur la détresse humaine, j'en profite pour égratigner les États-Unis et leur idiot de président.
Thierry intervient :
- Oui et puis fais un léger parallèle avec la France, championne de la démocratie et de l'égalité. Ça va plaire. Et si tu pouvais interroger des habitants de la Nouvelle-Orléans qui parlent français, ce serait bien. C'est une ancienne colonie française, ça ne devrait pas être trop difficile.
- Interview aussi un bon gros redneck américain, tu sais un de ces fermiers qui ne sait pas encore que la terre est ronde. Enfin un américain classique quoi.
- Très bien, fit Michel. Ce sera fait sans problème. J'y vais à fond sur le racisme alors ? États-Unis, patrie des inégalités, vieux fond de racisme anti-noir. Je vous fais la totale. Au fait vous l'avez dégoté votre nouveau présentateur ou pas ?
- Non, on reçoit encore pour l'instant. On verra. La succession n'est pas facile tu sais.
- Je dis ça, parce qu'il y a un gars qui attend dehors à propos de ce boulot.
Thierry regarde à travers la vitre de son bureau et voit un jeune homme noir, à l'air un peu perdu qui semble attendre quelque chose. Il s’exclame, contrarié :
- Ah non, pas de bamboula à la présentation du JT. Les téléspectateurs vont se barrer sur la chaîne concurrente. Henry, vire-le !
Henry sort du bureau et demande au jeune homme de sortir de cette rédaction. Reprenant son calme, Thierry reprend :
- Je te réserve le premier vol pour New York, d’accord ?
- Ça marche.